Dimanche, 12 juillet 2026
Dernières actualités
Meurs, Monstre, Meurs

Meurs, Monstre, Meurs

2018 Argentine, France, Chili
Synopsis

Dans une région reculée de la cordillère des Andes, le corps décapité d'une femme est retrouvé près d'un poste-frontière isolé. L'officier de police rurale Cruz mène l'enquête et soupçonne rapidement David, le mari de Francisca, la maîtresse de Cruz lui-même. Interné en hôpital psychiatrique, David affirme sans relâche qu'un mystérieux monstre est responsable des meurtres. Cruz s'enfonce alors dans une enquête de plus en plus trouble, entre théories géométriques, bande de motards et voix intérieure obsédante qui répète sans cesse : « Meurs, monstre, meurs ».

Genèse du film

Ce long-métrage marque le premier film en tant que réalisateur unique d'Alejandro Fadel, jusque-là surtout connu comme scénariste de plusieurs films de Pablo Trapero. Fadel a toujours été passionné par le cinéma d'horreur, découvrant très tôt des classiques comme Nosferatu, Le Cabinet du docteur Caligari ou les films de James Whale, avant de s'intéresser plus tard au giallo et au cinéma de genre américain de John Carpenter et David Cronenberg. Il voulait se servir des codes de l'horreur non pas comme une fin en soi mais comme un détour pour raconter autre chose, en l'occurrence la peur de l'inconnu et l'angoisse des formes de contrôle social. Le tournage s'est déroulé à Mendoza, la région d'origine du réalisateur, ce qui donne au film un ancrage géographique et culturel très personnel. Fadel revendique une approche du cinéma qui refuse les schémas de production trop conventionnels, cherchant avant tout à provoquer chez le spectateur un effet sensoriel plutôt qu'une simple mécanique narrative.

Critiques et réception

Présenté en section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018, le film a suscité des réactions contrastées, salué pour son atmosphère visuelle inquiétante et sa radicalité formelle, mais aussi critiqué pour son dénouement jugé trop elliptique par une partie de la presse. Les critiques ont souvent souligné la parenté du film avec le précédent long-métrage de Fadel, Los Salvajes, sur le thème de l'animalité resurgissant chez l'humain. Le public reste partagé entre spectateurs fascinés par l'ambiance onirique et la qualité plastique du film, et ceux déroutés par une intrigue volontairement peu explicite qui ne livre pas toutes ses clés.

Anecdotes de tournage

Le tournage a eu lieu à Mendoza, région natale du réalisateur, ce qui a permis d'ancrer cette histoire fantastique dans un paysage aride et montagneux profondément familier à Alejandro Fadel. Le scénariste-réalisateur a nourri son film de ses classiques du cinéma d'horreur et de genre, cherchant à créer un monstre qui fonctionne moins comme une créature littérale que comme une métaphore des pulsions de violence et de domination masculine encore très présentes dans certaines régions rurales d'Argentine.

Thèmes abordés

Le film interroge la peur de l'inconnu et la manière dont elle façonne les rapports sociaux et les mécanismes de contrôle dans une communauté rurale isolée. La monstruosité y fonctionne comme une métaphore des violences masculines et du machisme, dans une région socialement précaire où les femmes sont les premières victimes. Le film explore également la porosité entre folie et réalité, le spectateur ne sachant jamais avec certitude si le monstre existe réellement ou s'il n'est que le symptôme d'un esprit dérangé. La surveillance et les formes de contrôle exercées sur les citoyens constituent un autre axe important du récit, en écho aux angoisses politiques plus larges de l'Argentine contemporaine. Enfin, le film questionne la solitude de l'enquêteur, Cruz se retrouvant progressivement seul face à des vérités que personne d'autre ne semble vouloir affronter.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Le film se termine sur une confrontation directe entre Cruz et la créature, sans jamais totalement clarifier si le monstre relève du fantastique pur ou d'une manifestation de la folie et de la culpabilité de David. Cette ambiguïté est assumée par le réalisateur, qui préfère laisser le spectateur avec un sentiment d'inquiétude non résolu plutôt que de livrer une explication rationnelle classique. Le dernier plan, centré sur la gueule menaçante de la créature, est souvent interprété comme un symbole appuyé de la menace latente que représente la violence masculine dans cette société.

Signification du titre

Le titre reprend une phrase répétée en boucle par une voix intérieure obsédante que perçoit David tout au long du récit, comme un mantra à la fois menaçant et incantatoire. Cette formule martelée résume la tension centrale du film entre l'ordre de détruire le monstre et l'incertitude totale sur sa nature réelle.

Films Similaires

Le film s'inscrit dans la veine d'un cinéma d'horreur d'auteur latino-américain contemporain, aux côtés d'œuvres comme La Región Salvaje d'Amat Escalante, qui mêlent également fantastique et critique sociale sur la violence et le machisme.