Leyla, jeune femme maroco-néerlandaise dans la trentaine, voit sa vie voler en éclats lorsque son mariage avec un célèbre chanteur s'effondre publiquement après une infidélité révélée dans la presse. Sans emploi, le cœur brisé et cataloguée de « meskina » par sa communauté, elle doit rentrer vivre chez sa mère qui rêve avant tout de la remarier au plus vite. Entourée de sa sœur aînée, aussi libérée qu'attachante, Leyla va peu à peu se reconstruire et redéfinir ce que signifie réellement le bonheur pour elle. Entre les traditions familiales et ses propres aspirations, elle apprend à reprendre le contrôle de son destin.
Meskina n'est pas tiré d'un livre existant mais d'un scénario original coécrit par la réalisatrice Daria Bukvic avec Fadua El Akchaoui et Ernst Gonlag, pensé comme une comédie romantique féministe centrée sur la communauté maroco-néerlandaise des Pays-Bas. D'origine bosnio-néerlandaise, Daria Bukvic s'est appuyée sur son expérience de metteuse en scène de théâtre, où elle avait déjà rencontré un grand succès aux Pays-Bas, pour signer ici son premier long métrage de cinéma. L'idée de départ est née de la volonté de représenter à l'écran les pressions sociales et familiales que subissent encore de nombreuses femmes d'origine marocaine installées en Europe, notamment autour du mariage et du statut social attaché au fait d'être célibataire passé un certain âge. Le titre du film reprend directement le terme arabe « meskina », qui désigne une femme perçue avec pitié par son entourage faute d'avoir réussi sa vie sentimentale ou professionnelle selon les critères traditionnels. La réalisatrice souhaitait renverser cette étiquette péjorative en en faisant le point de départ d'un parcours d'émancipation plutôt qu'une fatalité. Le projet a été porté par les producteurs NewBe et ROSE stories, qui ont vu dans ce scénario l'occasion de proposer une comédie romantique moderne représentative de la diversité de la société néerlandaise contemporaine.
Les critiques ont globalement salué la fraîcheur du sujet et la performance de Maryam Hassouni dans le rôle principal, tout en jugeant l'intrigue assez convenue dans sa mécanique de comédie romantique classique. Plusieurs observateurs ont souligné la qualité de l'écriture des personnages secondaires, en particulier la mère et la sœur de l'héroïne, dépeintes avec humour et humanité plutôt qu'à travers des clichés communautaires. D'autres ont pointé un ton parfois hésitant entre comédie légère et drame social, sans toujours parvenir à trouver un équilibre pleinement convaincant. Le public a réservé un accueil plutôt chaleureux au film, de nombreux spectateurs saluant sa représentation sincère et rare des tensions entre traditions familiales et aspirations individuelles au sein de la diaspora marocaine aux Pays-Bas. Plusieurs commentaires soulignent l'identification forte ressentie par de nombreuses spectatrices face au discours final de l'héroïne sur l'acceptation de soi. Une partie du public néerlandophone a en revanche jugé le film assez classique dans sa forme, sans grande surprise dans son déroulement. Meskina n'a pas été distingué par de récompense cinématographique majeure, mais le film a marqué les débuts remarqués de Daria Bukvic au long métrage et a contribué à faire connaître son travail au-delà des Pays-Bas, notamment via sa diffusion internationale sur Netflix.
Daria Bukvic a construit le scénario en s'appuyant sur son expérience personnelle de fille d'un couple mixte, née d'une mère bosniaque musulmane et d'un père croate catholique, et sur les nombreux témoignages recueillis autour d'elle sur la pression sociale exercée sur les femmes célibataires dans les communautés marocaines et bosniaques d'Europe. Le tournage a nécessité un important travail de casting pour trouver un équilibre entre acteurs confirmés du cinéma néerlandais, comme Nasrdin Dchar, et nouveaux venus capables de porter cette histoire ancrée dans une communauté encore peu représentée à l'écran aux Pays-Bas. Le film marquait le premier long métrage de Daria Bukvic après une carrière remarquée au théâtre, une transition qui a nécessité une adaptation de son approche de mise en scène, plus habituée jusque-là au rythme du spectacle vivant qu'à celui du cinéma.
Le film aborde frontalement la pression sociale et familiale exercée sur les femmes célibataires au sein de la communauté maroco-néerlandaise, ainsi que le poids du regard des autres sur la réussite sentimentale et professionnelle. Il questionne aussi la place des traditions face aux aspirations individuelles d'une génération tiraillée entre héritage culturel et désir d'émancipation. La reconstruction de soi après un échec amoureux public et humiliant constitue enfin le fil rouge du récit, porté par une figure de sororité forte entre l'héroïne et sa sœur.
Après avoir traversé l'humiliation publique de son divorce et la pression constante de sa famille pour se remarier, Leyla choisit finalement d'assumer pleinement sa situation de femme célibataire plutôt que de céder aux injonctions sociales. Son discours final, adressé à sa famille, revendique le droit de définir elle-même ce qu'est le bonheur, indépendamment du statut marital que la société souhaite lui imposer. Cette conclusion transforme l'étiquette de « meskina » en un symbole de force plutôt que de pitié, bouclant ainsi la trajectoire d'émancipation du personnage.
Le mot « meskina » désigne en arabe une femme que l'on plaint, jugée pathétique ou malchanceuse par son entourage faute d'avoir atteint les critères traditionnels de réussite sociale, en particulier le mariage. Le film s'approprie ce terme péjoratif pour en faire, au fil du récit, un symbole de résilience et de liberté choisie plutôt qu'une fatalité subie.
Depuis la sortie de Meskina, Daria Bukvic a poursuivi sa carrière de réalisatrice avec d'autres projets pour le cinéma et la télévision néerlandaise, confirmant son statut de voix montante du cinéma social et féministe aux Pays-Bas.
Les spectateurs ayant apprécié Meskina pourront se tourner vers des comédies romantiques abordant des thématiques communautaires similaires, comme Crazy Rich Asians pour son regard sur les attentes familiales autour du mariage, ou vers d'autres productions Netflix centrées sur des héroïnes en reconstruction après une rupture, à l'image de Alex, mon amour de Colombie.