Deux amis d'enfance d'une vingtaine d'années, Matthias et Maxime, se voient contraints d'échanger un baiser passionné pour les besoins d'un court-métrage amateur réalisé par la sœur d'un ami. Ce geste en apparence anodin va semer un doute profond et persistant dans l'esprit des deux jeunes hommes, bouleversant leur quotidien et l'équilibre de leur groupe d'amis. Alors que l'un s'apprête à s'exiler à l'étranger, les sentiments refoulés et les non-dits commencent à fissurer leurs certitudes de vie. Ce drame psychologique filme avec électricité la confusion des sentiments amoureux au sein de la jeunesse québécoise.
La genèse de ce projet découle du désir du réalisateur québécois Xavier Dolan de revenir à un cinéma plus intime et collectif après le tournage éprouvant de son premier film anglophone à gros budget. L'inspiration lui est venue en observant son propre cercle d'amis proches et en réalisant qu'il n'avait encore jamais filmé l'amitié masculine à l'aube de la trentaine. Il a voulu explorer la transition délicate où les choix professionnels et amoureux commencent à éloigner les complices de toujours de leur insouciance passée. L'écriture du scénario s'est faite de manière organique, en intégrant des expressions typiques de la parlure montréalaise actuelle. Dolan a conçu le film pour y jouer lui-même l'un des rôles principaux aux côtés de ses véritables amis de la vie de tous les jours. Le projet a été rapidement produit au Québec dans une atmosphère de camaraderie totale.
La presse cinématographique internationale a accueilli ce retour aux sources québécoises avec un grand enthousiasme, louant la maturité retrouvée de la mise en scène du jeune cinéaste. Les critiques professionnels ont salué la tension sexuelle et émotionnelle palpable qui traverse tout le film, culminant lors d'une scène mémorable sous la pluie. Le Monde et Les Inrockuptibles ont applaudi la justesse du portrait de groupe et l'énergie des dialogues collectifs. Le public cinéphile a été profondément touché par cette histoire de désir refoulé et par la mélancolie qui s'en dégage de bout en bout. Les spectateurs ont souligné la beauté esthétique de la photographie et la qualité esthétique de la direction d'acteurs. Le long-métrage a eu l'honneur d'être sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes en 2019, confirmant le statut d'enfant chéri du festival dont jouit Xavier Dolan.
Xavier Dolan s'est grandement inspiré des clips musicaux des années quatre-vingt-dix et de la photographie contrastée des films d'auteur européens pour concevoir l'identité visuelle de sa fiction. Les difficultés de production ont été minimes, le tournage s'étant déroulé dans une ambiance extrêmement chaleureuse au sein de décors familiers de la région du Québec. Pour une scène particulière de fête dans un chalet au bord de l'eau, les acteurs ont eu une grande liberté d'improvisation pour renforcer l'authenticité de leur complicité amicale. Concernant le casting initialement prévu, Dolan a écrit les personnages sur mesure pour ses amis comédiens de toujours, confiant le rôle difficile de Matthias à Gabriel D'Almeida Freitas après l'avoir découvert à la télévision.
Le film aborde en profondeur le thème de la fluidité des sentiments amoureux et la frontière parfois floue entre l'amitié fraternelle et le désir homosexuel. Il explore la peur du changement, l'angoisse de l'exil et la fin inéluctable d'une certaine période de l'insouciance de la jeunesse. Les relations complexes et conflictuelles avec une mère instable ou toxique, motif récurrent chez le réalisateur, sont également analysées avec dureté. Enfin, l'œuvre dresse un portrait vibrant des codes virils et de la pudeur masculine face à l'expression des émotions intimes.
La fin du film se referme sur une séquence subtile et pleine d'espoir, où Matthias décide de ne pas se rendre au bureau pour rejoindre Maxime juste avant son grand départ pour l'Australie. Le dernier plan montre les deux hommes face à face dans l'entrée de la maison, sans que l'on sache explicitement s'ils vont vivre leur histoire au grand jour ou se dire un adieu définitif. Cette conclusion ouverte refuse le mélodrame hollywoodien pour privilégier la vérité psychologique d'un choix de vie crucial. Elle suggère que peu importe l'issue géographique, leur lien intime a été définitivement réparé et accepté par chacun. Le doute a laissé la place à une forme de paix intérieure salutaire.
Le titre utilise simplement la conjonction de coordination « & » pour lier les prénoms des deux protagonistes principaux, soulignant l'indissociabilité de leur destin. Cette formulation épurée évoque immédiatement l'idée d'un duo fusionnel dont l'équilibre est perturbé par un événement extérieur inattendu. C'est une manière de focaliser toute l'attention du spectateur sur l'évolution croisée de ces deux personnalités contrastées.
La bande originale est une composante essentielle de l'œuvre, portée par les compositions néoclassiques au piano de Jean-Michel Blais et rythmée par des tubes pop nostalgiques de Britney Spears ou de Florence and the Machine qui collent parfaitement aux émotions des personnages.
Le film est régulièrement projeté dans les cycles dédiés au cinéma québécois contemporain et reste considéré par les admirateurs du cinéaste comme l'une de ses œuvres les plus mûres, sincères et apaisées sur les relations humaines.
Ce long-métrage rappelle par ses thématiques et sa fougue les premières œuvres de Xavier Dolan comme Les Amours imaginaires ou Mommy. À l'international, on peut le rapprocher de films comme Call Me by Your Name de Luca Guadagnino ou du classique Le Secret de Brokeback Mountain pour son traitement pudique du désir masculin secret.