Jeanne est une fillette de huit ans au caractère bien trempé qui doit passer ses vacances de Noël chez sa grand-mère à la campagne. Sa mère, souffrant d'une grave dépression, a dû être hospitalisée pour se soigner en douceur. Sur place, Jeanne se retrouve coupée de ses repères habituels mais fait la rencontre inattendue de nouveaux amis singuliers. Au fil des jours et des balades sous la pluie, elle va apprendre à surmonter sa tristesse et à redécouvrir la magie de l'enfance.
L'idée originelle de ce moyen-métrage est née de la volonté du réalisateur Hugo de Faucompret d'aborder un sujet difficile et souvent tabou avec les enfants : la dépression parentale. Inspiré par ses propres souvenirs d'enfance et par la sensibilité des paysages ruraux français, il a voulu créer une œuvre qui offre un espace de parole et de réconfort. Le projet a mûri au sein du studio d'animation Les Trois Ours, avec le désir profond de s'éloigner des standards industriels pour privilégier une approche artisanale. Le scénario a été coécrit avec Lison d'Andréa, apportant une juste mesure entre la gravité du thème et la légèreté nécessaire à un jeune public. L'illustration à la main s'est imposée dès les premiers croquis pour retransmettre au mieux l'authenticité des émotions ressenties par les personnages.
La presse spécialisée a chaleureusement accueilli cette œuvre animée, saluant unanimement la délicatesse et la poésie avec lesquelles la maladie mentale est évoquée à hauteur d'enfant. Les critiques ont particulièrement loué la beauté plastique des décors à l'aquarelle, qui rappellent de superbes albums illustrés. Télérama et Les Inrockuptibles ont mis en avant la justesse du ton, évitant à la fois le misérabilisme et le happy end artificiel. Le public, composé de parents et d'enfants, a été profondément touché par cette histoire pleine de résilience et d'humanité lors de ses projections en festival et à la télévision. Les retours soulignent souvent l'utilité pédagogique du film pour ouvrir le dialogue en famille sur les moments de vie difficiles. Les spectateurs ont également été séduits par le doublage vibrant porté par des voix très bien choisies. Le film a d'ailleurs remporté le prestigieux Prix du jury pour un spécial TV au Festival international du film d'animation d'Annecy en 2021.
Hugo de Faucompret s'est grandement inspiré des paysages de la région de la Mayenne pour concevoir l'environnement bucolique et brumeux où se déroule l'intrigue. Les difficultés de production ont principalement résidé dans le choix d'une animation traditionnelle entièrement peinte, demandant un temps de travail colossal pour une petite équipe d'animateurs. Pour une scène particulière où Jeanne s'aventure seule dans les bois sous une pluie battante, l'équipe a dû expérimenter plusieurs techniques d'effets visuels pour donner à l'eau un aspect organique et réconfortant plutôt que menaçant. Concernant le casting vocal, le réalisateur rêvait dès l'écriture de confier le rôle de la grand-mère à Yolande Moreau, dont la voix unique et la bienveillance naturelle collaient parfaitement à la personnalité de Mémé Oignon.
Le film explore avec une grande finesse le thème de la dépression maternelle et son impact direct sur le quotidien et la psyché d'un jeune enfant. La résilience est également au cœur de l'intrigue, montrant comment la nature et les relations intergénérationnelles peuvent aider à guérir les blessures invisibles. L'œuvre met en avant l'importance de la solidarité et de l'écoute à travers la reconstruction d'un tissu social chaleureux autour de la petite Jeanne. Enfin, le film réhabilite la tristesse et la mélancolie comme des étapes normales et saines de la vie émotionnelle.
La fin du film coïncide avec le retour du soleil et la guérison progressive de la mère de Jeanne, symbolisant un nouveau départ pour la famille. La scène finale montre une réunion chaleureuse où les non-dits ont été brisés, laissant place à une communication plus ouverte et sereine. Jeanne repart grandie de son séjour à la campagne, ayant compris que la tristesse de sa mère n'était pas de sa faute et que l'amour restait intact malgré la maladie. La pluie, qui menaçait au début, devient une simple composante du cycle de la vie, indispensable pour faire éclore les bourgeons.
Le titre fait directement écho à l'expression populaire utilisée pour décrire une pluie torrentielle, mais il prend ici un double sens métaphorique puissant. Les « cordes » de pluie représentent les larmes et la lourde dépression qui s'abat sur la maman de Jeanne, immobilisant son quotidien. Par extension, ces cordes symbolisent aussi les liens invisibles, familiaux et amicaux, qui finissent par attacher et retenir Jeanne à la vie et à l'espoir durant cette épreuve passagère.
La bande originale est magnifiée par la voix enveloppante et les compositions délicates d'Arthur H, qui prête également sa voix au personnage poétique de Cloclo.
Le film continue de faire le tour des écoles et des centres culturels dans le cadre de programmes de sensibilisation à la santé mentale et à l'expression des émotions chez les plus jeunes. Il reste régulièrement diffusé sur les plateformes de streaming dédiées au cinéma d'auteur et à la jeunesse.
On peut rapprocher ce moyen-métrage d'autres œuvres sensibles de l'animation française comme Le Prophète ou La Jeune Fille sans mains, mais aussi de films abordant l'enfance face aux épreuves de la vie avec douceur, à l'image de Ma vie de Courgette ou du chef-d'œuvre japonais Mon Voisin Totoro pour son rapport bienveillant à la nature et aux secrets de l'enfance.