Un matin d'été, une petite fille se noie dans la piscine familiale et son corps y reste immergé pendant plusieurs heures avant que sa mère ne le découvre. Cléo, la sœur aînée de la fillette disparue, se retrouve livrée à elle-même pendant de longues heures, sa mère plongée dans un chagrin qui la rend totalement inaccessible. Quelque temps plus tard, la tante de Cléo arrive dans la maison familiale accompagnée de ses trois cousines, chacune absorbée par son propre micro-univers adolescent fait de régimes, de premiers émois amoureux et de rituels secrets. C'est dans cette maison remplie de monde mais traversée par un deuil silencieux que Cléo, âgée de douze ans, va devoir affronter la perte de sa sœur tout en découvrant les premiers bouleversements de sa propre puberté.
Mamá, mamá, mamá n'est pas tiré d'un livre mais d'un scénario original écrit par la réalisatrice argentine Sol Berruezo Pichon-Rivière, ayant remporté dès 2017 le prix Opera Prima de l'INCAA, l'institut national du cinéma et des arts audiovisuels d'Argentine, destiné à soutenir les premiers films de jeunes réalisateurs. Berruezo Pichon-Rivière, diplômée en réalisation de l'Universidad del Cine de Buenos Aires, n'avait alors que vingt et un ans lorsqu'elle a remporté ce prix prestigieux pour son projet de premier long-métrage. La réalisatrice a voulu dresser un portrait délicat de la féminité à différents âges de la vie, en s'appuyant sur sa propre sensibilité pour explorer le deuil et l'initiation d'une adolescente à travers un dispositif esthétique impressionniste et sensoriel. Fait notable, le film a été entièrement réalisé par des femmes, tant devant que derrière la caméra, un choix affirmé par la cinéaste pour porter cette histoire intime de féminité et de transmission. Sol Berruezo Pichon-Rivière est ainsi devenue la plus jeune réalisatrice à présenter un film à la 70e Berlinale en 2020.
La critique a salué l'impressionnant travail formel de la réalisatrice, capable de restituer par des images oniriques et une esthétique saturée de couleurs la complexité des émotions traversant Cléo et ses cousines. Plusieurs observateurs ont comparé l'atmosphère élégiaque et vaporeuse du film à celle de Virgin Suicides de Sofia Coppola, soulignant la capacité de la réalisatrice à instiller un climat sensoriel plutôt qu'à dérouler une intrigue classique. Le film a également été salué pour son dispositif entièrement féminin de production, une démarche cohérente avec son propos centré sur les différents âges de la féminité. Le public s'est montré séduit par la beauté visuelle et la tendresse déployées dans ce premier long-métrage, de nombreux spectateurs saluant la justesse des interprétations des jeunes actrices et la délicatesse avec laquelle le film aborde des thèmes aussi douloureux que le deuil d'un enfant. Mamá, mamá, mamá a obtenu la mention spéciale du jury international dans la section Generation Kplus de la Berlinale 2020, une reconnaissance notable pour ce tout premier long-métrage.
Sol Berruezo Pichon-Rivière a remporté dès 2017, à seulement vingt et un ans, le prix Opera Prima de l'INCAA, l'institut national argentin du cinéma, pour le scénario de ce qui allait devenir son tout premier long-métrage. Le film a été entièrement réalisé par des femmes, tant devant que derrière la caméra, un choix de production affirmé et cohérent avec le propos du film centré sur différents âges et différentes expériences de la féminité. Sol Berruezo Pichon-Rivière est devenue la plus jeune réalisatrice à présenter un film lors de la 70e édition du Festival de Berlin en 2020, une reconnaissance précoce pour cette jeune cinéaste argentine.
Mamá, mamá, mamá explore le deuil d'un enfant et la manière dont il peut isoler une mère de ses autres enfants, laissant ces derniers livrés à eux-mêmes face à une douleur qu'ils ne comprennent pas pleinement. Le film interroge également l'entrée dans l'adolescence et ses bouleversements intimes, entre premières règles, premiers émois amoureux et angoisses existentielles propres à cet âge charnière. La solidarité féminine entre cousines traverse tout le récit, ces jeunes filles constituant un cocon protecteur face à l'absence des figures maternelles plongées dans leur propre chagrin. Le long-métrage aborde enfin la transmission intergénérationnelle de la féminité, entre grand-mère, mères et jeunes filles, chacune traversant à sa manière les épreuves imposées par le corps et par la vie.
Le film ne propose pas de résolution narrative classique, préférant se conclure sur une note impressionniste et ouverte, fidèle à son dispositif esthétique fragmenté tout au long du récit. Cléo, à travers la complicité tissée avec ses cousines durant cet été particulier, semble amorcer un chemin vers l'acceptation de la perte de sa sœur, sans que le film ne cherche à offrir une guérison définitive ou une catharsis appuyée. Le dénouement privilégie ainsi la continuité de la vie malgré le deuil, incarnée par les rituels enfantins et les préoccupations adolescentes qui continuent de rythmer le quotidien de la maison familiale. Le film se referme sur cette cohabitation délicate entre la tragédie et la vie qui continue, entre les jeux d'enfants et l'ombre persistante de la disparition.
Le titre Mamá, mamá, mamá, répété trois fois, évoque l'appel insistant d'un enfant vers sa mère, un cri qui résonne tout particulièrement dans un film hanté par l'absence et l'inaccessibilité maternelle suite au deuil traversé par la famille. Cette répétition ternaire souligne également les différentes figures maternelles présentes dans le récit, entre la mère de Cléo plongée dans son chagrin, sa tante venue prendre le relais, et la grand-mère en arrière-plan de cette lignée féminine. Le titre capture ainsi, dans sa simplicité répétitive, toute la tension du film entre besoin d'attachement maternel et expérience de l'abandon face à un deuil trop lourd à porter.
Mamá, mamá, mamá a confirmé Sol Berruezo Pichon-Rivière comme l'une des voix les plus prometteuses du jeune cinéma argentin, la réalisatrice ayant depuis bénéficié du soutien de la Biennale College Cinema pour développer son second long-métrage.
Les amateurs de ce type de récit sensoriel sur l'adolescence pourront se tourner vers Virgin Suicides de Sofia Coppola pour son atmosphère élégiaque similaire, ou vers La Ciénaga de Lucrecia Martel pour son exploration comparable d'une famille argentine traversée par une torpeur estivale et des non-dits.