Fred Blake — alias Giovanni Manzoni — est un ex-parrain de la mafia new-yorkaise reconverti en témoin protégé par le FBI. Avec sa femme Maggie, sa fille Belle et son fils Warren, il s'installe dans un petit village de Normandie sous une nouvelle identité. Mais malgré tous leurs efforts pour se fondre dans le décor, les vieilles habitudes reprennent vite le dessus : le chien s'appelle Malavita, Maggie fait sauter le supermarché qui a manqué de respect, et Fred commence à rédiger ses mémoires dans son garage normand. La pègre les a retrouvés, et la famille va devoir tout donner pour survivre.
Malavita est l'adaptation du roman éponyme de Tonino Benacquista, publié en 2004. Luc Besson, initialement prévu comme seul scénariste et producteur du projet, a fini par en prendre également la réalisation : «Je me suis dit qu'il était hors de question de confier ce projet à qui que ce soit ! Comme je connais bien la culture américaine et la culture française, j'ai fini par vouloir le réaliser moi-même.» L'idée de Robert De Niro dans le rôle principal est venue simultanément à Besson et à Benacquista — quand Besson a demandé à l'auteur quel acteur il envisageait, les deux ont répondu De Niro en même temps. L'acteur a immédiatement accepté après avoir lu le livre. Michelle Pfeiffer a rejoint la production, notamment motivée par le fait de tourner pour la première fois en commun avec De Niro. Le tournage a débuté le 14 août 2012 en Normandie (principalement à Gacé et Le Sap), à New York et à la Cité du cinéma à Saint-Denis.
Résumé des critiques professionnelles : La presse française a été partagée avec une moyenne de 2,3/5 sur AlloCiné. Si certains, comme Le Parisien, ont salué le couple De Niro/Pfeiffer «jubilatoire», d'autres ont critiqué une réalisation convenue et des stéréotypes sur la Normandie mal digérés. La présence de Martin Scorsese comme producteur exécutif — et la méta-scène où De Niro commente Les Affranchis devant un public normand — ont divisé entre hommage habile et auto-référentialité gratuite.
Réception du public : Le film n'a réuni que 958 000 spectateurs en France, un résultat décevant pour un film à ce casting. Aux États-Unis, le résultat a également été en deçà des attentes. Le public a néanmoins trouvé du plaisir à ce film «à prendre au second degré», riche en scènes mémorables et en performances savoureuses.
Anecdote sur une scène particulière : La scène dans laquelle Fred Blake commente devant un parterre de villageois normands le film Les Affranchis de Martin Scorsese — dont De Niro est l'un des acteurs principaux — est une référence méta-comique qui résume l'esprit du film. De Niro lui-même avait confié que c'est le tournage des Affranchis qui lui avait été le plus utile pour préparer son rôle.
Difficultés de production : Pour la deuxième fois dans sa carrière, Luc Besson a renoncé à collaborer avec son compositeur habituel Éric Serra, faisant appel aux frères Evgueni et Sacha Galperine pour la bande originale — ils avaient déjà travaillé ensemble sur L'Homme qui voulait vivre sa vie (2010).
Malavita explore le choc culturel entre l'Amérique mafieuse et la France rurale normande, avec une ironie constante sur les clichés que chaque culture projette sur l'autre. Le film aborde aussi la possibilité de rédemption : peut-on vraiment changer de vie quand on a été ce que Giovanni Manzoni a été ? La violence comme héritage familial est traitée avec humour — chaque membre de la famille Manzoni règle ses problèmes à l'américaine, avec une efficacité qui tranche avec les bonnes manières normandes. Le film joue aussi sur le thème de l'identité fragmentée : vivre sous un faux nom oblige à se demander qui l'on est vraiment.
Quand la pègre new-yorkaise retrouve finalement les Manzoni, la famille sort le grand jeu : chacun à sa façon — Belle avec sa raquette de tennis, Warren avec ses alliances scolaires, Maggie avec ses explosifs, Giovanni avec sa plume et ses poings — déploie un talent pour la violence qu'aucune protection des témoins n'a réussi à éteindre. La fin est un feu d'artifice d'action burlesque qui affirme que cette famille ne changera jamais — et c'est précisément ce qui les rend attachants.
Malavita est le nom de la chienne de la famille Manzoni — un nom qui signifie «mauvaise vie» en argot mafieux italien, et qui désigne aussi par extension le milieu criminel. Le titre original anglais, The Family, souligne l'autre aspect central : c'est avant tout l'histoire d'une famille, avec ses liens indéfectibles malgré le chaos. Benacquista avait choisi ce titre pour l'humour discret de voir les vies de toute une famille résumées dans le nom d'une chienne.
Malavita reste une curiosité dans la filmographie de Luc Besson — un film ambitieux dans son casting qui n'a pas trouvé son public. La présence de Martin Scorsese comme producteur exécutif reste l'une des collaborations les plus insolites du cinéma franco-américain des années 2010. Le film est disponible en VOD et régulièrement diffusé à la télévision.
Malavita dialogue naturellement avec les classiques du film de mafia parodique, dont Johnny Dangerously (1984) ou The Whole Nine Yards (2000). Les Affranchis (1990) de Scorsese est cité dans le film lui-même. Pour le choc culturel France/Amérique, L'Auberge espagnole (2002) ou Midnight in Paris (2011) jouent sur des registres comparables. Analyse This (1999) avec De Niro en mafieux qui consulte un psychiatre est le cousin américain le plus proche de Malavita.