Janis, photographe proche de la quarantaine, et Ana, adolescente effrayée, se rencontrent dans une chambre d'hôpital alors qu'elles s'apprêtent toutes deux à accoucher. Toutes deux célibataires et enceintes par accident, elles nouent un lien immédiat malgré leurs différences d'âge et de milieu social. Mais un doute terrible va bientôt s'installer concernant l'identité biologique de leurs filles respectives, bouleversant leur relation et leur existence. En parallèle, Janis mène un combat personnel pour faire exhumer la fosse commune où repose son arrière-grand-père, victime de la guerre civile espagnole.
Madres paralelas est le vingt-deuxième long métrage de Pedro Almodóvar, qu'il écrit et réalise seul, comme la majorité de ses films. Le scénario n'est pas tiré d'une histoire vraie précise, mais s'inscrit dans la continuité de l'obsession du cinéaste pour les figures maternelles, déjà explorées dans Tout sur ma mère et Julieta. Almodóvar confie avoir voulu, cette fois, mettre en scène des mères imparfaites, loin des figures habituellement plus lumineuses de sa filmographie. Il qualifie le rôle de Janis, confié à Penélope Cruz, de tour de force, estimant n'avoir jamais placé un personnage dans une situation aussi difficile depuis celui d'Elena Anaya dans La Piel que habito. C'est le septième long métrage dans lequel Almodóvar dirige Penélope Cruz, une collaboration devenue emblématique de son cinéma. Fait notable, une affiche du film Madres paralelas apparaissait déjà, dès les premières minutes, dans son film précédent Étreintes brisées sorti en 2009, preuve que le projet mûrissait depuis longtemps dans l'esprit du cinéaste. Almodóvar avait alors déjà travaillé le scénario de ces mères parallèles et en avait même dessiné une affiche fictive pour les besoins de cette mise en abyme. Le réalisateur choisit également d'entrelacer à cette histoire intime la question du lourd héritage franquiste espagnol, un sujet qu'il avait pourtant longtemps évité dans sa filmographie. Il explique avoir voulu parler, à travers la voix de Janis, de la nécessité pour l'Espagne de confronter enfin son passé et la mémoire des victimes du franquisme.
La critique a largement salué Madres paralelas comme l'un des plus beaux films de la filmographie de Pedro Almodóvar. Plusieurs observateurs ont souligné la richesse et la complexité du scénario, qui entrelace habilement portrait intime et mémoire historique espagnole. La prestation de Penélope Cruz a été unanimement célébrée, saluée pour sa capacité à exprimer des sentiments multiples au sein d'une même scène. D'autres critiques ont toutefois regretté une mise en scène jugée par moments trop austère et des ficelles narratives parfois trop visibles.
Le public a réservé un accueil chaleureux au film, porté par la performance magistrale de Penélope Cruz et par la mise en scène colorée caractéristique du cinéaste espagnol. De nombreux spectateurs ont salué la fluidité du montage, capable de naviguer entre plusieurs temporalités sans jamais perdre le fil du récit. Le film a également suscité la discussion sur les réseaux sociaux en raison de son affiche, représentant un téton allaitant, un temps retirée puis rétablie après des excuses de la plateforme Instagram.
Penélope Cruz a reçu la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine lors du Festival de Venise 2021, où le film a fait l'ouverture de la compétition officielle. Le film a également reçu le prix de la meilleure affiche pour le travail de Javier Jaén lors de cette même édition.
Inspirations du réalisateur : Pedro Almodóvar a expliqué vouloir mettre en scène des mères imparfaites, très différentes des figures maternelles plus lumineuses de ses films précédents comme Volver ou Tout sur ma mère. Il confie parler à travers la voix de Janis de la nécessité pour l'Espagne de regarder en face l'héritage du franquisme et la mémoire de ses victimes.
Difficultés de production : Le tournage s'est déroulé principalement à Madrid et dans ses environs, à Torrelaguna et Torremocha de Jarama, entre mars et avril 2021. La production a nécessité l'intégration de deux récits parallèles, intime et historique, un exercice d'écriture qu'Almodóvar reconnaît lui-même comme particulièrement délicat à équilibrer.
Casting initialement prévu : En mars 2021, il avait été rapporté que Pedro Almodóvar envisageait d'intégrer l'actrice Anya Taylor-Joy à la distribution principale du film, un projet qui ne s'est finalement pas concrétisé.
Madres paralelas explore la maternité sous toutes ses formes, entre joie inattendue, peur et responsabilité, à travers les parcours croisés de Janis et Ana. Le film aborde également la mémoire historique espagnole et le devoir de vérité envers les victimes de la guerre civile et du franquisme. La question de l'identité et des origines biologiques occupe une place centrale, à travers le doute qui s'installe entre les deux héroïnes. Le film interroge enfin la solidarité féminine et intergénérationnelle, capable de se construire au-delà des différences de classe sociale et d'âge.
Le film révèle progressivement que les filles de Janis et Ana ont été échangées à la naissance, un doute que Janis avait dès le début mais qu'elle a longtemps tenté d'ignorer. Cette révélation bouleverse leur relation mais permet également à chacune de retrouver sa véritable fille biologique, dans un dénouement à la fois douloureux et apaisé. En parallèle, le film se referme sur l'exhumation de la fosse commune où reposait l'arrière-grand-père de Janis, symbolisant la réconciliation avec un passé longtemps enfoui, à l'image du secret familial dévoilé.
Le titre Madres paralelas, littéralement mères parallèles, désigne Janis et Ana, deux femmes aux trajectoires de vie très différentes mais réunies par la coïncidence de leur accouchement simultané. Ce parallélisme renvoie autant à leur histoire personnelle qu'à la construction narrative du film, qui entrelace sans cesse deux lignes temporelles et deux quêtes de vérité. Le titre évoque enfin, en filigrane, le parallèle établi par Almodóvar entre la mémoire intime des mères et la mémoire collective des victimes de la guerre civile espagnole.
La musique du film est signée Alberto Iglesias, compositeur fidèle de Pedro Almodóvar depuis de nombreuses années. Sa partition, à la fois délicate et habitée, accompagne avec justesse les bouleversements intimes des deux héroïnes ainsi que la dimension plus grave liée à la mémoire historique du récit.
Depuis Madres paralelas, Penélope Cruz a continué d'enchaîner les collaborations prestigieuses, confirmant son statut d'actrice incontournable du cinéma espagnol et international. Pedro Almodóvar a depuis poursuivi sa carrière avec de nouveaux projets, toujours marqués par son attachement aux figures féminines fortes. Le film reste régulièrement cité parmi les meilleures œuvres de la filmographie du cinéaste madrilène et continue de faire l'objet de nombreuses rétrospectives.
Les amateurs de Madres paralelas pourront se tourner vers Volver ou Tout sur ma mère, deux précédents films d'Almodóvar centrés eux aussi sur des figures maternelles fortes. Julieta, également réalisé par le cinéaste espagnol, partage avec le film une exploration similaire du deuil et de la filiation. Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro offre une parenté thématique dans son évocation de la mémoire de la guerre civile espagnole. Enfin, La Fille inconnue des frères Dardenne évoque, dans un tout autre registre, cette même quête de vérité autour d'une identité cachée.