Au dix-huitième siècle, Madame de La Pommeraye, une jeune et riche veuve, cède après des années de résistance aux avances du séduisant Marquis des Arcis, réputé pour être un libertin impénitent. Lorsque le marquis se lasse d'elle et rompt leur liaison avec désinvolture, elle se sent profondément humiliée et décide de se venger. Elle recrute alors deux courtisanes déchues, la jeune Mademoiselle de Joncquières et sa mère, pour tendre un piège machiavélique au libertin. En faisant passer la jeune fille pour une sainte d'une piété rare, elle pousse le marquis à en tomber éperdument amoureux au point de commettre l'irréparable.
Le projet est l'adaptation cinématographique d'un célèbre épisode inséré dans le roman philosophique « Jacques le Fataliste et son maître » de Denis Diderot écrit au dix-huitième siècle. L'idée originelle du réalisateur Emmanuel Mouret était de s'emparer de ce récit de vengeance féminine pour signer son tout premier grand film en costumes d'époque. L'inspiration est venue de la modernité absolue des dialogues de Diderot et de la complexité psychologique des rapports de pouvoir amoureux. La production a cherché à respecter scrupuleusement la langue châtiée et élégante de l'époque tout en lui insufflant un rythme de thriller psychologique contemporain. Mouret a conçu le film comme un duel d'intelligences machiavélique et feutré.
La presse professionnelle française et internationale a réservé un accueil unanime et particulièrement élogieux à ce drame historique lors de sa sortie. Les critiques ont encensé la fluidité de la mise en scène, l'élégance de la photographie et la performance étincelante du trio d'acteurs, particulièrement Cécile de France et Edouard Baer. De nombreux journalistes ont loué la modernité du propos et le plaisir jubilatoire de suivre cette machination amoureuse d'une cruauté exquise. Du côté des spectateurs, les amateurs de films d'époque et de joutes verbales littéraires ont été totalement conquis par la beauté plastique et l'ironie mordante du récit. Le film a réalisé un excellent score au box-office pour un film d'auteur et a décroché plusieurs nominations aux César, remportant celui des meilleurs costumes.
Le metteur en scène s'est fortement inspiré de la peinture de Fragonard et de Chardin pour composer la lumière naturelle et la scénographie de ses intérieurs de châteaux. La production a eu le privilège de tourner dans de somptueux domaines historiques de la région Île-de-France, apportant une authenticité visuelle parfaite aux salons libertins. Durant le tournage, les comédiens ont dû suivre une préparation rigoureuse pour maîtriser le rythme très particulier de la diction du dix-huitième siècle sans paraître artificiels. Une anecdote raconte que la scène de la révélation finale a demandé deux jours entiers de tournage pour capter toutes les nuances de l'humiliation du marquis. Concernant le casting, Edouard Baer a été choisi à contre-emploi de ses rôles comiques habituels pour apporter sa mélancolie naturelle au personnage du libertin pris au piège.
Le long-métrage explore en profondeur les thèmes du dépit amoureux, de la manipulation machiavélique, de la vengeance féminine et du libertinage. Il met en lumière l'hypocrisie des conventions de la noblesse de l'époque et la condition des femmes, obligées d'utiliser la ruse pour exister face au pouvoir des hommes.
La fin du film propose un retournement de situation magistral par rapport au plan initial de Madame de La Pommeraye. Alors que le piège s'est refermé et que le marquis a épousé la courtisane de basse condition sous le coup du scandale, il choisit contre toute attente de pardonner à sa nouvelle épouse par amour sincère. Cette décision noble transforme l'humiliation programmée en une rédemption amoureuse, privant la manipulatrice de son triomphe sadique.
Le titre porte le nom de la jeune femme qui sert d'instrument involontaire à la vengeance, soulignant que sa pureté apparente et son destin sont au centre de la machination.
Le film est aujourd'hui considéré comme l'un des sommets de la filmographie d'Emmanuel Mouret et reste projeté comme un modèle d'adaptation littéraire réussie à l'écran.
On peut directement associer cette œuvre au chef-d'œuvre « Les Liaisons dangereuses » de Stephen Frears ou au film « Chronique d'un amour » pour la cruauté de la machination.