Traductrice pour des institutions internationales, Judith mène une double vie entre la Suisse et la France, jonglant entre deux identités qu'elle croit pouvoir maintenir indéfiniment séparées. D'un côté, elle partage la vie d'Abdel, avec qui elle élève une petite fille en Suisse ; de l'autre, elle retrouve régulièrement Melvil, chef d'orchestre parisien, et leurs deux garçons plus âgés. Peu à peu, cet équilibre fragile bâti sur des mensonges, des prétextes et des allers-retours incessants commence à se fissurer dangereusement. Prise au piège de ses propres inventions, Judith choisit alors la fuite en avant plutôt que d'affronter la vérité, au risque de tout perdre.
Madeleine Collins n'est pas tiré d'un fait réel précis, mais s'inscrit dans la continuité de la réflexion qu'Antoine Barraud mène depuis plusieurs films sur la question de l'identité et de la construction de soi à travers différents rôles sociaux. L'idée originelle est née de la volonté du réalisateur de centrer un récit de double vie sur une femme, un postulat qu'il jugeait rarement exploré au cinéma, contrairement aux nombreux films consacrés à des hommes menant une double existence. Antoine Barraud s'est particulièrement intéressé à la question du mouvement perpétuel qu'implique une telle situation, imaginant une protagoniste constamment en déplacement entre ses deux foyers, ainsi qu'à l'obstacle que représente la question des enfants dans ce type de dissimulation. Le scénario, coécrit avec Héléna Klotz, a été pensé comme un thriller psychologique à tiroirs, où chaque indice distillé au compte-gouttes doit permettre au spectateur de reconstituer peu à peu le puzzle de l'existence de Judith. Pour incarner ce personnage à la fois complexe et presque pervers, Antoine Barraud cherchait une actrice capable de conserver l'empathie du public sur la durée, malgré les mensonges répétés de son personnage ; il a immédiatement pensé à Virginie Efira, dont la beauté solaire et jamais menaçante correspondait selon lui parfaitement à cette exigence.
Résumé des critiques professionnelles La critique a unanimement salué la performance de Virginie Efira, jugée habitée et bluffante dans ce rôle de femme aux identités multiples, portée par une mise en scène qui joue habilement sur la confusion et le malaise. Plusieurs observateurs ont souligné la réussite du scénario à tiroirs, construit comme un puzzle narratif complexe où chaque question trouve progressivement sa réponse, y compris le sens même du titre du film. Certains critiques ont toutefois estimé que la résolution finale du mystère se révélait plus simple qu'attendu, en délicat contraste avec la sophistication de la mise en place du récit.
Réception du public Le public a largement salué l'interprétation de Virginie Efira, considérée par de nombreux spectateurs comme l'une des plus marquantes de sa carrière, capable de rendre attachant un personnage pourtant manipulateur. Le film a également suscité des discussions nourries sur la construction de l'intrigue, certains spectateurs regrettant de devoir attendre longtemps avant de saisir pleinement la situation exacte de chacun des personnages.
Inspirations du réalisateur Antoine Barraud a voulu explorer un territoire rarement montré au cinéma, celui d'une femme menant une double vie familiale complète, avec conjoints et enfants de chaque côté, plutôt que la simple liaison extraconjugale plus classiquement traitée à l'écran.
Difficultés de production La construction narrative fragmentée du film, alternant sans prévenir les deux vies parallèles de l'héroïne, a nécessité un important travail de montage pour préserver la clarté du récit tout en maintenant la confusion volontairement entretenue par la mise en scène.
Madeleine Collins explore la construction de l'identité et la possibilité de vivre simultanément plusieurs vies parallèles, chacune portée par un prénom et un rôle différents. Le film interroge également le mensonge comme mode de survie psychologique, Judith ne cherchant pas tant à tromper les autres qu'à se tromper elle-même sur la viabilité de sa situation. La question de la maternité et de ses différentes formes occupe une place centrale, l'héroïne devant jongler entre plusieurs configurations familiales sans jamais être pleinement présente dans aucune d'entre elles. Enfin, le récit met en lumière les conséquences du mensonge sur les enfants, seules véritables victimes innocentes de cette architecture de faux-semblants patiemment construite par leur mère.
Le film révèle progressivement que Judith, qui vit sous plusieurs identités dont celle de Margot, a autrefois emprunté celle de Madeleine Collins pour justifier une absence prolongée, avant que ce mensonge initial ne se transforme en un système de double vie complet et durable. Acculée par la découverte progressive de ses mensonges par ses deux compagnons et par ses enfants, Judith finit par s'effondrer, incapable de maintenir plus longtemps l'équilibre fragile entre ses deux existences parallèles. La résolution du film choisit de ne pas juger son héroïne mais d'exposer les conséquences inévitables d'une architecture de mensonges qui, aussi habilement construite soit-elle, finit toujours par se fissurer sous son propre poids.
Madeleine Collins est l'une des identités fictives que Judith s'est inventée au fil de sa double vie, un nom d'emprunt utilisé pour justifier certaines de ses absences répétées auprès de son entourage. Le choix de ce titre, qui ne renvoie ni au prénom principal de l'héroïne ni à son autre identité de Margot, souligne la multiplicité des masques que porte le personnage et l'impossibilité de la réduire à une seule et unique identité stable.
Les amateurs de thrillers psychologiques centrés sur la question de l'identité et du mensonge pourront se tourner vers Sueurs froides, Attention une femme peut en cacher une autre ou encore Julieta de Pedro Almodóvar, qui partagent avec Madeleine Collins ce goût pour les récits de femmes aux vies fragmentées.