Joe Buck, un jeune et naïf cow-boy du Texas, quitte sa petite ville natale pour tenter sa chance à New York comme prostitué pour femmes riches. Convaincu que son physique et son chapeau feront fureur, il déchante rapidement face à la froideur de la métropole. C'est alors qu'il fait la connaissance de Ratso Rizzo, un infirme tuberculeux qui survit grâce à de petites arnaques. Ensemble, ces deux exclus vont développer une amitié poignante pour tenter de survivre à la misère et à la solitude urbaine.
Le projet est né de la volonté du réalisateur John Schlesinger d'adapter le roman éponyme de James Leo Herlihy, publié en 1965. Marqué par la noirceur et le réalisme cru de cette œuvre littéraire, le cinéaste britannique y a vu l'occasion idéale de dresser un portrait sans concession du rêve américain brisé. Son inspiration est grandement venue de ses propres observations de la faune urbaine lors de ses voyages à New York, où la pauvreté côtoyait l'opulence. En déplaçant son regard d'étranger sur les bas-fonds de Manhattan, il souhaitait capturer une authenticité viscérale, loin des clichés hollywoodiens traditionnels.
À sa sortie, le long-métrage a suscité des réactions passionnées et contrastées en raison de son sujet tabou et de sa classification initiale particulièrement stricte. La critique professionnelle a rapidement salué le courage du film, louant la mise en scène viscérale de Schlesinger et la performance habitée du duo d'acteurs principal. De nombreux critiques ont applaudi cette plongée réaliste qui redéfinissait les contours du cinéma américain de l'époque. Le public s'est quant à lui déplacé en masse, transformant ce drame indépendant et audacieux en un véritable succès commercial surprise au box-office mondial. Les spectateurs ont été profondément touchés par la vulnérabilité et l'humanité désespérée des deux protagonistes magnifiquement campés. Le film a marqué l'histoire du cinéma en remportant trois Oscars majeurs lors de la cérémonie de 1970, dont celui du Meilleur film, du Meilleur réalisateur et du Meilleur scénario adapté. Il reste à ce jour le seul film initialement classé X à avoir décroché la statuette suprême du cinéma américain.
John Schlesinger s'est fortement inspiré du cinéma vérité européen et de la Nouvelle Vague pour insuffler un rythme brut et documentaire à sa réalisation. Il souhaitait éviter tout artifice hollywoodien pour capter la véritable énergie, souvent sombre et étouffante, des rues new-yorkaises à la fin des années soixante. La production a dû faire face à un budget particulièrement serré et à des conditions de tournage hivernales éprouvantes dans les quartiers les plus insalubres de New York. L'ambiance générale était lourde, reflétant l'état d'esprit des personnages, et l'équipe a dû composer avec l'hostilité de certains environnements réels. Une scène mythique est née d'un pur hasard lorsque Dustin Hoffman a failli être renversé par un véritable taxi new-yorkais alors qu'il traversait la rue en plein tournage. L'acteur a improvisé sa célèbre réplique en frappant sur le capot, une séquence spontanée que le réalisateur a immédiatement décidé de conserver au montage. Pour le rôle de Joe Buck, la production avait initialement pensé à Michael Sarrazin avant que Jon Voight ne décroche finalement le rôle qui allait lancer sa carrière internationale.
Le film explore en profondeur le mirage du rêve américain à travers la désillusion brutale de son protagoniste provincial. Il aborde de front la solitude extrême, l'exclusion sociale et la pauvreté systémique au cœur d'une métropole moderne et indifférente. La prostitution masculine et l'identité sexuelle sont traitées avec une honnêteté rare pour l'époque. Enfin, l'amitié inattendue et l'amour platonique entre deux marginaux se dressent comme l'unique rempart contre la cruauté du monde.
La fin tragique montre Joe et Ratso dans un bus en route vers la Floride, symbole de l'espoir d'une vie meilleure et ensoleillée. Malheureusement, Ratso succombe à la maladie juste avant leur arrivée à Miami, laissant Joe face à une solitude immense. Ce dénouement souligne l'impossibilité pour ces marginaux d'échapper totalement à leur destin tragique. En abandonnant ses vêtements de cow-boy à la fin, Joe renonce définitivement à ses illusions de jeunesse pour affronter la réalité du monde adulte.
Le titre fait directement référence à l'illusion de départ du personnage principal, Joe Buck, qui se prend pour un cow-boy viril prêt à conquérir la faune urbaine. Le terme associe le mythe de l'Ouest américain à la réalité brute de l'asphalte new-yorkais. Il symbolise le décalage tragique entre les fantasmes d'un jeune provincial naïf et la dureté de la prostitution de rue à laquelle il est rapidement contraint pour survivre.
La bande originale est entrée dans l'histoire grâce à la chanson mémorable "Everybody's Talkin'" interprétée par Harry Nilsson, qui capture parfaitement la mélancolie et le désir d'évasion des personnages. Le thème mélancolique à l'harmonica composé par John Barry apporte une dimension émotionnelle bouleversante à l'ensemble du récit.
Le film fait régulièrement l'objet de projections spéciales dans les cinémathèques du monde entier pour célébrer son statut de chef-d'œuvre du Nouvel Hollywood. Des éditions restaurées en haute définition continuent de sortir pour permettre aux nouvelles générations de découvrir cette œuvre fondatrice.