Anna et Adam, jeune couple parisien d'origine juive polonaise, s'envolent pour la Pologne à l'occasion du soixante-quinzième anniversaire de la destruction de la communauté du village natal du grand-père d'Adam. Adam se traîne dans ce voyage qu'il n'a pas vraiment choisi, tandis qu'Anna, elle, brûle de découvrir cette terre qui fut aussi celle de sa propre grand-mère. Le couple part ainsi à la recherche de racines dont ils ne connaissent en réalité que des bribes. Ce voyage de noces improvisé se transforme en road-movie plein de surprises, de disputes et de réconciliations, sans qu'ils y trouvent exactement ce qu'ils étaient venus chercher.
Ce premier long-métrage d'Élise Otzenberger puise directement dans son expérience personnelle. La réalisatrice s'est inspirée d'un véritable voyage effectué une dizaine d'années plus tôt en Pologne, en compagnie de son propre mari, sur les traces de leurs ancêtres respectifs. Elle a voulu transposer à l'écran l'étrangeté de ce retour sur une terre à la fois familière par l'histoire familiale et totalement inconnue dans les faits. Le choix de la comédie pour aborder un sujet aussi grave que la mémoire de la Shoah n'allait pas de soi, et la réalisatrice a dû trouver un équilibre délicat entre légèreté du ton et gravité du sujet. Elle a coécrit le scénario avec Mathias Gavarry pour affiner ce dosage entre humour de couple et poids de l'histoire familiale. Le film a ainsi pu voir le jour comme une tragi-comédie assumée, où l'absurde côtoie sans cesse l'émotion la plus sincère.
La presse a globalement salué la finesse du film et son humour, en particulier la façon dont il aborde un sujet aussi lourd que la Shoah sans jamais tomber dans le pathos ni dans l'irrévérence gratuite. Certains critiques ont souligné la qualité de la direction d'acteurs, Judith Chemla et Arthur Igual formant un duo convaincant malgré quelques maladresses de construction relevées ici ou là. Le public a apprécié le ton chaleureux et l'alternance entre rire et émotion, beaucoup de spectateurs saluant l'originalité du sujet et la justesse du duo principal. Les retours insistent souvent sur le plaisir de suivre ce couple contemporain confronté à un pan d'histoire qu'il maîtrise mal.
Élise Otzenberger a puisé l'inspiration du scénario dans son propre voyage en Pologne, effectué avec son mari environ dix ans avant le tournage, sur les traces de leurs grands-parents respectifs. Trouver le ton juste entre comédie et sujet grave a constitué la principale difficulté de l'écriture et du tournage, la réalisatrice devant sans cesse ajuster le curseur pour ne jamais banaliser la mémoire de la Shoah tout en conservant l'énergie comique du couple. Le tournage s'est déroulé en partie en Pologne, notamment à Łódź, ce qui a permis à l'équipe de confronter directement les acteurs à une mémoire collective encore très présente dans les lieux traversés.
Le film explore la transmission de la mémoire de la Shoah à la troisième génération, avec ses silences familiaux et ses non-dits qui pèsent sur les descendants sans qu'ils en connaissent toujours le détail exact. Il interroge aussi la commercialisation du tourisme mémoriel en Pologne, où les lieux de la tragédie juive sont devenus des étapes balisées pour les visiteurs. Le couple lui-même est mis à l'épreuve, chacun réagissant différemment à ce passé qui ressurgit, ce qui questionne la solidité du lien conjugal face à l'histoire familiale. L'humour comme mécanisme de défense face à un sujet écrasant traverse tout le récit, les deux personnages désamorçant sans cesse la gravité par la moquerie affectueuse. Le film aborde enfin la question de l'identité juive contemporaine, entre attachement revendiqué et malaise diffus face à un antisémitisme qui n'a pas disparu.
Anna et Adam repartent de Pologne sans avoir vraiment trouvé ce qu'ils espéraient sur leurs origines respectives, la quête initiale se révélant plus complexe et plus insaisissable que prévu. Cette absence de révélation nette est un choix assumé du film, qui refuse la résolution facile pour souligner que la mémoire familiale reste toujours partiellement opaque. Le couple en ressort néanmoins transformé dans sa relation, ayant traversé ensemble une épreuve qui les a rapprochés malgré les disputes du voyage.
Le titre joue sur un décalage ironique entre l'idée romantique de la lune de miel et la réalité de ce voyage, consacré non pas à la célébration du couple mais à une commémoration funèbre. Cette tension entre légèreté attendue et gravité du propos résume tout le parti pris tragi-comique du film.
Le film peut se rapprocher d'autres comédies de la mémoire familiale mêlant humour et Histoire, dans la veine de certains films d'Emmanuel Finkiel sur la question juive contemporaine, tout en conservant la structure d'un road-movie de couple.