Hana, médecin britannique ayant longtemps travaillé dans l'humanitaire en zones de conflit, revient à Louxor après des années d'absence pour se reposer loin de l'horreur qu'elle a côtoyée. Dans cette ville chargée d'histoire, elle croise à nouveau la route de Sultan, archéologue de talent et ancien amant qu'elle n'avait jamais complètement oublié. Errant parmi les vestiges antiques et les souvenirs familiers qui hantent chaque rue, Hana doit composer avec le poids de son passé professionnel traumatisant et l'incertitude de ce que pourrait devenir cette relation ravivée. Entre ruines millénaires et blessures intimes, elle cherche lentement à retrouver un sens à sa vie.
Zeina Durra a commencé à réfléchir à Louxor alors qu'elle était alitée chez elle, terrassée par une grippe, et pensait également être enceinte d'un troisième enfant. Elle traversait à cette période une phase de doute profond, un projet de film sur lequel elle travaillait depuis longtemps venant d'être reporté indéfiniment par les producteurs. Dans cet état de vulnérabilité, la réalisatrice a fait un rêve qui l'a poussée à appeler sa directrice de la photographie habituelle, Zelmira Gainza, pour lui exprimer son envie soudaine de tourner un film en Égypte. Durra explique avoir voulu insuffler de la nostalgie dans son récit, en réponse à une période personnelle et collective particulièrement troublée. Le scénario n'est pas tiré d'une histoire vraie précise, mais s'inspire du propre rapport de la réalisatrice, née de parents jordaniens et bosniaques, au Moyen-Orient et à la question du temps qui passe. Durra explique avoir voulu aborder le sentiment de perte d'un monde qui lui semblait de plus en plus fou, dans un contexte marqué par la montée des gouvernements populistes. Le film prolonge également une réflexion personnelle sur la maternité tardive et le sentiment, partagé par de nombreuses femmes de son entourage, d'avoir laissé filer le temps sans y prêter attention. Le tournage s'est déroulé sur les rives du Nil et parmi les vestiges antiques de Louxor, offrant au film un cadre visuel d'une grande puissance évocatrice.
La critique a réservé un accueil favorable à Louxor, saluant la délicatesse et la pudeur avec lesquelles Zeina Durra filme le parcours intérieur de son héroïne. Plusieurs observateurs ont particulièrement apprécié la performance d'Andrea Riseborough, jugée d'une grande justesse dans l'incarnation d'un personnage spectral et habité par une profonde lassitude. D'autres critiques ont souligné la beauté de la mise en scène, qui met en parallèle la splendeur antique de l'Égypte et les blessures intimes de son personnage principal. La presse a également relevé la sensibilité du film à jouer sur le mystère et le fantastique sans jamais forcer le trait, préférant la suggestion à l'explication.
Le public a réservé un accueil confidentiel mais chaleureux au film, particulièrement apprécié pour son évasion dépaysante en pleine période de restrictions sanitaires liées à la Covid-19. De nombreux spectateurs ont salué la sensation de retrouver, à travers le film, la joie oubliée des voyages et la puissance émotionnelle des monuments antiques égyptiens. Certains ont également noté le regard critique du film sur les contrastes sociaux qui traversent les pays touristiques, entre luxe occidental et réalité locale plus modeste. Le film a été présenté au Festival de Sundance en 2020, contribuant à sa reconnaissance internationale malgré une sortie en salles limitée.
Louxor a reçu le Prix spécial du jury au Festival de La Roche-sur-Yon en 2020.
Inspirations du réalisateur : Zeina Durra a conçu Louxor dans un moment de grande vulnérabilité personnelle, entre maladie et incertitude professionnelle, et voulait insuffler à son film une nostalgie propre à faire écho à une époque collective particulièrement troublée.
Difficultés de production : Le tournage en Égypte, dans un contexte régional parfois instable, a nécessité une organisation logistique particulière pour filmer au cœur des sites archéologiques antiques de Louxor. La réalisatrice a dû composer avec le report d'un précédent projet cinématographique, qui l'a conduite à développer Louxor dans l'urgence créative.
Anecdote sur une scène particulière : Zeina Durra a choisi de découper son film en chapitres aux intitulés empreints d'humour, tout en laissant volontairement dans l'ombre le passé de ses deux personnages principaux, refusant tout retour en arrière explicatif sur les raisons de leur séparation passée.
Louxor explore le traumatisme et la reconstruction intérieure d'une femme ayant longtemps côtoyé l'horreur dans son travail de médecin humanitaire en zones de conflit. Le film aborde également la mémoire et le poids du passé, symbolisés par les vestiges antiques de la ville qui semblent faire écho aux souvenirs personnels de l'héroïne. La question du temps qui passe et des choix de vie non assumés occupe aussi une place centrale, en particulier autour de la maternité et de la construction familiale. Le film interroge enfin, en filigrane, les contrastes sociaux qui traversent les destinations touristiques entre opulence occidentale et réalité locale plus modeste.
Le titre Louxor, qui reprend le nom de la ville égyptienne où se déroule l'intégralité du récit, ancre immédiatement le film dans ce décor antique chargé d'histoire et de mystère. Ce choix de titre géographique simple souligne l'importance du lieu comme personnage à part entière du récit, entre vestiges millénaires et présent incertain de l'héroïne. Le titre évoque également, en filigrane, l'idée d'un site archéologique à explorer, à l'image du passé intime que Hana doit elle-même mettre au jour au fil du film.
Depuis Louxor, Zeina Durra a continué de développer des projets de cinéma indépendant explorant les thématiques du Moyen-Orient contemporain. Andrea Riseborough a depuis poursuivi une carrière particulièrement prolifique, enchaînant les rôles remarqués dans le cinéma indépendant international. Le film reste régulièrement cité comme une découverte cinématographique appréciée des festivals de cinéma d'auteur.
Les amateurs de Louxor pourront se tourner vers Lost in Translation de Sofia Coppola, pour sa proximité thématique autour de la mélancolie et de la rencontre amoureuse dans un cadre dépaysant. The English Patient offre une parenté évidente dans son exploration du Moyen-Orient et des blessures amoureuses du passé. Certified Copy d'Abbas Kiarostami partage avec le film ce goût pour l'ambiguïté et le mystère autour du passé de ses personnages. Enfin, The Imperialists Are Still Alive!, premier long métrage de Zeina Durra, permet de retrouver la sensibilité de la réalisatrice pour les récits intimistes ancrés dans le monde arabe contemporain.