À Lourdes convergent chaque année des dizaines de milliers de pèlerins venus chercher un peu d'espoir face à la maladie, au handicap ou à la détresse. Le film suit une dizaine d'entre eux pendant leur séjour, sans commentaire ni voix off, en donnant simplement la parole à leur vécu. On croise un père venu prier pour son bébé atteint d'une maladie orpheline, un homme qui refait le pèlerinage pour la quinzième fois, ou encore une personne en quête de réconciliation avec elle-même. Loin du sensationnalisme, le documentaire observe aussi le travail discret des hospitaliers qui accompagnent ces fragilités au quotidien.
L'idée de ce documentaire n'est pas née d'un scénario mais d'une confidence. Une amie proche des réalisateurs, Sixtine Léon-Dufour, revenait d'un séjour à Lourdes où elle avait officié comme hospitalière aux côtés de son mari. Elle hésitait à raconter son expérience à Thierry Demaizière et Alban Teurlai, craignant leurs a priori de citadins peu croyants. Elle a fini par se confier, et ce récit a immédiatement suscité chez les deux cinéastes l'intuition qu'il y avait là matière à un film. Habitués aux portraits intimes pour la télévision, ils ont voulu transposer cette approche sensible à un lieu chargé d'histoire et de foi. Ils ont obtenu toutes les autorisations nécessaires pour filmer au plus près des pèlerins, sur une période de huit mois en 2017. Leur parti pris a été de s'effacer totalement derrière les témoignages, sans commentaire ni musique démonstrative, pour laisser affleurer une vérité brute. Ce choix documentaire radical, presque anthropologique, visait à interroger la notion de miracle sans jamais trancher sur sa réalité.
Les critiques ont globalement salué la délicatesse du regard porté sur les pèlerins, certains observateurs qualifiant le film de documentaire marquant de l'année 2019 pour son absence de prosélytisme et l'intimité des témoignages recueillis. Quelques voix plus dubitatives ont toutefois estimé que la mise en scène, notamment le choix musical, appuyait un peu trop la dimension dramatique de situations déjà bouleversantes en soi. Le public s'est montré très majoritairement touché par cette plongée dans l'intimité des pèlerins, beaucoup de spectateurs évoquant un film habité par l'humanité et la pudeur plutôt que par le prosélytisme religieux. Les avis en ligne insistent souvent sur l'émotion suscitée par les histoires personnelles plus que sur la question de la foi elle-même. Le film a été sélectionné à Hot Docs à Toronto en 2019 et a obtenu une nomination au César du meilleur film documentaire en 2020, une reconnaissance notable pour une œuvre sortie sans grand tapage médiatique.
L'inspiration du projet vient directement du témoignage d'une amie des réalisateurs ayant vécu une expérience d'hospitalière à Lourdes, un récit qui les a convaincus de se lancer dans ce documentaire inédit sur le sanctuaire. Le tournage s'est étalé sur huit mois en 2017, une durée nécessaire pour accéder à l'intimité de pèlerins traversant des épreuves personnelles très diverses, entre maladies orphelines, handicaps et parcours de vie douloureux. Sur les deux cents heures de rushes accumulées, seules quatre-vingt-onze minutes ont finalement été retenues au montage, ce qui donne une idée de l'ampleur du travail de sélection effectué a posteriori.
Le film interroge frontalement la question de la foi et de l'espoir face à la maladie et au handicap, sans jamais imposer un point de vue tranché sur l'existence des miracles. Il explore aussi la solitude de la souffrance et la manière dont un lieu collectif peut devenir un refuge pour des douleurs intimes. La question du corps, mis à nu dans les bains sanctifiés, traverse tout le film comme une métaphore de la vulnérabilité humaine. Le documentaire montre également l'envers du décor d'un site touristique et religieux majeur, avec ses centaines de bénévoles hospitaliers qui accompagnent les malades au quotidien. La répétition du geste du pèlerinage, parfois renouvelé quinze fois par une même personne, interroge le rapport de chacun au temps et à l'espérance. Enfin, le film aborde en creux la solitude contemporaine, ces pèlerins venant parfois chercher à Lourdes une écoute qu'ils ne trouvent pas ailleurs.
Le film se referme sur le départ des pèlerins, chacun regagnant sa vie quotidienne avec ce qu'il a vécu à Lourdes, sans qu'aucune guérison miraculeuse ne vienne conclure leur histoire de façon spectaculaire. Cette fin volontairement sobre prolonge le parti pris du film entier : ne jamais trancher sur la réalité du miracle, mais montrer que le passage par Lourdes a, pour beaucoup, modifié quelque chose dans leur rapport à leur propre souffrance. La séparation finale des pèlerins, qui ont souvent tissé des liens forts en quelques jours, souligne le caractère éphémère mais intense de cette parenthèse collective.
Le titre reprend simplement le nom du sanctuaire marial des Hautes-Pyrénées, sans artifice ni sous-titre explicatif. Ce choix minimaliste reflète la démarche du film, qui ne cherche pas à commenter ou à qualifier Lourdes mais à en donner un état des lieux à travers ceux qui le vivent. Le nom du lieu suffit à convoquer chez le spectateur tout un imaginaire de pèlerinage, de miracles et de dévotion, que le film vient ensuite nuancer par la réalité des témoignages filmés.
Après sa sortie en salles, le documentaire a connu une seconde vie en DVD et sur les chaînes de télévision françaises, où il continue d'être régulièrement rediffusé, notamment autour de la période du mois de mai traditionnellement associée aux pèlerinages mariaux.
On peut rapprocher ce documentaire d'autres portraits filmés de lieux de dévotion ou de communautés soudées par la foi, dans une veine proche du cinéma d'observation. Le film fictionnel Lourdes de Jessica Hausner, sorti en 2009, aborde un sujet voisin sous un angle romanesque et offre un contrepoint intéressant à cette approche purement documentaire.