À l'occasion de la vente de la ferme familiale, Louise, trentenaire angoissée et enseignante, replonge dans les souvenirs de son enfance en Normandie. Vingt ans plus tôt, elle était Louloute, une petite fille insouciante et malicieuse grandissant au rythme des vaches, des gros pulls en laine et des dessins animés du Club Dorothée. Ses parents, éleveurs dans le Pays d'Auge, s'endettaient peu à peu sans qu'elle en perçoive vraiment la gravité. Entre douceur des souvenirs et ombre grandissante des difficultés familiales, Louise tente de comprendre comment ce passé a façonné la femme qu'elle est devenue.
Louloute est le premier long métrage largement distribué en salles du réalisateur Hubert Viel, qui avait écrit une première version du scénario dès 2008, alors conçue comme un récit plus léger centré sur les rêveries d'une petite fille, sans évocation de la précarité du monde agricole. Ce projet, qui devait initialement prendre la forme d'un court métrage, n'a jamais abouti sous cette forme, poussant le cinéaste à se consacrer entretemps à d'autres films. Hubert Viel a finalement retravaillé son scénario en y intégrant sa propre expérience d'enfant ayant grandi dans les années 1980 en milieu rural, ainsi que la crise laitière qui a durement frappé les exploitations agricoles françaises à cette époque. Le personnage de Louise adulte, absent des premières versions du scénario, s'est imposé plus tardivement dans l'écriture, permettant au réalisateur de raconter cette histoire au passé avec davantage de liberté onirique et de nostalgie assumée. Le film a été présenté en première mondiale au Festival international du film de La Roche-sur-Yon en octobre 2020, où il a remporté le Grand Prix, avant sa sortie nationale à l'été 2021.
Les critiques ont salué la reconstitution minutieuse et sensible des années 1980 en milieu rural normand, entre attention portée aux objets d'époque et regard tendre porté sur l'enfance de l'héroïne. Plusieurs observateurs ont toutefois estimé que le film peinait à tenir ensemble ses différentes strates thématiques, entre chronique intime de l'enfance et portrait social du monde agricole en crise. La prestation de la jeune Alice Henri dans le rôle-titre a été particulièrement remarquée pour sa capacité à incarner une fillette à la fois joyeuse et habitée par une forme de gravité précoce. Laure Calamy, dans le rôle de la mère, a également été saluée pour la justesse de son jeu, oscillant entre tendresse et tristesse dissimulée. Le public s'est montré plus discret face à ce film de petite envergure, sorti dans un nombre limité de salles malgré des critiques globalement bienveillantes. Les spectateurs sensibles au monde rural et à la nostalgie des années 1980 ont particulièrement apprécié la reconstitution d'époque, tandis que d'autres ont regretté un rythme parfois flottant entre les allers-retours temporels du récit. Louloute a remporté le Grand Prix du Festival international du film de La Roche-sur-Yon en 2020, mais n'a pas obtenu de reconnaissance plus large lors des grandes cérémonies nationales.
Hubert Viel a écrit une première version du scénario de Louloute dès 2008, avant de la retravailler en profondeur des années plus tard pour y intégrer la crise laitière qui a frappé le monde agricole français à la fin des années 1980, absente de la version originale plus légère du projet. Le réalisateur, lui-même issu du milieu rural, a puisé dans ses propres souvenirs d'enfance pour construire l'atmosphère et les détails d'époque du film. Le personnage de Louise adulte, qui permet de raconter l'histoire sous la forme d'un long souvenir, a été ajouté tardivement dans le processus d'écriture, une évolution qui a permis au cinéaste d'adopter un ton plus onirique et nostalgique que ne le permettait la structure initiale du scénario.
Louloute explore la mémoire et la manière dont les traumatismes vécus dans l'enfance continuent de façonner l'existence adulte, souvent à l'insu même de la personne concernée. Le film dresse également le portrait d'un monde agricole en crise, confronté à l'endettement et aux prémices d'une mondialisation qui fragilise les petites exploitations familiales. La nostalgie de l'enfance, entre insouciance apparente et perception diffuse des difficultés des adultes, traverse l'ensemble du récit. Le film aborde enfin la construction de l'identité à travers les surnoms et les figures parentales, ainsi que la difficulté de se reconstruire après avoir grandi dans un climat d'angoisse latente.
Le film se conclut sur une scène marquante où Louise, submergée par la résurgence d'un souvenir douloureux enfoui depuis l'enfance, s'évanouit sous les yeux inquiets de son frère et de sa sœur. C'est à ce moment précis que le personnage s'exprime pour la première fois en voix off, révélant que, contre toute attente, elle ne s'est jamais sentie aussi apaisée qu'à cet instant de confrontation avec son passé. Cette conclusion suggère que la guérison de Louise ne passe pas par l'oubli mais par l'acceptation pleine et entière de ce qu'elle a vécu enfant, y compris ses aspects les plus douloureux. Le film laisse ainsi entendre que Louloute et Louise ne font qu'une seule et même personne, réconciliée avec elle-même une fois le poids du silence familial enfin levé.
Louloute est le surnom affectueux donné par son père au personnage principal durant son enfance, un diminutif tendre qui incarne à la fois l'innocence de cette période et le lien fusionnel unissant la fillette à sa famille. Le choix de ce titre, plutôt que le prénom réel de Louise, situe d'emblée le film du côté du souvenir et de l'enfance plutôt que de la vie adulte du personnage.
Louloute est sorti en salles en France le 18 août 2021, distribué par Tandem, avant une diffusion en vidéo à la demande et en DVD à la fin de la même année. Hubert Viel a depuis poursuivi son parcours de cinéaste indépendant, continuant d'explorer des récits ancrés dans la mémoire et l'enfance.
Petit Paysan, portrait d'un éleveur confronté à une crise sanitaire dans son exploitation, partage avec Louloute une même attention portée aux difficultés du monde agricole français contemporain. La Vie domestique, chronique sensible du quotidien familial, offre une résonance de ton avec l'approche intimiste développée par Hubert Viel. Été 85 de François Ozon, autre film de souvenir d'enfance et d'adolescence porté par une forte nostalgie visuelle, propose une parenté esthétique avec les partis pris de mise en scène de Louloute.