Dans la Colombie des années 1980, le docteur Héctor Abad Gómez consacre sa vie à sortir les habitants les plus pauvres de Medellín de la misère et de la maladie. Professeur de médecine engagé, défenseur infatigable des droits humains, il refuse de se taire malgré les menaces croissantes qui pèsent sur lui dans un pays gangrené par la violence politique. Son combat quotidien est raconté à travers le regard admiratif et tendre de son fils, qui porte sur lui un amour presque inconditionnel. Le film dresse ainsi le portrait d'un homme exceptionnel autant qu'une chronique familiale intime, sur fond d'une Colombie déchirée.
L'oubli que nous serons adapte le roman éponyme d'Héctor Abad Faciolince, immense succès littéraire publié en 2006 et considéré aujourd'hui comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature hispanique contemporaine. L'écrivain y raconte la vie de son propre père, le médecin et professeur Héctor Abad Gómez, assassiné en 1987 pour son engagement en faveur des droits de l'homme en Colombie. C'est le cinéaste espagnol Fernando Trueba qui se charge de porter cette histoire vraie à l'écran, le scénario étant confié à son frère David Trueba. L'adaptation cherche une fidélité prodigieuse au texte original, restituant le regard d'un fils qui voyait en son père un véritable héros du quotidien. Avant ce long métrage, Daniela Abad, fille du romancier, avait déjà coréalisé un documentaire inspiré du même livre, intitulé Carta a una sombra. Le film a bénéficié du label du Festival de Cannes 2020 et a été présenté en sélection officielle.
Résumé des critiques professionnelles : La presse salue une adaptation d'une grande fidélité au roman, portée par l'interprétation habitée de Javier Cámara dans le rôle du père. Certains critiques évoquent toutefois une candeur parfois désarmante dans la manière dont le film idéalise son personnage principal, sans grande zone d'ombre. La reconstitution de la Colombie des années 1970-1980, entre pauvreté, violence des groupes armés et corruption politique, est largement saluée pour sa justesse. Le film est perçu comme un hommage sincère plus que comme une œuvre cherchant la complexité narrative. Réception du public : Le public se montre très ému par ce récit d'un père exceptionnel vu à travers les yeux admiratifs de son fils, beaucoup saluant l'émotion suscitée par cette histoire vraie. Certains spectateurs regrettent cependant un traitement centré presque exclusivement sur les qualités du personnage, sans en explorer les éventuelles fragilités. Le film touche particulièrement les publics sensibles aux récits d'engagement et de mémoire familiale. Récompenses obtenues : Sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2020, le film a bénéficié du label cannois, une reconnaissance importante pour cette coproduction colombo-espagnole.
Inspirations du réalisateur : Fernando Trueba s'appuie directement sur le roman d'Héctor Abad Faciolince, cherchant à en restituer la tonalité intime et la dimension de témoignage filial. Le scénario, écrit par son frère David Trueba, veille à conserver l'équilibre entre chronique familiale et fresque politique sur la Colombie des années de plomb. Casting initialement prévu : Le choix de Javier Cámara pour incarner Héctor Abad Gómez s'est imposé naturellement au vu de la filmographie de l'acteur, déjà remarqué dans des œuvres exigeantes comme Parle avec elle de Pedro Almodóvar.
Le film aborde frontalement l'engagement politique et la défense des droits humains dans un pays rongé par la violence institutionnelle et paramilitaire. La transmission entre père et fils constitue le second grand axe du récit, celui-ci se construisant entièrement à travers le regard admiratif du narrateur enfant puis adulte. La médecine sociale et l'humanisme au service des plus démunis occupent également une place centrale, le personnage principal incarnant un idéal de service public désintéressé. Le film interroge enfin la mémoire et le devoir de témoignage face à l'oubli, thème directement inscrit dans son titre.
Le film se conclut sur l'assassinat du docteur Héctor Abad Gómez en 1987, victime de son engagement inlassable pour les droits humains dans une Colombie où la parole critique se paie du prix du sang. Cette fin tragique, connue dès le titre du roman original, transforme le récit en un long acte de mémoire construit par un fils refusant que son père tombe dans l'oubli. La mort du personnage principal ne clôt pas le film sur le désespoir, mais sur la transmission de son héritage moral à travers l'écriture même du roman qui a inspiré le film.
Le titre, tiré d'un vers du poète Jorge Manrique évoquant la mort qui nous réduit tous à l'oubli, exprime la tentative du narrateur de lutter contre cette disparition inéluctable en couchant sur le papier, puis à l'écran, le souvenir vivant de son père.
No de Pablo Larraín, La Terre et l'ombre de César Acevedo et Rosa Blanca offrent, chacun à leur façon, un regard sur l'engagement politique et la mémoire familiale en Amérique latine.