Yuri Orlov, fils d'immigrés ukrainiens à Brooklyn, décide de devenir marchand d'armes. De la fin de la Guerre Froide à l'explosion des conflits en Afrique, il vend des armes à tous les camps, dictateurs comme seigneurs de guerre. Traqué sans relâche par l'agent d'Interpol Jack Valentine, il bâtit un empire sur la mort. Mais son ascension met en péril sa famille et sa propre humanité.
Le film est inspiré de la vie de plusieurs trafiquants d'armes réels, notamment le russe Viktor Bout. Andrew Niccol, réalisateur de Gattaca, a voulu faire un film sur le commerce des armes après avoir lu que les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU sont aussi les 5 plus gros vendeurs d'armes au monde. L'idée originelle était de traiter le sujet comme un film de gangster, avec un anti-héros charismatique. Niccol a mené une enquête de deux ans et a interviewé de vrais trafiquants pour nourrir son scénario. Le film n'est pas tiré d'un livre mais d'une réalité géopolitique documentée.
Résumé des critiques professionnelles : Le film est très bien accueilli par la critique qui salue son intelligence et son cynisme. La performance habitée de Nicolas Cage en vendeur de mort charmeur est louée. On apprécie le ton satirique et la mise en scène clinique de Niccol, qui évite le manichéisme. Certains lui reprochent de trop glamouriser son personnage principal. Il est considéré comme l'un des meilleurs films politiques des années 2000, salué pour son propos coup de poing. Réception du public : Avec seulement 72 millions de dollars de recettes mondiales, le film est un échec commercial relatif. Le sujet, trop sombre et complexe, n'a pas attiré le grand public. Il devient cependant un film culte en DVD et VOD, notamment auprès des étudiants en géopolitique et des amateurs de thrillers intelligents. Son monologue d'ouverture est devenu viral. Récompenses obtenues : Le film n'a reçu aucune nomination aux Oscars, ce qui a surpris beaucoup d'observateurs. Il remporte le National Board of Review pour la liberté d'expression. Andrew Niccol est nommé au Satellite Award du Meilleur scénario. Sa vraie reconnaissance est son impact : Amnesty International l'utilise encore dans ses campagnes contre le commerce des armes.
Inspirations du réalisateur : Niccol s'est inspiré de Goodfellas pour la structure narrative en voix-off et l'ascension-chute du héros. Il voulait que le trafic d'armes soit montré comme un business banal, avec ses codes et ses réunions. L'ouverture avec la vie d'une balle, de sa fabrication à son impact, est devenue une séquence d'anthologie étudiée en école de cinéma. Difficultés de production : Aucun studio américain n'a voulu financer le film à cause de son sujet. Il a été monté avec des capitaux européens. Pour la scène avec 50 vrais chars T-72, la production les a loués à un vrai marchand d'armes, car c'était moins cher que d'en fabriquer des faux. L'OTAN a dû être prévenue pour ne pas croire à une vraie invasion. L'équipe a reçu des menaces pendant le tournage en Afrique du Sud. Anecdote sur une scène particulière : La scène où Yuri visite une salle remplie de AK-47 a été tournée avec 3000 vrais fusils d'assaut, achetés car c'était moins cher que des répliques. Ils ont été revendus après le tournage. La scène de l'avion cargo rempli d'armes a été tournée dans un vrai Antonov An-12 appartenant à un trafiquant. Casting initialement prévu : Monica Bellucci a refusé le rôle de la femme de Yuri. Le rôle d'Interpol devait être plus important mais a été réduit. Pour le frère Vitaly, Joaquin Phoenix a été envisagé avant Jared Leto. Le vrai Viktor Bout a déclaré avoir aimé le film, trouvant que Nicolas Cage lui ressemblait.
Le film dénonce l'hypocrisie des grandes puissances qui alimentent les guerres tout en prônant la paix. Il explore la banalité du mal : Yuri ne se voit pas comme un monstre mais comme un commerçant qui répond à une demande. Le film parle de l'addiction, celle de Vitaly à la drogue et celle de Yuri à l'adrénaline et au pouvoir. Il pose la question de la responsabilité individuelle dans un système mondial corrompu. C'est une réflexion sur le fait que la fin des grandes idéologies a laissé place au règne du profit.
Yuri est finalement arrêté par Interpol, mais il est libéré presque immédiatement. Un officier américain lui explique qu'il est plus utile libre : il est le 'mal nécessaire' qui arme les alliés inavouables des États-Unis. Sa famille est détruite, son frère est mort, sa femme l'a quitté, mais son business continue. La dernière image le montre seul, dans un entrepôt d'armes, avec une voix-off disant que les 5 plus grands marchands d'armes sont les 5 membres du Conseil de Sécurité. La fin est glaçante : le système est plus fort que la justice et Yuri n'est qu'un rouage qu'on peut remplacer.
'Lord of war' signifie 'Seigneur de guerre'. Le titre est ironique car Yuri Orlov n'est pas un seigneur de guerre au sens traditionnel, il ne combat pas. Il est le seigneur qui équipe tous les seigneurs de guerre. Il règne sur la mort sans jamais se salir les mains. Le titre souligne son statut de démiurge de la guerre moderne, un homme qui décide qui vit et qui meurt par procuration, depuis son bureau.
Blood Diamond, Syriana, Traffic, The International, Goodfellas