En 1892, dans une bourgade puritaine du Massachusetts, Lizzie Borden vit sous l'emprise de son père autoritaire et d'une société qui ne lui laisse aucune liberté. L'arrivée de Bridget Sullivan, une domestique irlandaise, va bouleverser sa vie et éveiller en elle des sentiments longtemps réprimés. Ensemble, elles développent une relation intime et clandestine qui finira par mener à l'un des crimes les plus célèbres de l'histoire américaine. Le film propose une relecture féministe et sensuelle d'une affaire restée non élucidée.
Lizzie est une réinterprétation fictive de l'affaire Lizzie Borden, l'un des faits divers les plus mystérieux et les plus commentés de l'histoire des États-Unis. Le scénario, écrit par Bryce Kass, est le fruit d'un long travail de recherche sur la vie de Lizzie Borden et sur le contexte social de la Nouvelle-Angleterre victorienne. Craig Macneill, réalisateur connu pour ses œuvres de genre atmosphériques, a été séduit par la possibilité de proposer une lecture féministe et queer de cette affaire, en plaçant au centre du récit la relation entre Lizzie et la domestique Bridget Sullivan. Le projet a été développé avec l'implication active de Chloë Sevigny, qui a également co-produit le film et a longtemps cherché à porter cette histoire à l'écran. L'idée d'une relation lesbienne entre les deux femmes comme mobile possible du crime est une hypothèse que certains historiens ont explorée, et le film s'en empare avec audace. Le film a été tourné en Géorgie, malgré le cadre historique de la Nouvelle-Angleterre, pour des raisons pratiques et budgétaires. L'atmosphère étouffante et claustrophobique du foyer Borden est au cœur de la démarche visuelle du réalisateur. Lizzie s'inscrit dans une tendance du cinéma contemporain à revisiter les grandes affaires criminelles féminines sous un angle émancipateur.
Résumé des critiques professionnelles : Le film a reçu des critiques globalement positives, notamment pour les performances de Chloë Sevigny et Kristen Stewart, saluées comme intenses et magnétiques. La mise en scène froide et précise de Craig Macneill a été appréciée pour son refus du sensationnalisme. Certains critiques ont toutefois regretté un rythme trop lent et une narration parfois distante qui crée de la frustration. La reconstitution historique et l'atmosphère visuelle ont en revanche fait l'unanimité.
Réception du public : Le film a trouvé son public principalement auprès des amateurs de thrillers historiques et de cinéma indépendant. Sa présentation au Festival de Sundance en 2018 lui a permis de bénéficier d'une bonne visibilité critique avant sa sortie limitée en salles. Les spectateurs sensibles aux questions féministes et LGBT ont particulièrement apprécié la relecture proposée par le film.
Récompenses obtenues : Le film a été sélectionné en compétition au Festival de Sundance 2018, ce qui constitue en soi une forme de reconnaissance pour une production indépendante de ce calibre. Chloë Sevigny a reçu plusieurs nominations pour son interprétation, et le film a circulé dans de nombreux festivals thématiques dédiés au cinéma queer et au cinéma de genre.
Inspirations du réalisateur : Craig Macneill s'est plongé dans les archives judiciaires du procès Borden pour construire son film sur des bases historiques solides, tout en assumant pleinement la part de fiction nécessaire à combler les zones d'ombre de l'affaire. Il souhaitait avant tout montrer comment une société oppressive peut pousser des individus à des actes extrêmes, et faire de Lizzie une figure de résistance autant que de violence.
Difficultés de production : La reconstitution d'une maison de la fin du XIXe siècle dans toute son authenticité a représenté un travail considérable pour les équipes artistiques. Le huis clos du foyer Borden, voulu comme étouffant et oppressif, a exigé un travail minutieux sur la lumière et le cadrage pour renforcer la sensation d'enfermement. Kristen Stewart et Chloë Sevigny ont travaillé en étroite collaboration pour construire leur relation à l'écran, développant une complicité réelle qui transparaît dans leurs scènes communes.
Casting initialement prévu : Chloë Sevigny a longtemps été la cheville ouvrière du projet, participant activement à son développement en tant que productrice. C'est elle qui a convaincu Kristen Stewart de rejoindre le film, estimant que l'actrice était la seule à pouvoir donner la dimension à la fois vulnérable et déterminée nécessaire au personnage de Bridget.
Lizzie est une œuvre profondément féministe qui interroge les mécanismes d'oppression patriarcale dans l'Amérique victorienne. La domination masculine — incarnée par le père Borden, figure tyrannique et possessive — est présentée comme une violence systémique qui brise les individus de l'intérieur. La répression de la sexualité féminine et lesbienne est au cœur du film, qui montre comment l'amour interdit peut devenir une force de libération radicale. La violence y est présentée non comme une déviance, mais comme le dernier recours d'êtres acculés à l'intolérable. Le film explore également la complicité entre femmes comme seule forme de résistance possible dans un monde qui les exclut. Enfin, la question de la justice — Lizzie Borden a été acquittée malgré les soupçons — soulève des interrogations sur la vérité, le mensonge et les limites de la loi.
Le film montre Lizzie et Bridget planifier et commettre le double meurtre d'Andrew et Abby Borden, le père et la belle-mère de Lizzie. La scène du crime, filmée avec une sobriété clinique, évite le spectaculaire pour se concentrer sur la dimension libératrice de l'acte pour Lizzie. Acquittée lors de son procès, elle reste néanmoins marquée à vie par l'opprobre social. Bridget, elle, quitte la maison et disparaît dans l'anonymat. La fin suggère que leur relation, brisée par les circonstances, ne survivra pas à l'acte qui devait les libérer. Le film laisse ouverte la question de savoir si elles ont véritablement gagné quelque chose, ou si elles ont simplement échangé une prison contre une autre.
Le titre Lizzie est d'une simplicité radicale : en réduisant l'affaire à un prénom, le film affirme d'emblée son parti pris — celui d'une histoire de femme, vue de l'intérieur, loin des récits policiers et judiciaires qui ont longtemps constitué la seule entrée possible dans cette affaire. Ce prénom familier dépouille Lizzie Borden de son statut de monstre ou d'icône populaire pour en faire avant tout un être humain. Il signale aussi une intimité, une volonté de comprendre plutôt que de juger. Ce choix de titre minimaliste est en lui-même un acte politique.
Depuis sa sortie en 2018, Lizzie a trouvé une nouvelle audience grâce aux plateformes de streaming, où il est régulièrement recommandé aux amateurs de thrillers historiques et de cinéma queer. Chloë Sevigny continue d'être l'une des actrices indépendantes les plus respectées du cinéma américain, et ce rôle est souvent cité parmi ses meilleures performances. L'affaire Lizzie Borden reste un sujet de fascination culturelle aux États-Unis, alimentant régulièrement des podcasts, des documentaires et des productions télévisées.