Silvia Broome, interprète à l'ONU d'origine africaine, croit entendre par hasard une conversation en Ku, une langue rare d'Afrique centrale, dans laquelle est évoqué un complot d'assassinat contre un chef d'État africain en visite aux Nations Unies. L'agent du service secret Tobin Keller, chargé d'enquêter sur ses dires, est partagé entre la méfiance envers cette femme au passé ambigu et la crédibilité croissante de la menace qu'elle signale. Cette confrontation entre deux personnages blessés par leurs histoires personnelles — elle par son passé dans son pays déchiré par la guerre civile, lui par le deuil récent de sa femme — structure un thriller politique ancré dans les coulisses authentiques de l'ONU.
L'Interprète est un projet original développé par les scénaristes Charles Randolph, Scott Frank et Steven Zaillian, qui voulaient situer un thriller politique au cœur du siège de l'ONU à New York, un lieu dont la dimension internationale et la neutralité revendiquée créaient un cadre dramatique idéal pour ce type de récit. Sydney Pollack, réalisateur dont les thrillers politiques Les Trois Jours du Condor et À bout portant restaient des références du genre, avait été séduit par la possibilité d'ancrer ce film dans un univers d'une réalité documentaire authentique. L'Interprète a bénéficié d'une autorisation exceptionnelle de l'ONU pour filmer dans les espaces réels du bâtiment new-yorkais, une première dans l'histoire du cinéma hollywoodien qui donnait au film une authenticité visuelle et diplomatique unique. Nicole Kidman a appris plusieurs dialectes africains fictifs pour les besoins du rôle, se préparant physiquement et linguistiquement à incarner cette interprète maîtrisant des langues rares.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a généralement salué L'Interprète pour l'authenticité de son cadre, la qualité des performances de Nicole Kidman et Sean Penn, et la sophistication du scénario qui mêlait thriller politique et étude de caractères sans sacrifier l'un à l'autre. Certains journalistes ont cependant noté que le film manquait parfois de l'urgence et du suspense qu'appelait pourtant son sujet.
Réception du public : Le film a réalisé des recettes mondiales d'environ 162 millions de dollars pour un budget de 80 millions, trouvant un public adulte sensible à la dimension politique et humaine du récit, notamment dans les pays européens où l'ONU et la diplomatie multilatérale suscitaient un intérêt particulier.
Récompenses obtenues : Nicole Kidman a reçu plusieurs nominations pour sa performance dans diverses cérémonies. Sydney Pollack a été reconnu par ses pairs pour la maîtrise technique du film et son utilisation exceptionnelle du cadre de l'ONU, une première dans l'histoire du cinéma mondial.
Inspirations du réalisateur : Sydney Pollack s'est inspiré de ses propres thrillers politiques des années 1970 pour construire L'Interprète, voulant renouer avec ce genre dans un contexte géopolitique contemporain post-11 Septembre qui rendait les questions de surveillance, de sécurité internationale et de diplomatie multilatérale plus actuelles que jamais.
Difficultés de production : Obtenir l'autorisation de filmer dans les espaces réels de l'ONU a nécessité de longues négociations et le respect de conditions de tournage très strictes pour ne pas perturber le fonctionnement normal des Nations Unies. Ce privilège sans précédent a imposé un planning de tournage particulièrement contraint, les équipes ne pouvant accéder aux espaces officiels qu'en dehors des heures de travail habituelles.
Anecdote sur une scène particulière : La scène dans laquelle Silvia entend le complot par hasard depuis la cabine d'interprétation vide, déclencheur de toute l'intrigue, a été filmée dans la véritable salle du Conseil de sécurité de l'ONU, donnant à ce moment fondateur du récit une authenticité et une gravité particulières que nul décor reconstitué n'aurait pu reproduire.
L'Interprète explore la diplomatie et ses limites face à la violence politique, montrant comment les institutions internationales, malgré leur idéalisme, restent impuissantes face aux intérêts nationaux et aux vengeances personnelles qui traversent la grande Histoire. Le film aborde également le deuil et la culpabilité des survivants, Silvia et Tobin partageant des blessures intimes qui leur permettent de se comprendre malgré leurs positions antagonistes. La question du témoignage et de la responsabilité de celui qui sait devient centrale : une fois que l'on a entendu quelque chose de terrible, peut-on faire comme si on ne savait pas ?
La fin de L'Interprète révèle la complexité morale de toute la situation : Silvia, découvrant que l'homme qu'elle voulait voir assassiné pour venger les siens était en réalité celui qu'elle tentait de protéger, se retrouve confrontée à ses propres contradictions entre désir de vengeance et principes diplomatiques. La résolution finale, qui voit la menace neutralisée par des moyens non violents, affirme la possibilité d'une justice internationale imparfaite mais préférable à la vengeance personnelle.
L'Interprète désigne la fonction professionnelle de Silvia Broome, qui traduit les mots des autres dans des langues que peu comprennent, créant une métaphore de sa propre position dans l'histoire : elle est celle qui comprend ce que les autres ignorent, celle dont la voix est l'unique lien entre un complot criminel et la possibilité de l'empêcher.
L'Interprète reste notable pour avoir été le premier film autorisé à tourner dans les véritables locaux de l'ONU à New York, un privilège documenté dans l'histoire du cinéma. Le film est disponible sur les plateformes de streaming.