Toby est un réalisateur publicitaire cynique et désabusé qui travaille en Espagne sur un tournage. Un film de famille le ramène à un court-métrage estudiantin qu'il avait tourné dans un petit village espagnol vingt ans plus tôt — une adaptation de Don Quichotte. En retrouvant le village et ses habitants, il découvre que le vieux cordonnier qui avait joué Don Quichotte est devenu fou, convaincu d'être réellement le chevalier à la triste figure. Entraîné dans les délires de cet Alonso Quijano qui le prend pour Sancho Pança, Toby va se retrouver dans un voyage entre réalité et illusion que lui-même ne saura plus démêler.
L'Homme qui tua Don Quichotte est l'aboutissement d'une odyssée de production qui aura duré vingt-neuf ans — le record absolu dans l'histoire du cinéma contemporain. Terry Gilliam avait commencé à travailler sur ce projet dès 1989, et le tournage avait déjà commencé en 2000 avec Jean Rochefort et Johnny Depp dans les rôles principaux, avant d'être stoppé par une série de catastrophes : inondations qui ont détruit les décors, hernie discale de Jean Rochefort qui l'empêchait de monter à cheval. Cet échec désastreux avait été documenté dans le film Lost in La Mancha (2002). Gilliam avait ensuite tenté plusieurs fois de relancer le projet — avec différents acteurs et producteurs — avant d'y parvenir enfin en 2017 avec Adam Driver et Jonathan Pryce. Le film est profondément méta : il raconte un cinéaste dont le film lui revient dessus, comme le projet avait littéralement rattrapé Gilliam pendant trois décennies.
Résumé des critiques professionnelles : L'Homme qui tua Don Quichotte a reçu des critiques partagées. Beaucoup ont salué l'obstination héroïque de Gilliam et la beauté folle de certaines séquences, ainsi que la performance de Jonathan Pryce en Don Quichotte. D'autres ont estimé que le film portait les marques de sa gestation difficile — une narration hésitante, des intentions inégalement tenues.
Réception du public : Présenté hors compétition en clôture du Festival de Cannes 2018, le film a ému les cinéphiles qui connaissaient l'épopée de sa production. Sa sortie mondiale a été compliquée par des problèmes juridiques avec un ancien producteur.
Récompenses obtenues : Si le film n'a pas remporté de grandes récompenses, sa seule existence représente une victoire sur les forces qui cherchaient à empêcher Gilliam de le terminer — ce que les amateurs du cinéaste ont célébré comme son plus beau triomphe.
Difficultés de production : Les vingt-neuf ans de gestation du film constituent l'anecdote de production la plus extraordinaire du cinéma contemporain. En 2000, le premier tournage avait été stoppé par des inondations catastrophiques et la hernie discale de Jean Rochefort. Gilliam avait ensuite dû recommencer de zéro à plusieurs reprises, changeant plusieurs fois d'acteurs et de producteurs. La ténacité du réalisateur face à des obstacles qui auraient brisé n'importe quel autre cinéaste est elle-même une version de l'obsession quichottesque.
Casting initialement prévu : Jean Rochefort devait incarner le vieux Don Quichotte dans la version de 2000, un choix que beaucoup considèrent comme le meilleur casting possible. Johnny Depp était prévu pour le rôle de Toby. La maladie de Rochefort a tout arrêté. Le film lui est dédié.
L'Homme qui tua Don Quichotte explore la folie comme forme de fidélité à un idéal — Alonso Quijana est-il fou de croire aux chevaliers errants, ou est-il le seul à voir clairement dans un monde désenchanté ? Le film aborde le cinéma comme illusion et création de réalités — Toby a créé une fiction qui a changé la réalité de personnes réelles, et cette responsabilité le rattrape. La frontière entre le rêve et le réel est délibérément brouillée tout au long du film, rendant le spectateur aussi incertain que Toby. Enfin, c'est un film sur l'obsession créatrice — Gilliam a mis presque trente ans à réaliser ce film, comme Don Quichotte s'obstine dans sa quête.
La fin du film voit Toby «devenir» Don Quichotte — assumer l'idéal chevaleresque que le vieux cordonnier lui a transmis malgré lui. Cette conclusion romantique et mélancolique dit que Don Quichotte ne peut pas mourir — il se réincarne dans chaque être qui refuse de renoncer à ses rêves face au cynisme du monde. Gilliam lui-même, en persévérant pendant vingt-neuf ans, s'est transformé en Don Quichotte du cinéma.
L'Homme qui tua Don Quichotte est ironique à double titre : Toby, le cinéaste, est à la fois celui qui a «créé» Don Quichotte (en filmant le cordonnier) et celui qui «tue» le personnage en revenant détruire l'illusion. Mais la fin du film contredit le titre — Don Quichotte ne peut pas être tué. Ce titre est aussi un clin d'œil aux innombrables tentatives d'«assassiner» le film lui-même pendant trente ans — et à la façon dont le projet a survécu à tous ses meurtriers potentiels.
L'Homme qui tua Don Quichotte est entré dans la légende du cinéma avant même sa sortie — le film-maudit le plus célèbre de l'histoire moderne qui a finalement été achevé. Terry Gilliam continue de défendre ce film comme une victoire personnelle absolue. Jonathan Pryce, dont la performance a été saluée, a depuis décroché des rôles importants dans de grandes productions. Disponible en VOD.
L'Homme qui tua Don Quichotte dialogue avec toute la filmographie de Gilliam — Brazil (1985), L'Armée des 12 Singes (1995), Las Vegas Parano (1998) — pour son mélange de réalité et de folie. Pour les autres adaptations de Cervantes, Don Quichotte (1957) d'Orson Welles est la référence, réalisée elle aussi dans des circonstances difficiles. Lost in La Mancha (2002), le documentaire sur l'échec de 2000, est le compagnon indispensable du film.