Sam Ali, jeune Syrien originaire de Raqqa, est contraint de fuir son pays en pleine guerre civile pour se réfugier au Liban, laissant derrière lui Abeer, la femme dont il est éperdument amoureux. La famille d'Abeer, jugeant Sam trop instable, la pousse à épouser un riche diplomate qui l'installe avec lui à Bruxelles, loin de son ancien amour. Déterminé à la retrouver et à obtenir un visa pour l'Europe, Sam accepte une proposition aussi lucrative qu'inquiétante de la part de Jeffrey Godefroi, artiste contemporain parmi les plus sulfureux de sa génération : se faire tatouer un immense visa Schengen dans le dos pour devenir littéralement une œuvre d'art vivante. Transformé en objet de collection exposé dans les plus grands musées du monde, Sam va peu à peu découvrir que sa liberté retrouvée s'est en réalité payée d'un prix bien plus lourd que prévu.
L'Homme qui a vendu sa peau s'inspire librement d'une histoire vraie, celle du Suisse Tim Steiner, dont le dos a été tatoué en 2006 par l'artiste contemporain belge Wim Delvoye dans le cadre d'une œuvre intitulée Tim, vendue à un collectionneur avec pour clause son exposition annuelle en musée puis son dépeçage après sa mort. La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania a découvert ce tatouage lors d'une exposition et a immédiatement su que l'image resterait gravée dans son esprit, avant de chercher pendant plusieurs années l'histoire qui pourrait lui donner tout son sens dramatique. Elle a finalement choisi de transposer ce postulat dans le contexte de la guerre civile syrienne, en imaginant un réfugié acceptant de vendre son propre corps comme œuvre d'art en échange d'un visa Schengen, symbole absolu de la liberté de circulation refusée aux exilés. Wim Delvoye, l'artiste qui a inspiré le postulat du film, fait d'ailleurs une brève apparition à l'écran dans le rôle d'un assureur, clin d'œil direct à l'histoire réelle dont s'inspire le scénario. Ce quatrième long métrage de Kaouther Ben Hania, présenté dans la section Orizzonti de la Mostra de Venise 2020, devient le premier film tunisien de l'histoire sélectionné dans la catégorie du meilleur film international aux Oscars.
Résumé des critiques professionnelles La critique internationale a salué l'audace du postulat et la réflexion philosophique portée par le film sur la notion de liberté, saluant la performance de Yahya Mahayni, récompensé du prix Orizzonti du meilleur acteur à la Mostra de Venise. Plusieurs observateurs ont souligné la pertinence de la critique croisée que dresse Kaouther Ben Hania, à la fois envers le monde de l'art contemporain souvent cynique et envers la gestion déshumanisante du phénomène migratoire par les institutions européennes.
Réception du public Le public a été marqué par l'originalité et la force allégorique du film, saluant sa capacité à faire dialoguer deux univers a priori très éloignés, celui des réfugiés et celui de l'art contemporain international. De nombreux spectateurs ont salué la dimension quasi faustienne du récit, le personnage principal devant sacrifier sa liberté et son corps pour espérer retrouver la femme qu'il aime.
Récompenses obtenues Le film obtient une nomination à l'Oscar du meilleur film international en 2021, une première historique pour le cinéma tunisien, et remporte également le prix du meilleur scénario au Festival international du film de Stockholm ainsi que le El Gouna Star du meilleur film narratif arabe en 2020.
Inspirations du réalisateur Kaouther Ben Hania s'est directement inspirée de l'histoire vraie de Tim Steiner, dont le dos tatoué par l'artiste Wim Delvoye avait fait l'objet d'un contrat de vente prévoyant expositions et dépeçage post-mortem, une image qui l'a marquée durablement avant qu'elle ne trouve le contexte syrien pour lui donner tout son sens.
Anecdote sur une scène particulière L'artiste Wim Delvoye, dont l'œuvre réelle a directement inspiré le scénario du film, fait une brève apparition à l'écran dans le rôle d'un assureur, un clin d'œil discret mais assumé à l'histoire vraie dont s'inspire le récit.
Difficultés de production Le tournage de cette coproduction internationale a nécessité de réunir des financements et des équipes techniques dans plusieurs pays, entre la Tunisie, la France, la Belgique et la Suède, pour donner corps à ce récit itinérant entre Liban, Bruxelles et le monde de l'art contemporain.
L'Homme qui a vendu sa peau explore la marchandisation du corps humain et la frontière trouble entre l'art et l'exploitation, à travers ce pacte faustien qui transforme un réfugié en œuvre d'art vivante. Le film interroge également les politiques migratoires européennes et l'absurdité d'un système où un simple visa peut valoir plus cher que la dignité humaine elle-même. La quête amoureuse occupe une place centrale, tout le parcours de Sam étant motivé par son désir de retrouver la femme aimée, quitte à sacrifier sa propre liberté corporelle pour y parvenir. Enfin, le récit questionne la notion même de liberté, le personnage principal découvrant que la possession d'un visa tant convoité ne suffit pas à le libérer véritablement de ses chaînes, désormais tatouées à même sa peau.
Sam finit par comprendre que son statut d'œuvre d'art, aussi lucratif soit-il, l'a réduit à un simple objet de collection dépourvu de toute autonomie, jusqu'à ce que son destin ne dépende plus que du bon vouloir de son propriétaire et des institutions artistiques qui l'exposent. Le film s'achève sur une résolution qui permet à Sam de retrouver sa liberté par un stratagème inattendu, révélant que le véritable prix de sa dignité retrouvée aura été bien plus élevé que le simple sacrifice de sa peau. Cette conclusion referme la réflexion du film sur une note amère : la liberté de circulation, censée être un droit fondamental, ne s'est obtenue qu'au prix d'une déshumanisation totale, orchestrée avec la complicité tacite du monde de l'art.
Le titre L'Homme qui a vendu sa peau renvoie littéralement au pacte conclu par Sam, qui accepte de céder son dos comme support d'une œuvre d'art tatouée en échange d'un visa Schengen lui permettant de rejoindre l'Europe. Ce titre évoque également, en filigrane, l'expression du don de soi total, le personnage principal sacrifiant littéralement une part de son propre corps pour espérer retrouver sa liberté et l'amour de sa vie.
Les amateurs de récits questionnant les frontières entre art contemporain et exploitation humaine pourront se tourner vers Le Tatoué, comédie de Denys de la Patellière avec Jean Gabin qui partage un postulat similaire, ainsi que vers Pour Sama ou Capharnaüm, films qui abordent également la question des réfugiés du monde arabe avec une égale acuité sociale.