Au cœur du Morvan, Nico est le dernier vétérinaire de campagne d'une immense région rurale, se tuant à la tâche pour sauver les exploitations locales et soigner les animaux des fermiers. Lorsque son partenaire de toujours et mentor, Michel, prend une retraite soudaine, Nico se retrouve désespérément seul face à une charge de travail insoutenable. Michel lui a néanmoins trouvé une remplaçante : Alexandra, sa propre nièce, tout juste diplômée de la prestigieuse école vétérinaire de Paris. Mais la jeune citadine, brillante et hautaine, n'a aucune intention de passer sa vie à s'occuper de vaches dans la boue de la campagne profonde.
L'origine de cette comédie dramatique humaniste s'enracine profondément dans une réalité sociale et économique majeure de la France contemporaine : la désertification médicale et vétérinaire des zones rurales. L'inspiration n'est pas tirée d'un livre, mais provient des nombreuses enquêtes et reportages télévisés qui avaient frappé la réalisatrice Julie Manoukian, révoltée de voir le monde paysan abandonné à son triste sort. L'idée originelle était de rendre un hommage vibrant et sincère à ces professionnels de l'ombre, les vétérinaires de campagne, dont le rôle va bien au-delà des simples soins animaliers pour devenir un pilier du lien social. Manoukian a passé de longues semaines en immersion totale aux côtés de véritables vétérinaires ruraux dans le Morvan pour capter la vérité des gestes, la rudesse du quotidien et la poésie des paysages. Le scénario a été écrit sous la forme d'un choc des cultures classique entre une jeune diplômée parisienne hyper-connectée et un praticien de terrain bourru mais passionné. Le projet a rapidement trouvé le soutien de Clovis Cornillac, séduit par la dimension humaine et écologiste du récit. Ce premier long-métrage de la cinéaste s'est construit comme une comédie de mœurs populaire et bienveillante, financée par des partenaires désireux de défendre le cinéma ancré dans les territoires régionaux.
La presse professionnelle a réservé un accueil globalement bienveillant à cette comédie rurale, saluant sa sincérité, son utilité sociale et la justesse de ses portraits d'agriculteurs. Les critiques ont applaudi l'interprétation de Clovis Cornillac, jugé extrêmement convaincant et touchant en vétérinaire usé par la fatigue mais dévoué corps et âme à sa région. Le duo formé avec Noémie Schmidt a été salué pour sa fraîcheur et l'évolution subtile de leur relation professionnelle à l'écran. Quelques critiques ont néanmoins regretté que la structure narrative utilise des recettes un peu classiques de la comédie de réconciliation ou que les bons sentiments l'emportent parfois sur la noirceur de la crise paysanne. Le film reste reconnu comme une chronique sociale chaleureuse.
Le grand public, particulièrement dans les régions et en province, a réservé un accueil très enthousiaste au film, se reconnaissant massivement dans la description fidèle et respectueuse de la vie rurale. Les spectateurs ont été touchés par l'hommage rendu au monde agricole et par l'humour tendre qui désamorce les situations dramatiques liées à la solitude des campagnes. Le bouche-à-oreille positif a permis au film de réaliser un très joli score au box-office français au début de l'année 2020, attirant un public intergénérationnel. Les projections en milieu rural ont donné lieu à d'intenses moments d'échanges et d'émotion entre les spectateurs et l'équipe du film. Sa carrière s'est prolongée avec succès en vidéo à la demande.
Sur le plan des récompenses, le long-métrage s'est illustré principalement dans des festivals de cinéma axés sur les thématiques sociétales, environnementales et territoriales à travers la France. Il a reçu plusieurs prix du public lors de rassemblements régionaux, confirmant son lien fort avec les spectateurs de terrain. Les prestations de Michel Jonasz en vieux médecin de campagne et de Noémie Schmidt ont également été saluées par des mentions de jurys professionnels. Bien que le film n'ait pas eu vocation à concourir pour les César du cinéma d'auteur, il a décroché la plus belle des récompenses en devenant un film manifeste et populaire pour la défense des services de proximité dans les campagnes françaises.
Julie Manoukian a choisi de tourner l'intégralité du film dans les magnifiques décors naturels du Morvan, utilisant la lumière changeante et les collines brumeuses pour conférer une dimension presque poétique et intemporelle à cette campagne française.
Les difficultés de production ont été essentiellement liées au travail quotidien avec des animaux d'élevage réels (vaches, chevaux, chiens). Les acteurs ont dû apprendre les vrais gestes médicaux en direct sur le plateau sous la surveillance constante de conseillers vétérinaires pour que chaque auscultation paraisse parfaitement authentique à l'écran.
Une anecdote de tournage mémorable entoure la scène complexe d'un vélage (la naissance d'un veau) en pleine nuit dans une étable. L'équipe technique a dû attendre des heures dans le froid qu'une vache de la ferme choisie commence son travail naturel, permettant à Clovis Cornillac de tourner la scène en conditions réelles avec une émotion palpable.
Pour le casting initialement prévu, la réalisatrice tenait absolument à engager Noémie Schmidt pour sa capacité à incarner la fierté parisienne puis la transformation progressive vers l'empathie rurale, l'actrice ayant elle-même des origines suisses qui la connectaient à la nature.
Le film explore en profondeur les thématiques de la désertification rurale, de l'isolement des agriculteurs et du dévouement professionnel poussé jusqu'au sacrifice personnel. À travers la confrontation entre Patience et Alexandra, Manoukian traite du fossé culturel grandissant entre les métropoles urbaines hyper-connectées et la France des territoires qui lutte pour sa survie économique. Le récit aborde également la question de la transmission intergénérationnelle et de la nécessaire modernisation des méthodes de travail pour attirer la jeunesse vers les métiers de la terre. La thématique du deuil de la vie citadine et de la redécouverte des valeurs de solidarité communautaire est au cœur de l'évolution de l'héroïne. Enfin, le film jette un regard plein de tendresse et de dignité sur la relation unique et fusionnelle qui lie l'homme de la terre à l'animal.
La fin du film consacre la victoire des sentiments et de l'attachement territorial sur les ambitions professionnelles citadines. Après s'être confrontée à la dureté mais aussi à la beauté de la vie rurale, et après avoir sauvé plusieurs exploitations d'un désastre sanitaire grâce à son talent, Alexandra réalise qu'elle a trouvé sa véritable place parmi les fermiers du Morvan. Elle renonce définitivement à son poste prestigieux prévu dans un laboratoire parisien pour s'associer officiellement avec Nico. La scène finale montre les deux vétérinaires circulant ensemble sur les routes de campagne à bord de leur camionnette de secours, prêts à affronter l'avenir à deux pour faire vivre leur cabinet. Cette conclusion lumineuse symbolise la renaissance du service de proximité et le triomphe de la solidarité humaine sur l'abandon économique des campagnes.
Le titre "Les Vétos" utilise une abréviation familière et affectueuse pour désigner la profession de vétérinaire, annonçant immédiatement le ton chaleureux et de proximité du film. Ce pluriel englobe à la fois le vieux briscard de terrain incarné par Clovis Cornillac et la jeune recrue jouée par Noémie Schmidt, montrant que c'est l'union de leurs forces et de leurs méthodes qui permettra de sauver la région. C'est un titre qui transforme un métier technique en un label d'héroïsme quotidien au service des animaux et des hommes.
La musique du film, composée de mélodies acoustiques douces et de morceaux folk chaleureux, accompagne magnifiquement le défilé des paysages du Morvan au fil des saisons. Elle évite le piège de la nostalgie larmoyante pour insuffler une énergie positive et un élan de vie qui soutiennent le parcours initiatique de la jeune citadine apprivoisée par la nature.
Le film est aujourd'hui régulièrement utilisé comme outil de communication et de sensibilisation dans les écoles nationales vétérinaires de France pour valoriser la pratique de la médecine rurale auprès des étudiants. Il reste considéré comme un témoignage sociologique important de la situation des campagnes au début des années 2020. L'œuvre continue de séduire les spectateurs lors de ses diffusions régulières sur les chaînes de télévision francophones.
Si vous avez aimé cette chronique rurale humaniste, vous devriez regarder Médecin de campagne de Thomas Lilti, qui traite avec la même justesse et la même émotion de la désertification médicale à travers le portrait d'un médecin incarné par François Cluzet. Petit Paysan de Hubert Charuel explore également le monde agricole contemporain avec une grande force réaliste. On peut penser à La Vache de Mohamed Hamidi pour l'humour tendre lié au monde paysan, ou encore au film Normandie nue de Philippe Le Guay pour la solidarité villageoise face à la crise économique.