Cristi, inspecteur de police corrompu à Bucarest, est mis sous surveillance par sa propre hiérarchie, soupçonné de collusion avec des trafiquants. Entraîné par la sulfureuse Gilda jusque sur l'île de La Gomera, aux Canaries, il doit apprendre en urgence le silbo, une langue sifflée ancestrale utilisée par les habitants de l'île. Ce langage secret doit lui permettre d'organiser, en toute discrétion, l'évasion d'un homme d'affaires roumain détenant la clé de plusieurs dizaines de millions d'euros dissimulés. Mais entre policiers doubles jeux, mafieux espagnols et sentiments amoureux, rien ne va se dérouler comme prévu pour Cristi.
Les Siffleurs n'est pas une adaptation littéraire mais un scénario original de Corneliu Porumboiu, né d'un reportage télévisé découvert par le réalisateur en 2009 consacré au silbo, la langue sifflée pratiquée sur l'île de La Gomera, près du Maroc. À l'époque, le cinéaste venait tout juste d'achever Policier, adjectif, un film centré sur le langage et son instrumentalisation politique, et il a vu dans le silbo une manière de prolonger cette réflexion sous un angle radicalement différent. Porumboiu a voulu construire autour de cette langue insolite l'histoire d'un policier roumain désabusé, Cristi, venu à La Gomera à la fois pour retrouver une femme fatale et pour apprendre ce code sifflé. Le réalisateur s'inscrit ici dans la continuité de son cinéma habituel autour du langage et de ses usages détournés, tout en s'aventurant pour la première fois sur le terrain du film noir et du thriller mafieux. Le film a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2019, une consécration pour ce septième long métrage du cinéaste roumain. La coproduction franco-germano-roumaine a permis de tourner à la fois en Roumanie et sur l'île réelle de La Gomera, où le silbo est encore enseigné aux enfants.
Présenté en compétition à Cannes, Les Siffleurs a été salué par la critique française pour son mélange singulier de film noir et de comédie grinçante. Première a relevé la maîtrise du cinéaste sur son sujet tout en regrettant certaines longueurs, estimant que les meilleures blagues auraient gagné à être plus resserrées. Le Figaro a apprécié le ton particulier de la narration, décrivant un film noir signé d'un réalisateur roumain qui pratique un humour grinçant autour d'un policier corrompu. RFI a pour sa part souligné l'aspect musical hors norme du film policier, saluant l'intelligence rare du mélange entre amour, humour et conventions de genre détournées. Le public a découvert avec curiosité ce polar atypique mêlant Roumanie et Canaries, appréciant particulièrement l'originalité du dispositif linguistique central. Le film a confirmé la reconnaissance internationale de Corneliu Porumboiu, déjà habitué des sélections cannoises avec ses films précédents.
L'idée du film est née en 2009, lorsque Corneliu Porumboiu a découvert un reportage télévisé consacré au silbo, la langue sifflée de l'île de La Gomera, alors qu'il venait de terminer Policier, adjectif. Le tournage s'est déroulé à la fois en Roumanie et sur l'île canarienne de La Gomera, où le silbo est réellement enseigné aux enfants dans les écoles locales. Les acteurs principaux, Vlad Ivanov et Catrinel Marlon, ont dû s'initier aux rudiments de cette langue sifflée pour les besoins de certaines scènes du film.
Les Siffleurs prolonge la réflexion habituelle de Corneliu Porumboiu sur le langage, ici détourné à des fins criminelles pour échapper à toute surveillance. Le film interroge la corruption policière et la porosité entre forces de l'ordre et milieux criminels en Roumanie contemporaine. L'amour et la trahison, incarnés par la relation ambiguë entre Cristi et Gilda, structurent également le récit. Enfin, le film joue avec les codes du cinéma noir et de la comédie criminelle pour mieux les détourner avec ironie.
Sans dévoiler tous les rebondissements, le dénouement révèle que plusieurs personnages jouaient simultanément un double jeu, y compris certains que Cristi croyait être ses alliés les plus fiables. Le silbo, initialement appris pour organiser une évasion et récupérer un butin, devient l'outil ultime qui permet aux protagonistes de déjouer, ou non, la surveillance policière jusqu'au bout. La fin du film confirme le ton ambivalent de l'ensemble, entre tragédie criminelle et comédie de mœurs, sans offrir de morale simple sur le sort de ses personnages.
Les Siffleurs désigne directement les habitants de l'île de La Gomera qui pratiquent le silbo, cette langue sifflée capable de transmettre des messages complexes sur de longues distances à travers les vallées escarpées de l'île. Le titre renvoie également, de façon métaphorique, à l'ensemble des personnages du film qui communiquent en permanence par sous-entendus et messages codés pour dissimuler leurs véritables intentions.
Policier, adjectif du même Corneliu Porumboiu, ainsi que La Mafia tue seulement en été de Pierfrancesco Diliberto, partagent avec Les Siffleurs ce goût pour le détournement ironique des codes du film policier et de la corruption institutionnelle.