Hortense Laborie est une cuisinière réputée du Périgord qui se retrouve nommée à sa grande surprise responsable des repas privés du Président de la République à l'Élysée. Malgré les jalousies de la cuisine centrale et le protocole pesant, elle s'impose grâce à son caractère bien trempé et sa cuisine authentique. Le Chef de l'État tombe rapidement sous le charme de ses plats du terroir simples et savoureux. Mais dans les couloirs du pouvoir, les pièges politiques et les restrictions budgétaires ne tardent pas à compliquer son quotidien.
La genèse de ce long-métrage gastronomique est directement tirée de l'histoire vraie et extraordinaire de Danièle Delpeuch, qui fut la cuisinière personnelle du président François Mitterrand à la fin des années quatre-vingt. L'idée originelle est venue du producteur Étienne Comar, fasciné par le contraste entre la simplicité d'une cuisine de terroir et les ors de la République. L'inspiration du réalisateur Christian Vincent s'est nourrie des carnets de recettes et des souvenirs précis de la cuisinière, décrivant les coulisses feutrées du palais présidentiel. Le cinéaste a voulu construire son œuvre autour de la passion du goût et des intrigues de cour en coulisses. Le projet a pris tout son relief lors de la décision d'attribuer le rôle du Président à l'écrivain et académicien Jean d'Ormesson, apportant une distinction unique.
La critique professionnelle a salué la performance pleine de malice de Catherine Frot et l'originalité de ce huis clos politique et culinaire. Les journalistes ont apprécié la sensualité de la mise en scène des plats qui met véritablement l'eau à la bouche. Quelques critiques ont déploré une narration un peu trop linéaire, mais ont loué la justesse des dialogues.
Le public a répondu chaleureusement à cette comédie dramatique gourmande, séduit par la confrontation amusante entre le grand académicien Jean d'Ormesson et la gouaille de Catherine Frot. Les spectateurs ont plébiscité cette célébration du patrimoine gastronomique français.
Le film a obtenu une nomination prestigieuse lors de la cérémonie des César en 2013. Catherine Frot a en effet été nommée pour le César de la Meilleure Actrice, récompensant son immersion totale et crédible dans la peau d'une chef de cuisine.
Le réalisateur s'est inspiré des véritables cuisines de l'Élysée et a fait appel à de vrais conseillers culinaires pour s'assurer que chaque geste technique de Catherine Frot soit parfait. L'actrice a dû suivre un entraînement intensif pour manier les couteaux et dresser les assiettes comme une professionnelle.
Les difficultés de production ont principalement concerné l'impossibilité de tourner l'intégralité du film à l'intérieur du véritable Palais de l'Élysée pour des raisons évidentes de sécurité. L'équipe a dû reconstituer les salons présidentiels et les cuisines privées dans des châteaux et des studios d'Île-de-France.
Pour la scène particulière où le Président vient déguster une tartine de truffes en cachette au milieu de la nuit, l'ambiance sur le plateau était empreinte d'une grande complicité entre les deux acteurs. Jean d'Ormesson, grand épicurien dans la vie, a avoué n'avoir eu aucun mal à jouer la gourmandise.
Le casting initialement prévu n'a pas connu de variations majeures puisque Catherine Frot était le premier choix évident de Christian Vincent. La véritable surprise est venue de la validation de Jean d'Ormesson, qui n'avait jamais tenu de rôle majeur au cinéma et qui a accepté par pure curiosité.
Le film aborde la passion de la haute gastronomie, la préservation des traditions culinaires françaises et l'authenticité face à la standardisation technique. Il dépeint de manière caustique la bureaucratie, les jeux d'influence et les rivalités mesquines au sein des institutions de pouvoir. La solitude des dirigeants et l'importance des plaisirs simples y sont également développées.
Fatiguée par les protocoles rigides, la jalousie de ses pairs et les exigences médicales qui rationnent la table du Président, Hortense donne sa démission. Le film se termine sur une transition vers sa nouvelle vie dans une base scientifique en Antarctique. Là-bas, loin du pouvoir, elle retrouve le plaisir pur de cuisiner pour des hommes simples qui apprécient sa générosité.
Le titre joue sur le double sens du mot "palais". Il fait à la fois référence au Palais de l'Élysée, haut lieu du pouvoir politique où se déroule l'intrigue, et au palais buccal, l'organe du goût que la cuisinière s'efforce de choyer et d'éveiller à travers ses recettes.
Le film est devenu un classique des fictions culinaires et est régulièrement projeté lors d'événements célébrant la gastronomie française à l'étranger. Il reste associé au souvenir ému de l'écrivain Jean d'Ormesson, dont ce fut l'unique grande performance cinématographique.
Le Festin de Babette, Haute Cuisine, Vatel, Délicieux