Clara est une jeune femme profondément marquée par un secret d'enfance qui l'empêche de parler de manière fluide. Sa fille Anna, âgée de sept ans, refuse quant à elle catégoriquement de prononcer le moindre mot. Pour tenter de rompre ce silence destructeur, Clara décide de l'inscrire dans une institution spécialisée. C'est là qu'elles font la rencontre de Vincent, un éducateur aux méthodes hétérodoxes et bienveillantes.
Le film est l'adaptation cinématographique du roman à succès intitulé Les Mots bleus écrit par Dominique Mainard. Le cinéaste Alain Corneau a été immédiatement séduit par cette exploration poignante du mutisme et de la transmission familiale. L'idée de départ est née d'une réflexion profonde sur les traumatismes non dits qui se répercutent d'une génération à l'autre. Le réalisateur a puisé son inspiration dans le cinéma psychologique intimiste pour donner vie à ce drame du silence.
Les critiques professionnelles ont globalement salué l'audace esthétique d'Alain Corneau et la justesse du trio d'acteurs. De nombreux journalistes ont souligné la performance bouleversante de la jeune Camille Gauthier face à une Sylvie Testud habitée. Certains médias ont toutefois regretté quelques longueurs et un ton parfois jugé un peu trop mélodramatique. Globalement, le film a été reconnu pour sa grande sensibilité humaine. Le public a été touché par la délicatesse du sujet et l'émotion brute qui se dégage des scènes de communication non verbale. Les spectateurs ont apprécié la justesse avec laquelle le mutisme infantile est traité à l'écran. Le film a résonné particulièrement chez les professionnels de l'éducation et de la psychologie. Bien que discret au box-office, il a laissé une empreinte durable chez ceux qui l'ont découvert. Sur le plan des récompenses, le long-métrage a été présenté en compétition officielle lors de la Berlinale de 2005. Bien qu'il n'ait pas décroché l'Ours d'or, il a reçu de chaleureuses mentions de la part des jurés.
L'inspiration du réalisateur s'est beaucoup nourrie de rencontres réelles avec des orthophonistes et des pédopsychiatres avant le tournage. Corneau voulait éviter tout cliché clinique pour se concentrer sur la vérité émotionnelle du mutisme. Les difficultés de production étaient principalement liées au travail de direction d'acteurs avec une très jeune enfant qui devait porter le film par son regard. Le réalisateur a dû instaurer un climat de confiance absolue sur le plateau pour ne pas brusquer la fillette. Une anecdote de tournage mémorable concerne les scènes de communication par les signes qui ont demandé des semaines de répétition intense. Sergi López et Sylvie Testud ont dû apprendre une gestuelle précise pour rendre leurs échanges crédibles à l'écran. Concernant le casting initialement prévu, le rôle de l'éducateur Vincent avait été envisagé pour un autre acteur français de renom. Cependant, le charisme naturel et la douceur brute de Sergi López ont rapidement convaincu le cinéaste que lui seul pouvait incarner ce personnage.
Le film traite de manière centrale du mutisme sélectif et de l'incapacité à exprimer les traumatismes par la parole. Il explore également le poids des secrets de famille et l'amour maternel fusionnel mais parfois étouffant. Le rôle salvateur de l'éducation spécialisée et de l'écoute empathique est mis en avant de façon positive. La reconstruction de soi à travers le langage corporel est une thématique majeure du récit.
La fin du film montre une libération progressive de la parole pour la petite Anna et sa mère Clara. Grâce à la patience infinie de Vincent, les barrières psychologiques s'effondrent enfin lors d'une scène finale d'une grande intensité émotionnelle. Les mots bleus, ceux que l'on n'osait pas dire, finissent par être prononcés, scellant la guérison de la lignée familiale. C'est une conclusion lumineuse qui s'ouvre vers un avenir apaisé et communicatif.
Le titre fait référence à la célèbre chanson de Christophe, mais symbolise surtout les mots de l'amour et de l'émotion pure. Les mots bleus sont ceux que l'on ressent profondément mais que la bouche ne parvient pas à formuler à voix haute. Ils représentent la poésie du silence et la communication secrète qui unit les êtres au-delà du langage articulé standard.
La bande originale intègre magnifiquement la mélodie nostalgique de la chanson éponyme de Christophe. La musique instrumentale apporte un soutien discret mais enveloppant à la narration silencieuse du film.
Le long-métrage reste régulièrement cité dans les colloques de psychologie de l'enfance en France. Il est utilisé comme support d'étude pour illustrer les mécanismes du mutisme traumatique chez l'enfant.
Le Piano, La Famille Bélier, Miracle en Alabama, Une vie suspendue.