À l'aube des années 1980, dans une petite ville de province, Philippe vit dans l'ombre de son frère aîné Jérôme, figure charismatique d'une bande de copains passionnés par la radio libre. Ensemble, ils animent Radio Warsaw, station pirate installée dans le grenier d'un bar, sur fond d'élection de François Mitterrand et de renouveau politique. Lorsque Philippe est appelé pour le service militaire à Berlin-Ouest, il tente de continuer à émettre depuis l'Allemagne malgré l'éloignement. Ce road-movie sentimental et sonore raconte les derniers feux d'une jeunesse insouciante, au seuil d'un monde sur le point de basculer.
Vincent Maël Cardona commence l'écriture des Magnétiques dès 2010, soit près de dix ans avant sa sortie en salle. Né en Bretagne en 1980, le réalisateur avait déjà été remarqué pour son court métrage Coucou-les-Nuages, récompensé au Festival de Cannes. Le film n'est pas tiré d'une histoire vraie précise mais s'inspire de la mémoire collective d'une génération née au tournant des années 1980, fascinée par l'essor des radios libres. Cardona s'entoure d'un collectif de cinq scénaristes, tous nés au début de cette décennie, pour retranscrire ensemble leur vision fantasmée de l'époque. Il leur demande de mesurer combien la révolution numérique a transformé, depuis, le monde qui les a vus naître. Le tournage a eu lieu fin 2019 dans le Pithiverais, notamment à Beaune-la-Rolande et à Auxy, loin des standards habituels du cinéma français. Pour préparer son acteur principal Thimotée Robart au climat du début des années 1980, le réalisateur lui a conseillé de visionner des œuvres comme Faits divers de Raymond Depardon et Passe ton bac d'abord de Maurice Pialat. Le film, premier long métrage de son réalisateur, a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2021, où il a remporté le prix SACD.
La presse a réservé un accueil très favorable aux Magnétiques, saluant un premier film puissant et maîtrisé. Plusieurs critiques ont particulièrement loué le travail sur le son, considéré comme l'un des éléments les plus marquants du film. D'autres ont souligné la capacité du réalisateur à faire vivre une reconstitution historique sans tomber dans l'académisme, même si certains ont regretté que le scénario s'y laisse parfois happer sur la fin. La performance de Timothée Robart dans le rôle principal a été unanimement remarquée par la critique.
Le public a également salué ce premier film, porté par une nostalgie sincère pour l'énergie des radios libres du début des années 1980. Les spectateurs ont apprécié l'immersion sonore et visuelle dans cette période charnière de l'histoire française. Le film a rassemblé un peu plus de cinquante mille entrées en salle, un score honorable pour une première œuvre d'auteur diffusée dans un nombre limité de salles.
Les Magnétiques a remporté le prix SACD de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2021, ainsi que le prix d'Ornano-Valenti au Festival de Deauville la même année. Timothée Robart a reçu le César du meilleur espoir masculin en 2022, tandis que le film a également décroché le César du meilleur premier film.
Inspirations du réalisateur : Vincent Maël Cardona a construit son scénario autour de l'idée du Do It Yourself, cette philosophie née dans l'underground musical de la fin des années 1970, qui invite chacun à agir par lui-même à son échelle. Il a voulu raconter comment une certaine jeunesse tournait le dos aux illusions collectives des années 1970 tout en retrouvant une énergie nouvelle dans la scène musicale indépendante.
Difficultés de production : Le film a nécessité près de dix ans de gestation entre le début de l'écriture et sa sortie en salle, un temps de développement particulièrement long pour un premier long métrage français. Le tournage s'est déroulé dans une région rurale du Loiret, loin des infrastructures habituelles du cinéma, ce qui a demandé une organisation logistique spécifique à l'équipe.
Anecdote sur une scène particulière : Pour les scènes dénudées du film, dont plusieurs ont finalement été coupées au montage, l'actrice Marie Colomb explique avoir laissé pousser ses poils, un choix qu'elle revendique comme fidèle à l'esprit des années 1980.
Les Magnétiques explore la fraternité et la rivalité silencieuse entre deux frères que tout semble opposer à l'origine, avant que leurs rapports d'aînesse ne finissent par s'inverser. Le film aborde également la naissance des radios libres en France, symbole d'une liberté d'expression nouvellement conquise au début des années 1980. La question de l'engagement politique et générationnel traverse le récit, sur fond d'élection de François Mitterrand et de renouveau de la gauche. Le service militaire et l'exil forcé à Berlin-Ouest viennent bousculer les certitudes du personnage principal. Enfin, le film interroge la place de la musique et du son comme vecteurs d'émancipation et de résistance face à un monde qui se referme.
Le titre Les Magnétiques renvoie directement à l'univers de la radio et des bandes magnétiques utilisées pour enregistrer et diffuser le son à l'époque du récit. Il évoque également le magnétisme qui unit les personnages entre eux, notamment la fascination que Philippe éprouve pour son frère Jérôme, personnage solaire et incontrôlable. Ce double sens, technique et affectif, résume bien l'ambition du film de mêler reconstitution historique et récit intime de fraternité.
La musique du film, composée par David Sztanke, occupe une place centrale dans le récit puisqu'elle accompagne l'essor de la radio pirate Radio Warsaw au cœur de l'intrigue. Le film s'imprègne largement du rock indépendant et des radios underground de la fin des années 1970, loin des tubes de discothèque habituels, pour restituer fidèlement l'énergie musicale de l'époque.
Depuis le succès des Magnétiques, Vincent Maël Cardona continue de développer de nouveaux projets de long métrage dans le paysage du cinéma d'auteur français. Timothée Robart, révélé par le film, a depuis enchaîné plusieurs rôles remarqués au cinéma et à la télévision. Le film reste régulièrement cité comme l'une des révélations les plus marquantes du Festival de Cannes 2021.
Les Magnétiques peut être rapproché de Podium pour son amour de la musique populaire des décennies passées. On pense également à Good Morning England, comédie britannique centrée elle aussi sur une radio pirate des années 1960. Vincent Maël Cardona partage avec Xavier Dolan un goût commun pour les récits de fraternité et de jeunesse en crise, notamment dans Juste la fin du monde. Enfin, La Belle Époque de Nicolas Bedos offre une parenté thématique dans son exploration nostalgique d'une décennie révolue.