Lassée de sa vie de province et d'un mariage qui s'essouffle, la jeune Albertine débarque à Paris pour goûter aux plaisirs de la capitale. Accueillie par son amie Cécile, elle se retrouve mêlée aux jeux de séduction du Tout-Paris littéraire et mondain. Entre un chirurgien séducteur, un écrivain snob et d'autres prétendants haut en couleur, elle découvre autant la frivolité que la cruauté de ce milieu. Cette comédie de mœurs dresse un portrait acide du snobisme parisien à travers le regard neuf d'une provinciale.
Le film adapte le roman du même nom signé par Nicole, pseudonyme alors utilisé pour ce type de comédie de mœurs populaire au tournant des années 1960. Henri Verneuil, déjà auteur à succès avec des films comme Le Président, a enchaîné ce tournage dans la foulée, avant de retrouver Jean Gabin l'année suivante pour Un singe en hiver. Le cinéaste a confié les dialogues à Michel Audiard, dont la plume acérée devait transformer une intrigue somme toute classique en une satire mordante du monde parisien. Verneuil cherchait alors à alterner grands drames et comédies plus légères, cette dernière lui permettant de réunir une distribution particulièrement prestigieuse. Le choix de Claudia Cardinale, actrice italienne en pleine ascension internationale, dans le rôle principal traduisait la volonté de donner un supplément de glamour européen au film.
À sa sortie, le film a reçu un accueil critique mitigé, les commentateurs saluant les répliques ciselées de Michel Audiard tout en jugeant l'intrigue trop convenue pour un casting aussi relevé. Plusieurs critiques ont noté que Lino Ventura, habitué aux rôles de truand, surprenait dans un emploi plus mondain, avec des résultats jugés inégaux selon les avis. Le public de l'époque, plutôt habitué aux grandes comédies populaires de Verneuil, a réservé un accueil poli sans enthousiasme démesuré, le film restant aujourd'hui l'un des moins connus de sa filmographie. Redécouvert par les cinéphiles amateurs de dialogues d'Audiard, il conserve un statut de curiosité plus que de classique. Le film n'a pas marqué la carrière de ses artisans par des récompenses notables, restant une parenthèse entre deux œuvres plus marquantes du réalisateur.
Michel Audiard retrouvait ici Henri Verneuil un an après une première collaboration, ce qui a permis une grande complicité dans l'écriture des dialogues, pensés comme une succession de joutes verbales entre les personnages masculins gravitant autour de Claudia Cardinale. Le tournage s'est déroulé dans les décors chics du Paris mondain, entre salons littéraires et soirées bourgeoises, pour souligner par contraste la naïveté du personnage principal fraîchement arrivé de province. La présence de comédiens aussi différents que Lino Ventura, Jean-Claude Brialy, Danielle Darrieux et Michèle Morgan dans un même film a nécessité de jongler avec des emplois du temps chargés, chacun étant alors une vedette confirmée du cinéma français.
Le film dresse une critique satirique du snobisme et de l'entre-soi bourgeois parisien, observé à travers le regard candide d'une provinciale en rupture de ban. Il interroge aussi la place des femmes dans une société encore corsetée, entre désir d'émancipation et pression du mariage. La rivalité masculine, l'hypocrisie mondaine et la quête de reconnaissance sociale traversent également le récit sur le mode de la comédie de mœurs.
Après avoir traversé les différents cercles du Paris mondain et déchanté sur la superficialité de ses prétendants successifs, Albertine referme cette parenthèse parisienne avec une lucidité nouvelle sur les illusions de la vie de province comme sur celles de la capitale. Le film se termine sur une note désabusée plus que triomphante, conforme à l'esprit de comédie amère caractéristique de l'écriture de Michel Audiard.
Le titre Les Lions sont lâchés fait référence aux prétendants qui se disputent Albertine dès son arrivée à Paris, tel un jeu de piste mondain où chacun cherche à s'imposer comme le plus séduisant. L'image du lion lâché évoque à la fois la prédation sociale et la vanité de ces hommes convaincus de leur propre importance.
On peut rapprocher ce film d'autres comédies de mœurs françaises de la même époque comme Un singe en hiver ou La Vache et le Prisonnier, également signées Verneuil-Audiard, ainsi que des satires du monde parisien comme Les Grandes Familles.