Chicago, 1930. En pleine Prohibition, le gangster Al Capone règne en maître sur la ville, corrompant policiers et juges pour asseoir son empire de l'alcool clandestin. L'agent fédéral Eliot Ness, décidé à faire tomber le parrain, monte une équipe de policiers incorruptibles, aussi rares que précieux dans une ville gangrenée. Entouré du vieux policier irlandais Jim Malone, du jeune tireur d'élite George Stone et du comptable Oscar Wallace, il mène une guerre sans merci contre l'organisation de Capone. Cette traque acharnée va coûter cher aux deux camps avant que la justice ne finisse par rattraper le criminel le plus puissant d'Amérique.
Les Incorruptibles s'inspire librement des mémoires d'Eliot Ness, publiées en 1957 sous le titre The Untouchables, qui retracent sa traque du célèbre mafieux Al Capone durant la Prohibition. Le projet trouve son origine dans la série télévisée éponyme diffusée à la fin des années 1950, dont le film reprend l'esprit tout en offrant une relecture cinématographique plus ambitieuse. Le scénariste David Mamet, dramaturge reconnu avant de devenir lui-même réalisateur, a été chargé d'écrire un script capable de restituer l'ampleur épique de cette confrontation entre la loi et le crime organisé. Brian De Palma, déjà auteur de plusieurs thrillers stylisés, a saisi l'occasion de s'attaquer pour la première fois au grand genre du film de gangsters hollywoodien. Le réalisateur voulait absolument obtenir Robert De Niro pour incarner Al Capone, au point de menacer de quitter le projet si les producteurs persistaient à vouloir lui imposer un autre acteur. Cette obstination a porté ses fruits puisque De Niro a finalement accepté le rôle, contribuant à faire du film un classique instantané du genre.
La critique a largement salué la mise en scène spectaculaire et virtuose de Brian De Palma, en particulier la célèbre scène de fusillade à la gare centrale de Chicago, hommage assumé au Cuirassé Potemkine d'Eisenstein. Les prestations de Sean Connery et de Robert De Niro ont été particulièrement mises en avant, le premier incarnant avec autorité le vieux policier Jim Malone et le second livrant une composition mémorable d'Al Capone. Certains observateurs ont toutefois pointé un scénario relativement classique, davantage porté par le savoir-faire visuel du réalisateur que par une réelle originalité narrative.
Le public a réservé un accueil triomphal à ce film de commande, qui est rapidement devenu un petit classique du genre policier auprès des spectateurs du monde entier. En France, il a dépassé les 2,4 millions d'entrées, confirmant son statut de succès international. Le mélange d'action spectaculaire, de personnages charismatiques et de reconstitution soignée de l'époque de la Prohibition a séduit un large public au-delà des seuls amateurs de films de gangsters.
Sean Connery a remporté l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour sa performance, une consécration majeure pour l'ancien interprète de James Bond. Le film a également reçu l'Oscar de la meilleure musique pour Ennio Morricone, ainsi que plusieurs nominations aux Oscars des meilleurs costumes et de la meilleure direction artistique.
Brian De Palma, cinéaste habitué aux thrillers stylisés et aux hommages appuyés au cinéma classique, a voulu ici s'attaquer pour la première fois au grand genre du film de gangsters, en multipliant les clins d'œil à Eisenstein et à Hitchcock.
Le tournage a été marqué par un bras de fer entre Brian De Palma et les producteurs concernant le choix de l'acteur pour incarner Al Capone, le réalisateur menaçant de quitter le projet si Robert De Niro ne lui était pas accordé, ce qui a finalement conduit au remplacement de Bob Hoskins initialement engagé.
La célèbre scène du landau dévalant les marches de la gare de Chicago au beau milieu d'une fusillade constitue une référence directe et assumée à la scène de l'escalier d'Odessa du Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein.
Bob Hoskins avait été engagé pour incarner Al Capone après le refus initial de Robert De Niro, avant que Brian De Palma n'obtienne finalement gain de cause auprès des producteurs et que Hoskins ne reçoive un dédommagement de 200 000 dollars pour cette éviction.
Les Incorruptibles explore la lutte entre la loi et le crime organisé, incarnée par l'affrontement entre Eliot Ness et Al Capone durant la Prohibition. Le film interroge également la corruption généralisée des institutions, la police et la justice de Chicago étant largement inféodées au pouvoir mafieux. La formation d'une équipe soudée d'hommes intègres, prêts à tout sacrifier pour leur mission, occupe une place centrale dans le récit. Le film aborde aussi le prix humain de la lutte contre le crime, chaque victoire de Ness se payant par la perte d'un de ses proches collaborateurs. La vengeance personnelle, motivant Ness dans son ultime confrontation avec Frank Nitti, vient également nuancer la dimension purement institutionnelle de sa mission. Enfin, le film questionne la légitimité des méthodes employées pour vaincre le crime, Ness devant parfois s'affranchir des règles qu'il est censé faire respecter.
Après la mort de ses coéquipiers Malone et Wallace, Eliot Ness parvient à obtenir le témoignage du comptable Payne, permettant de faire tomber Al Capone pour fraude fiscale plutôt que pour ses crimes les plus violents. Ness affronte une dernière fois Frank Nitti, l'homme de main responsable de la mort de ses amis, et le tue lors d'une confrontation sur le toit du tribunal, vengeant ainsi ses pertes personnelles. Le film se termine sur la condamnation de Capone et le départ de Ness, qui cède sa place à George Stone avant de retourner auprès de sa famille. Cette conclusion souligne le prix payé pour la victoire, la loi triomphant finalement mais au prix d'un lourd tribut humain. Le dénouement met en avant la continuité de la lutte contre le crime, symbolisée par la relève assurée par la jeune génération incarnée par Stone.
Le titre Les Incorruptibles, traduction directe de The Untouchables, désigne l'équipe de policiers menée par Eliot Ness, réputés impossibles à corrompre dans une ville où la totalité des institutions semble acquise au crime organisé. Ce surnom, donné à l'époque par la presse à l'équipe réelle d'Eliot Ness, souligne leur intégrité exceptionnelle dans un contexte de corruption généralisée. Le titre installe ainsi d'emblée l'enjeu moral central du film, celui de l'incorruptibilité comme dernier rempart face à la toute-puissance de la pègre.
La musique du film, composée par Ennio Morricone, a été récompensée par l'Oscar de la meilleure musique de film et contribue grandement à la dimension épique et tragique du récit, notamment à travers son thème principal devenu emblématique du genre du film de gangsters.
Les amateurs de films de gangsters situés à l'époque de la Prohibition apprécieront Scarface d'Howard Hawks, référence assumée par Brian De Palma dans plusieurs scènes du film. L'Affaire Al Capone de Roger Corman offre une autre reconstitution du même contexte historique, centrée sur le massacre de la Saint-Valentin. Bugsy de Barry Levinson explore également l'univers de la mafia américaine des années 1930 à travers un autre personnage emblématique. Il était une fois en Amérique de Sergio Leone partage cette fascination pour l'épopée criminelle américaine du début du XXe siècle.