Dans une rue de Paris, un inconnu croit reconnaître en Joachim un soldat mort en Bosnie le 21 août 1983, jour qui correspond exactement à la date de naissance de ce dernier. Troublé par cette coïncidence vertigineuse, Joachim décide de partir pour Sarajevo afin d'élucider ce mystère, accompagné de son amie Alice, qui a longtemps couvert la guerre dans les Balkans, et de leur amie Virginie. Leur périple les confronte aux fantômes toujours vivaces du conflit bosniaque et aux cicatrices laissées par le génocide de Srebrenica. Entre fiction et documentaire, le film interroge la possibilité de se réincarner dans une histoire qui n'est pas la sienne.
Les Héros ne meurent jamais est le premier long métrage d'Aude-Léa Rapin, qui a vécu dix années dans les Balkans après son baccalauréat, une expérience fondatrice qui infuse l'ensemble de son cinéma. La réalisatrice avait déjà exploré le deuil et la mémoire du conflit bosniaque dans son court-métrage Nino's Place, primé au Festival des droits humains de Genève. L'idée de la réincarnation, élément fantastique et improbable du récit, lui a été inspirée par la rencontre d'un sans-abri près du marché d'Aligre à Paris, qui avait pour habitude de raconter aux passants des histoires inventées sur eux-mêmes pour gagner sa vie. Rapin explique avoir suivi intensément, enfant, le conflit yougoslave à la télévision, un événement qu'elle percevait comme incroyablement proche géographiquement mais lointain dans la perception collective française. Le tournage s'est appuyé sur un budget modeste, l'urgence du sujet ayant poussé la production à démarrer rapidement plutôt que d'attendre des financements plus conséquents. Le film a été présenté au Festival de Cannes 2019 en compétition pour la Caméra d'or, dans le cadre de la Semaine de la critique.
La critique a salué l'audace du dispositif choisi par Aude-Léa Rapin, à mi-chemin entre fiction et documentaire, ainsi que la qualité de son casting emmené par Adèle Haenel. Certains observateurs ont toutefois jugé le postulat de départ, la possible réincarnation de Joachim, trop invraisemblable pour véritablement fonctionner comme moteur narratif, regrettant des réactions parfois artificielles du personnage principal. Le public a été partagé, certains spectateurs saluant un hommage sincère à la Bosnie encore marquée par la guerre, d'autres trouvant le scénario trop tiré par les cheveux pour s'attacher pleinement aux personnages. Beaucoup ont néanmoins souligné la force des scènes tournées lors de la cérémonie commémorative du massacre de Srebrenica, jugées particulièrement bouleversantes. Le film a bénéficié d'une exposition notable grâce à sa sélection cannoise, sans toutefois remporter de prix, mais il a confirmé Aude-Léa Rapin comme une réalisatrice à suivre dans le paysage du jeune cinéma d'auteur français.
Aude-Léa Rapin a vécu près de dix ans dans les Balkans après son baccalauréat, une expérience qui a directement nourri l'écriture du scénario et sa connaissance intime du terrain bosniaque. L'idée fantastique de la réincarnation provient d'une rencontre réelle avec un sans-abri parisien qui inventait des histoires sur les passants pour vivre de leur générosité, un dispositif que la réalisatrice a transposé dans son récit. Le tournage s'est déroulé dans des conditions de production modestes et rapides, les producteurs ayant accepté de lancer le projet sans attendre l'ensemble des financements, portés par l'urgence ressentie par la réalisatrice de raconter cette histoire.
Les Héros ne meurent jamais interroge la mémoire des guerres de Yougoslavie et la manière dont leurs traumatismes continuent de hanter le territoire bosniaque des décennies plus tard. Le film explore également la frontière ténue entre fiction et documentaire, entre vérité historique et récit inventé. La possibilité de porter en soi l'histoire d'un autre, à travers le motif de la réincarnation, permet enfin d'aborder la transmission intergénérationnelle des traumatismes de guerre.
Le film ne tranche jamais définitivement la question de savoir si Joachim est réellement la réincarnation du soldat mort en 1983, préférant laisser cette énigme ouverte à l'interprétation du spectateur. Cette ambiguïté finale sert le propos plus large de la réalisatrice, qui s'intéresse moins à la vérité factuelle de la réincarnation qu'à ce que cette croyance permet de raconter sur les cicatrices toujours vives de la guerre de Bosnie. La conclusion souligne que les héros et les victimes du conflit, au sens propre comme au sens figuré, continuent de vivre à travers ceux qui portent leur mémoire.
Le titre Les Héros ne meurent jamais renvoie directement au postulat fantastique du film, où un homme mort des décennies plus tôt semble se perpétuer à travers un jeune Français d'aujourd'hui. Il évoque plus largement la permanence de la mémoire des victimes de guerre, dont le souvenir continue de hanter les lieux et les générations suivantes bien après leur disparition.
Depuis la sortie du film, Aude-Léa Rapin a poursuivi une carrière remarquée entre cinéma et engagement pour la mémoire des conflits des Balkans. Adèle Haenel, tête d'affiche du film, a depuis quitté le cinéma pour se consacrer à d'autres engagements, un choix largement commenté dans la presse française.
Les spectateurs intéressés par Les Héros ne meurent jamais pourront se tourner vers Quo Vadis, Aïda ? de Jasmila Žbanić, qui traite également du massacre de Srebrenica avec une approche plus frontalement dramatique. Le documentaire hybride Nino's Place, court-métrage précédent d'Aude-Léa Rapin, permet de prolonger la réflexion de la réalisatrice sur le deuil bosniaque.