Trois comédiens de boulevard autrefois célèbres, désormais vieillis et oubliés, se retrouvent embarqués dans une tournée provinciale calamiteuse où tout tourne mal : la pièce est mauvaise, les salles sont vides, et leurs querelles d'ego et leurs nostalgies respectives empoisonnent chaque jour de voyage. Mais derrière la farce et les chamailleries de ces vieux lions déchus se cache une émouvante fraternité, celle d'hommes qui ont tout partagé et qui refusent de finir seuls. Un film à la mélancolie masquée, porté par un trio d'acteurs au sommet de leur art.
Les Grands Ducs est né du désir de Patrice Leconte de réunir devant sa caméra trois des plus grands acteurs français de leur génération — Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret et Jean Rochefort — dans un projet qui leur ressemble, c'est-à-dire un film sur des acteurs vieillis qui refusent de s'avouer vaincus. Le scénario original de Serge Frydman et Patrice Leconte construisait une comédie sur le thème de l'échec et de la déchéance professionnelle dans le monde du spectacle, tout en laissant affleurer progressivement une tendresse et une mélancolie qui débordent largement la pure comédie. Réunir ces trois monstres sacrés du cinéma français dans des rôles qui leur permettaient d'être à la fois drôles et pathétiques était en soi un pari audacieux que le film a tenu avec brio. Leconte avait déjà démontré sa sensibilité particulière pour les personnages seuls et décalés dans des films comme Monsieur Hire et Le Mari de la coiffeuse.
Résumé des critiques professionnelles : Les Grands Ducs a été très bien accueilli par la critique française, qui s'est laissé gagner par la fantaisie et la mélancolie du film ainsi que par les performances exceptionnelles de ses trois acteurs principaux. Les journalistes ont salué la capacité de Leconte à faire coexister la comédie pure et l'émotion sincère, réussissant à faire rire et à toucher avec les mêmes personnages et les mêmes situations.
Réception du public : Le film a connu un beau succès populaire, le public appréciant retrouver ces trois acteurs adorés dans un film qui leur rendait hommage tout en les montrant dans leurs failles et leurs fragilités. La combinaison de Marielle, Noiret et Rochefort constituait en elle-même un événement cinématographique.
Récompenses obtenues : Le film a permis à ses trois interprètes d'être nominés aux Césars dans diverses catégories, confirmation de la qualité de leurs performances collectives dans cet exercice de style difficile qu'est la comédie mélancolique sur le vieillissement.
Inspirations du réalisateur : Patrice Leconte s'est nourri de sa propre affection pour ces trois acteurs et de sa réflexion sur le vieillissement dans les métiers du spectacle pour construire des personnages qui avaient la profondeur et la complexité des êtres humains réels plutôt que des archétypes de comédie.
Difficultés de production : Diriger simultanément trois acteurs aussi forts et aussi différents, dont chacun avait sa propre méthode de travail et ses propres habitudes acquises au fil de décennies de carrière, a représenté un défi de direction d'acteurs que Leconte a relevé en leur laissant une grande liberté tout en maintenant la cohérence du projet.
Anecdote sur une scène particulière : Les scènes dans lesquelles les trois comédiens répètent leur pièce de boulevard dans des conditions de plus en plus dégradées, passant de l'irritation à l'humour malgré eux, ont été particulièrement appréciées pour la façon dont elles révèlent à la fois la technique des acteurs et leur humanité vulnérable.
Les Grands Ducs explore avec tendresse la question du vieillissement et de l'oubli dans les métiers du spectacle, montrant trois hommes qui ont connu la gloire et qui refusent d'accepter que leur temps soit passé. La fraternité masculine, née de décennies de partage et de compétition mêlés, est au cœur du film — ces hommes ne peuvent pas vivre ensemble mais ne peuvent pas non plus se passer les uns des autres. La mélancolie du temps qui passe et des grandeurs perdues est habillée d'humour, ce qui en fait une œuvre beaucoup plus profonde et émouvante qu'elle n'y paraît à première vue.
La tournée se conclut dans un fiasco supplémentaire, mais les trois hommes repartent ensemble vers un prochain projet imaginaire, incapables de s'avouer vaincus et encore moins de se séparer. Cette fin, qui refuse toute résolution dramatique au profit d'une tendresse légèrement désespérée et résolument drôle, célèbre la persistance et la complicité de ces trois compagnons de route que l'échec rapproche plus sûrement que le succès ne les avait peut-être unis.
Les "grands ducs" étaient autrefois, en argot, les hommes qui faisaient la fête et sortaient la nuit dans les grands restaurants et les cabarets parisiens — une expression qui désigne ici avec ironie et tendresse ces trois acteurs qui se prennent encore pour des grands seigneurs du spectacle alors que leur règne est clairement derrière eux. Le titre joue sur la noblesse imaginaire que ces personnages s'attribuent et sur le décalage comique et pathétique entre cette image d'eux-mêmes et leur situation réelle.
Les Grands Ducs est aujourd'hui apprécié comme un hommage vibrant à trois géants du cinéma français et comme l'une des meilleures comédies mélancoliques de Patrice Leconte. La disparition de Jean-Pierre Marielle en 2018 et celle de Philippe Noiret en 2006 ont donné au film une dimension supplémentaire de témoignage sur des acteurs devenus des légendes.