Un groupe d'adolescents marginaux erre dans les rues de Paris, entre petits délits et rêves de grandeur. Leur vie bascule quand l'un d'entre eux commet un acte irréparable. Ce drame social brut explore la jeunesse perdue et les illusions de la rébellion. Une plongée réaliste et poétique dans les abîmes de l'adolescence.
Les Fauves est inspiré de faits réels : Vincent Mariette a été marqué par un fait divers impliquant des adolescents en 2015. Le réalisateur, connu pour son premier long-métrage Tout de suite maintenant (2016), a voulu explorer les mécanismes qui poussent des jeunes à basculer dans la violence. Le scénario a été écrit en collaboration avec Simon Moutaïrou, qui a aidé à donner une voix à ces jeunes marginalisés. Mariette s'est inspiré des romans de Jean Genet (Notre-Dame-des-Fleurs) et des films de la Nouvelle Vague (Les 400 Coups) pour leur réalisme social. Le titre, Les Fauves, fait référence à la fois à la sauvagerie des personnages et à leur fragilité. Le projet a été développé avec le soutien de Haut et Court, qui cherchait des films audacieux sur la jeunesse.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a salué Les Fauves pour son réalisme cru et son absence de jugement, le qualifiant de "portrait saisissant d'une jeunesse en déroute". Les Inrocks ont applaudit la performance de Lily-Rose Depp, à la fois dure et vulnérable, dans le rôle de la leader du groupe. Première a souligné la photographie de Nara Keo Kosal, qui capture la lumière crue des banlieues parisiennes. Certains critiques ont trouvé le film trop violent, mais la majorité a salué son approche honnête. Télérama a noté que le film évite les clichés sur les jeunes de banlieue, montrant plutôt leur complexité. Le montage, signée Juliette Welfling, a été salué pour son rythme haletant.
Réception du public : Le film a divisé le public : certains ont été bouleversés par son réalisme, tandis que d'autres ont trouvé le film trop dur à regarder. Les projections-débats ont souvent donné lieu à des discussions passionnées sur la délinquance juvénile et les responsabilités de la société. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #LesFauvesFilm a été utilisé pour partager des réflexions sur le film. Beaucoup ont salué la justesse des dialogues, qui sonnent vrai. Certains spectateurs ont cependant regretté que le film ne montre pas davantage de solutions pour les jeunes.
Récompenses obtenues : Les Fauves a remporté le Prix du Meilleur Premier Film au Festival du Film de Cabourg en 2019. Lily-Rose Depp a été nommée pour le César du Meilleur Espoir Féminin. Le film a aussi reçu le Prix du Public au Festival de La Rochelle. Il a été sélectionné pour le Prix Louis-Delluc, qui récompense le meilleur film français de l'année. La photographie a été primée au Festival de la Photographie de Cinématographie à Paris.
Inspirations du réalisateur : Vincent Mariette a passé des mois à rencontrer des jeunes dans les banlieues parisiennes pour préparer le film. Il a été marqué par leurs récits, souvent durs, mais aussi par leur résilience. Le réalisateur a aussi puisé dans ses propres souvenirs d'adolescence, notamment une période où il a frôlé la délinquance. Une scène clé a été inspirée par une conversation avec un jeune qui lui a dit : "On fait les cons parce qu'on s'ennuie, et parce qu'on a rien à perdre." Mariette a visionné des documentaires sur la délinquance juvénile (La Cour de Babel, Les Bosquets) pour s'inspirer de leur réalisme. Enfin, il a collaboré avec des éducateurs spécialisés pour comprendre les mécanismes de la radicalisation.
Difficultés de production : Tourner dans des banlieues parisiennes a posé des défis logistiques : l'équipe a dû négocier avec les habitants pour obtenir leur confiance et éviter les problèmes. Certaines scènes ont été tournées de nuit pour capturer l'atmosphère des rues désertes. Lily-Rose Depp a dû apprendre l'argot des banlieues pour rendre son personnage crédible. Le tournage a aussi été marqué par des tensions avec les autorités locales, qui craignaient une mauvaise image de leur quartier. Enfin, les scènes de violence ont nécessité des mesures de sécurité renforcées pour éviter les dérives.
Anecdote sur une scène particulière : La scène où le groupe commet un vol a été tournée en caméra cachée pour capturer des réactions naturelles. Les acteurs ont improvisé une partie de leurs répliques, ce qui a donné une authenticité à la scène. Pour la scène du conflit entre Lily-Rose Depp et Rod Paradot, Mariette a demandé aux acteurs de vraiment se disputer, ce qui a créé une tension palpable. La scène finale, où le groupe se sépare, a été la plus émotionnelle à tourner : plusieurs membres de l'équipe ont pleuré en la voyant pour la première fois.
Casting initialement prévu : À l'origine, le rôle de la leader devait être joué par Léa Seydoux, mais des conflits d'emploi du temps ont rendu cela impossible. Lily-Rose Depp a été choisie pour son charisme naturel et sa capacité à jouer des personnages complexes. Rod Paradot, qui incarne le membre le plus violent du groupe, a été repéré par Mariette dans une pièce de théâtre. Laurent Lafitte, qui joue l'éducateur, est un acteur vétéran connu pour ses rôles dans des drames sociaux.
Les Fauves explore avant tout la délinquance juvénile, non pas comme un phénomène isolé, mais comme le symptôme d'une société en crise. Le film aborde l'ennui, ce mal du siècle qui pousse les jeunes à chercher des sensations fortes. Mariette y glisse une réflexion sur la famille, souvent absente ou désunie dans le film. Le film parle aussi de l'amitié, cette solidarité qui unit le groupe, mais qui peut aussi les entraîner dans la violence. Enfin, il questionne la responsabilité de la société : qui est coupable quand des jeunes basculent ?
La fin du film montre le groupe se séparant, chacun prenant un chemin différent. Ce choix narratif souligne que la vie continue, même après une tragédie. Mariette a expliqué que cette fin ouverte reflète la réalité : "Les jeunes ne restent pas figés dans leurs erreurs. Ils évoluent, pour le meilleur ou pour le pire." Le dernier plan, où l'on voit Lily-Rose Depp marcher seule dans la rue, symbolise cette incertitude. La musique, qui s'estompe progressivement, renforce cette impression de suspens. Certains spectateurs y ont vu une métaphore de la société : et si la vraie violence était celle que nous laissons faire ?
Les Fauves est un titre à double sens. D'un côté, il fait référence à la sauvagerie des personnages, qui agissent par instinct. De l'autre, il évoque leur fragilité, comme des animaux sauvages qui ont besoin de protection. En français, "fauve" peut aussi désigner une peinture aux couleurs vives, suggérant que les personnages, malgré leur dureté, ont aussi une beauté cachée. Mariette a choisi ce titre car il résume la dualité des jeunes : à la fois durs et vulnérables. Enfin, "Les Fauves" est aussi une référence au mouvement artistique du début du XXe siècle, qui célébraient la couleur et la liberté – deux thèmes centraux du film.
En 2023, Les Fauves a été diffusé sur Canal+, ce qui lui a valu une nouvelle visibilité auprès du public français. Vincent Mariette a annoncé travailler sur un nouveau projet, centré sur la réinsertion des jeunes délinquants. Le film a inspiré la création d'un débat national sur la prévention de la délinquance juvénile, avec des projections-débats dans les maisons de quartier. En 2024, il a été projeté dans des prisons en France dans le cadre d'un projet de réinsertion par le cinéma. Mariette a aussi reçu un prix d'honneur pour son film lors du Festival du Film de Paris. Le film a été sélectionné pour une rétrospective à la Cinémathèque française, célébrant son approche sociale du cinéma.
La Haine (1995) - Mathieu Kassovitz : Un classique sur la banlieue parisienne, avec une approche réaliste similaire. Les 400 Coups (1959) - François Truffaut : Un film sur la délinquance juvénile, avec une esthétique intemporelle. La Cour de Babel (2013) - Julie Bertuccelli : Un documentaire sur l'intégration des jeunes dans les banlieues. Les Bosquets (2010) - Jairus McLeary : Un film sur la violence et la rédemption dans les quartiers difficiles. Grave (2016) - Julia Ducournau : Pour son réalisme cru et son exploration des limites de l'adolescence.