Ancienne biographe à succès aujourd'hui désargentée, Lee Israel découvre par hasard qu'elle possède un don étonnant : celui d'imiter à la perfection le style d'écriture de grands auteurs disparus. Avec l'aide de son ami Jack Hock, elle se met à fabriquer de fausses correspondances qu'elle revend à prix d'or à des collectionneurs de Manhattan. Grisée par ce succès inattendu, elle multiplie les faux jusqu'à attirer l'attention du FBI. Inspiré d'une histoire vraie, le film retrace cette arnaque littéraire aussi cocasse que désespérée.
Le film est l'adaptation des mémoires de l'écrivaine américaine Lee Israel, Can You Ever Forgive Me?: Memoirs of a Literary Forger, publiées en 2008, dans lesquelles elle raconte elle-même comment elle a fabriqué et vendu de fausses lettres de célébrités disparues au début des années 1990. Le scénario est écrit par Nicole Holofcener et Jeff Whitty, mais c'est finalement la réalisatrice Marielle Heller, connue pour The Diary of a Teenage Girl, qui met en scène le film. Le projet a connu un développement particulièrement chaotique : initialement conçu par Nicole Holofcener elle-même comme réalisatrice, avec Julianne Moore dans le rôle principal, il change radicalement de visage à quelques jours du tournage lorsque l'actrice est écartée du projet. Holofcener quitte alors elle aussi la réalisation, jugeant avoir déjà « fait le film dans sa tête ». C'est sur les conseils de l'acteur Ben Falcone, mari de Melissa McCarthy, que celle-ci est finalement engagée pour incarner Lee Israel, une reconversion radicale pour une actrice jusqu'alors cantonnée à la comédie. David Yarnell, producteur et ami de longue date de Lee Israel, avait convaincu cette dernière de raconter son histoire avant sa mort en 2014.
La critique a été particulièrement élogieuse envers les deux interprètes principaux. Beaucoup de journalistes ont découvert avec surprise le potentiel dramatique de Melissa McCarthy, jusqu'alors identifiée à des rôles purement comiques, saluant une interprétation tout en retenue et en amertume. Richard E. Grant a lui aussi été unanimement salué pour son second rôle flamboyant et touchant. Le scénario de Nicole Holofcener et Jeff Whitty a été jugé comme l'un des points forts du film, mêlant humour noir et mélancolie avec une grande justesse. Le public a réservé un accueil favorable à ce film à la tonalité douce-amère, moins spectaculaire que la plupart des productions hollywoodiennes de la période automne-hiver. Beaucoup de spectateurs ont dit avoir découvert avec plaisir la véritable histoire de Lee Israel, méconnue avant la sortie du film. Les Faussaires de Manhattan a obtenu trois nominations aux Oscars 2019, pour Melissa McCarthy, Richard E. Grant et le scénario adapté, sans toutefois remporter de statuette. Le film a néanmoins raflé de nombreux prix de critiques régionales aux États-Unis, notamment pour Richard E. Grant, et le scénario a été récompensé par la Writers Guild of America.
Le tournage s'est déroulé à New York entre janvier et mars 2017. L'un des faits les plus marquants de la production reste son changement de réalisatrice en cours de préparation : Nicole Holofcener, qui avait initialement développé le projet pour Julianne Moore, a quitté le film après le renvoi de l'actrice, qu'elle jugeait en décalage avec sa vision du personnage. Marielle Heller a repris le projet dans l'urgence. Le casting initialement envisagé était très différent de celui vu à l'écran : Julianne Moore devait incarner Lee Israel avant d'être écartée à six jours du tournage, tandis que d'autres noms, dont Sam Rockwell, Chris O'Dowd ou Helena Bonham Carter, avaient été un temps associés au projet lors de ses premières versions.
Le film interroge la frontière entre création littéraire et falsification, en posant la question de la valeur de l'écriture lorsqu'elle sert à imiter plutôt qu'à inventer. Il dresse aussi le portrait d'une femme marginale, acariâtre et attachante, qui trouve dans l'illégalité une forme paradoxale de reconnaissance artistique que la légalité lui refusait. L'amitié improbable entre Lee et Jack, deux laissés-pour-compte new-yorkais, occupe une place centrale, tout comme la solitude et la difficulté de vieillir dans un monde littéraire impitoyable.
Après avoir été démasquée par le FBI, Lee Israel échappe à la prison grâce à une peine avec sursis et à des travaux d'intérêt général, mais son geste de défiance envers le monde de l'édition finit par se retourner en une forme de rédemption inattendue. Le film choisit de clore son récit sur une note douce-amère : Lee, désormais célèbre pour son arnaque plus que pour ses propres livres, semble enfin en paix avec elle-même, ayant accompli, par la fraude, l'reconnaissance littéraire qu'elle recherchait depuis toujours.
Le titre français, Les Faussaires de Manhattan, met l'accent sur le duo de faussaires formé par Lee Israel et Jack Hock ainsi que sur le cadre new-yorkais de leurs méfaits. Le titre original, Can You Ever Forgive Me?, reprend celui des mémoires de Lee Israel et fait directement référence aux lettres imaginaires qu'elle rédigeait au nom de célébrités disparues, où cette formule revenait comme une signature ironique de ses faux.
On peut rapprocher ce film d'autres biopics sur des personnages en marge de la légalité et du monde de l'art, comme Editor Wanted ou F pour Faux d'Orson Welles pour le thème de la falsification, ou encore de The Wife pour son portrait de femme complexe évoluant dans le milieu littéraire.