Lok est un inspecteur de police singapourien insomniaque chargé d'enquêter sur la disparition mystérieuse d'un ouvrier du bâtiment chinois travaillant sur un chantier de remblayage côtier. Au fil de ses recherches nocturnes dans les zones industrielles de la cité-État, Lok s'immerge dans le quotidien précaire de ces travailleurs immigrés invisibles. Ses nuits sans sommeil finissent par se confondre avec le parcours de l'ouvrier disparu, qui passait ses propres insomnies dans un cybercafé louche. L'enquête policière glisse alors vers un voyage mental et onirique aux frontières de la réalité urbaine.
L'inspiration est venue au réalisateur Siew Hua Yeo en observant la transformation physique constante du paysage de Singapour, littéralement agrandi sur la mer grâce au sable importé. Choqué par l'invisibilité sociale des milliers de migrants qui construisent ces structures modernes, il a passé de longs mois à fréquenter les dortoirs et les zones industrielles isolées. Son but était d'associer la structure d'un film noir classique à un commentaire social profond et poétique sur la mondialisation.
Les critiques professionnels ont encensé l'atmosphère envoûtante du film et sa photographie hypnotique aux néons vibrants. La presse internationale a salué la capacité du metteur en scène à transformer un sujet social aride en un thriller psychologique onirique fascinant. La critique a également loué la finesse de la narration qui bouscule intelligemment les repères temporels traditionnels du spectateur. Le public amateur de cinéma d'auteur exigeant a été captivé par le magnétisme visuel et la poésie mélancolique de l'œuvre. Les spectateurs ont souligné la force politique de ce récit qui donne une voix humaine à des travailleurs d'ordinaire occultés par la modernité. Sur les plateformes cinéphiles, l'esthétique nocturne et le ton mystérieux reviennent fréquemment comme les points forts de la production. Le film a connu un immense succès d'estime en festival, décrochant notamment le prestigieux Léopard d'or au Festival international du film de Locarno.
Le cinéaste s'est inspiré du genre cinématographique du film noir classique des années 1940 tout en y injectant des codes modernes liés aux jeux vidéo en ligne. Le tournage s'est déroulé dans les véritables zones de remblayage de Singapour, des espaces industriels normalement interdits au public et très surveillés. L'équipe a dû composer avec un climat tropical étouffant et des nuits de tournage éprouvantes au milieu du bruit incessant des machines lourdes. Une anecdote de plateau raconte que de véritables ouvriers immigrés ont été intégrés à la figuration, partageant leurs propres expériences avec les acteurs principaux entre les prises. Pour le casting, le choix de Peter Yu s'est imposé pour sa faculté à incarner une fatigue existentielle profonde et un détachement magnétique à l'écran.
Le long-métrage traite de l'exploitation des travailleurs migrants, de l'insomnie chronique, de l'aliénation urbaine, de l'irréalisme des mondes virtuels et de la solitude.
La fin suspendue et hypnotique voit les identités de l'inspecteur et de l'ouvrier se fondre totalement, symbolisant une communion spirituelle et humaine au-delà des barrières de classes.
Le titre évoque les espaces géographiques artificiels créés par l'homme sur l'eau, ainsi que les paysages mentaux que les personnages s'inventent pour fuir leur dure réalité.
Le film est aujourd'hui considéré comme l'une des œuvres majeures du renouveau du cinéma singapourien indépendant à l'international.