En 1932, dans la France rurale de l'entre-deux-guerres, Riton vit au bord d'un étang marécageux avec ses trois enfants turbulents issus de son second mariage, noyant régulièrement son chagrin dans le vin rouge pour tenter d'oublier sa première femme et grand amour disparue dix ans plus tôt. Son fidèle ami Garris, homme simple et poète autodidacte démobilisé après la Grande Guerre, veille sur lui depuis toujours avec une tendresse indéfectible. Autour d'eux gravite une joyeuse bande de laissés-pour-compte attachants : Amédée le rêveur passionné de lecture, Pépé la Rainette devenu riche industriel, et Tane le conducteur du petit train local. La rencontre de Garris avec la jeune Marie va bouleverser l'équilibre fragile de cette petite communauté du marais.
Les Enfants du marais est l'adaptation du roman éponyme de Georges Montforez, publié en 1958, que le scénariste et romancier Sébastien Japrisot a retravaillé pour l'écran après avoir déjà collaboré avec le réalisateur Jean Becker sur L'Été meurtrier en 1983. Fils du grand cinéaste Jacques Becker, réalisateur de Casque d'or, Jean Becker s'inscrit avec ce film dans la continuité d'un cinéma populaire et nostalgique, tourné vers une France rurale et fraternelle de l'entre-deux-guerres, loin des drames sociaux plus sombres alors en vogue dans le cinéma français de la fin des années 1990. Le réalisateur a choisi de filmer une histoire d'amitié masculine dépourvue de meurtres, d'effets spéciaux ou de poursuites automobiles, revendiquant un cinéma « à l'ancienne », renouant avec l'esprit de la qualité française des années 1950 tout en évitant l'esprit contestataire de la Nouvelle Vague. Jean Becker a rassemblé pour l'occasion un casting choral impressionnant réunissant Jacques Villeret, Jacques Gamblin, André Dussollier, Michel Serrault, Isabelle Carré et le footballeur devenu acteur Éric Cantona.
Les critiques se sont montrées vivement partagées face aux Enfants du marais, une partie saluant la tendresse et la nostalgie assumée d'un cinéma populaire renouant avec l'esprit de la qualité française, l'autre reprochant au film un académisme et une mièvrerie jugés datés face aux exigences du cinéma d'auteur contemporain. Plusieurs observateurs ont particulièrement salué la performance de Jacques Villeret, jugée l'une des plus marquantes de sa carrière, ainsi que le duo qu'il forme avec Jacques Gamblin, tous deux portés par une amitié virile et touchante rarement traitée avec autant de délicatesse au cinéma français. La prestation d'Éric Cantona, tenant l'un de ses tout premiers rôles au cinéma, a en revanche divisé la critique, certains la jugeant convaincante, d'autres excessive et proche du ridicule. Le public a réservé un accueil enthousiaste au film, qui a rencontré un important succès commercial en salles, confirmant l'attachement des spectateurs français pour ce type de cinéma populaire et nostalgique porté par des acteurs très appréciés du grand public. Les spectateurs ont particulièrement salué l'atmosphère apaisante et solaire du film, offrant une parenthèse enchantée loin des tourments du cinéma contemporain. Les Enfants du marais a obtenu cinq nominations aux César 2000, dans les catégories meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur second rôle masculin pour André Dussollier, meilleure musique originale pour Pierre Bachelet et meilleur son, sans toutefois remporter de statuette. Jacques Gamblin a en revanche été récompensé du prix du meilleur acteur au Festival du film de Cabourg 1999, et le film a également reçu le prix du public au Festival international du film de Catalogne la même année.
Sébastien Japrisot, qui avait déjà collaboré avec Jean Becker sur l'adaptation de L'Été meurtrier en 1983, a retravaillé le roman original de Georges Montforez pour en tirer le scénario du film, poursuivant ainsi une collaboration de longue date entre les deux hommes autour d'un cinéma populaire et sensible. Jacques Villeret et Éric Cantona avaient déjà tourné ensemble un an plus tôt dans le film Mookie, où Cantona interprétait déjà un champion de boxe, une continuité de collaboration qui a facilité leur retrouvaille sur le tournage des Enfants du marais. Jean Becker a expliqué avoir eu la chance de travailler avec des comédiens d'une grande présence et d'un grand talent, précisant volontiers qu'un metteur en scène ne dirige pas véritablement un acteur mais s'appuie sur sa force et son tempo naturels, une philosophie de direction d'acteurs qu'il revendique pour l'ensemble de sa filmographie.
Les Enfants du marais explore l'amitié masculine indéfectible, incarnée par la relation fusionnelle entre Riton et Garris, deux hommes que la vie a réunis par hasard mais que rien ne pourra plus séparer. Le film célèbre également une forme de vie simple et communautaire, à l'écart de la modernité industrielle naissante, incarnée par Pépé la Rainette et sa fonderie. La nostalgie d'une France rurale et insouciante de l'entre-deux-guerres, avant les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale annoncés en filigrane par le film, traverse l'ensemble du récit. Le deuil et le chagrin d'amour, incarnés par le veuvage de Riton, sont abordés avec une pudeur et une légèreté assumées, sans jamais sombrer dans le mélodrame. Le film célèbre enfin la solidarité entre marginaux et laissés-pour-compte, formant à eux tous une véritable famille de cœur.
Le film se conclut sur le départ inéluctable de Garris, contraint de quitter le marais et son fidèle ami Riton pour reprendre la route, dans la continuité de sa nature d'homme libre et itinérant établie dès le début du récit. Ce départ, bien que douloureux, s'inscrit dans la logique du personnage, dont la présence auprès de Riton n'était jamais destinée à devenir permanente malgré la profondeur de leur amitié. Le film, raconté en partie par la voix de Cri-Cri devenue âgée, se referme ainsi sur une note nostalgique et douce-amère, célébrant la beauté fugace d'une période de vie communautaire idéalisée tout en acceptant sa nature nécessairement transitoire.
Le titre Les Enfants du marais désigne l'ensemble des personnages vivant au bord de l'étang marécageux où se déroule l'essentiel du récit, une communauté informelle unie par la géographie autant que par les liens d'amitié et de solidarité qui les rattachent les uns aux autres. Ce titre évoque également une forme d'innocence et de simplicité enfantine préservée par ces adultes, malgré les épreuves traversées par chacun d'entre eux.
La musique originale du film a été composée par Pierre Bachelet, dont la partition mélancolique et solaire a été nommée au César de la meilleure musique originale en 2000, contribuant fortement à l'atmosphère nostalgique et douce-amère du film.
Les Enfants du marais demeure régulièrement rediffusé sur les chaînes de télévision françaises, où le film continue de susciter des réactions contrastées entre nostalgie affectueuse et critiques pointant son académisme assumé. Jacques Villeret, disparu en 2005, reste particulièrement associé à ce rôle parmi les plus marquants de sa carrière.
L'Été meurtrier, précédente collaboration entre Jean Becker et Sébastien Japrisot, permet de mesurer la continuité artistique entre les deux hommes malgré des registres très différents d'un film à l'autre. Jean de Florette et Manon des sources de Claude Berri, autres grandes fresques rurales françaises portées par une distribution chorale prestigieuse, partagent avec Les Enfants du marais cette même nostalgie pour la France provinciale d'antan. La Gloire de mon père et Le Château de ma mère, adaptations des souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol, offrent une résonance thématique forte avec l'atmosphère solaire et nostalgique du film de Jean Becker.