Kaboul, au début des années 1970. Amir et Hassan, deux garçons que tout sépare socialement, partagent une amitié indéfectible et la passion des cerfs-volants. Un jour de concours, un acte de lâcheté d'Amir va briser ce lien à jamais et hanter sa conscience durant des décennies. Exilé aux États-Unis après l'invasion soviétique, Amir devra retourner dans un Afghanistan livré aux talibans pour espérer se racheter.
Le film est l'adaptation du best-seller éponyme de Khaled Hosseini, publié en 2003, qui puisait dans ses propres souvenirs d'enfance à Kaboul avant l'exil de sa famille aux États-Unis. C'est le scénariste David Benioff, plus tard connu pour Game of Thrones, qui a signé l'adaptation en s'efforçant de préserver l'essence du roman malgré la nécessité de resserrer une intrigue qui s'étend sur plusieurs décennies. Le studio DreamWorks a confié la réalisation à Marc Forster, alors auréolé du succès de Neverland, séduit par sa capacité à mêler intimité et grande fresque. Le cinéaste suisse a tenu à tourner le film en persan dari plutôt qu'en anglais, un choix rare pour une production hollywoodienne, afin de préserver l'authenticité du récit. Il a par ailleurs recruté de jeunes acteurs afghans repérés au sein de la diaspora, misant sur leur vécu personnel plus que sur une expérience de comédien. Cette volonté de fidélité culturelle s'est heurtée très vite à la réalité du terrain, l'Afghanistan étant impossible à utiliser comme décor de tournage pour des raisons de sécurité.
À sa sortie, le film a été globalement salué par la critique qui a loué la mise en scène pudique de Marc Forster et la justesse des jeunes interprètes, tout en regrettant que le format cinématographique ne puisse restituer toute l'ampleur romanesque du livre. Beaucoup de commentateurs ont souligné la performance d'Homayoun Ershadi en père exigeant et l'alchimie entre les deux jeunes acteurs incarnant Amir et Hassan enfants. Le public, souvent venu voir le film après avoir lu le roman, a été partagé entre l'émotion suscitée par l'histoire et la frustration de voir certains passages du livre trop condensés. La polémique entourant la scène pivot du viol d'Hassan a également beaucoup fait parler, certains spectateurs jugeant son traitement trop elliptique quand d'autres y ont vu une preuve de retenue bienvenue. Le film a néanmoins figuré parmi les dix meilleurs films de l'année selon le National Board of Review et a reçu une nomination aux Golden Globes pour sa musique.
Marc Forster s'est beaucoup appuyé sur son propre attachement au roman de Khaled Hosseini, qu'il a lu d'une traite, pour convaincre le studio de tourner en persan dari avec des acteurs afghans plutôt que de recourir à des stars occidentales doublées. La production a dû renoncer à tourner en Afghanistan, jugé trop dangereux, et s'est finalement repliée sur la ville de Kachgar, dans l'ouest de la Chine, dont l'architecture et les paysages rappelaient Kaboul avant-guerre. Le tournage a connu une crise majeure après le tournage de la scène du viol d'Hassan : les familles des jeunes acteurs afghans ont reçu des menaces une fois le contenu du film connu localement, ce qui a contraint Paramount à retarder la sortie du film et à organiser leur relocalisation hors d'Afghanistan par mesure de sécurité. Cet épisode a suscité un vif débat sur la responsabilité des studios envers de jeunes interprètes non professionnels impliqués dans des scènes aussi sensibles.
Le film explore la culpabilité et la rédemption à travers le parcours d'un homme rattrapé par une lâcheté d'enfance. L'amitié inégale entre Amir et Hassan, marquée par la différence de classe et d'ethnie entre Pachtounes et Hazaras, irrigue tout le récit. La relation père-fils, faite d'admiration et de non-dits, occupe également une place centrale. En toile de fond, le film retrace les bouleversements de l'Afghanistan, de la monarchie à l'invasion soviétique puis à la prise de pouvoir des talibans, et interroge le déracinement de l'exil.
Devenu adulte aux États-Unis, Amir apprend que Hassan était en réalité son demi-frère et qu'il a été tué par les talibans, laissant derrière lui un fils, Sohrab, retenu par son ancien bourreau Assef. En retournant à Kaboul pour sauver l'enfant, Amir affronte enfin ses vieux démons et paie physiquement le prix de sa rédemption lors d'un combat avec Assef. La scène finale, où Amir fait voler un cerf-volant avec Sohrab en reprenant la formule « pour toi, mille fois plutôt qu'une », referme la boucle ouverte par la trahison de son enfance sans effacer la douleur de l'enfant toujours muré dans le silence.
Le titre original, The Kite Runner, désigne celui qui court après le cerf-volant vaincu lors des duels aériens, un rôle qu'endossait Hassan pour Amir avec une loyauté absolue. En français, l'expression a été conservée pour préserver cette image, qui symbolise le dévouement sacrifié de Hassan envers son ami. À la toute fin du film, c'est Amir qui devient à son tour le coureur de cerf-volant pour Sohrab, un geste qui boucle symboliquement le récit de sa rédemption.
Le retour au pouvoir des talibans en 2021 a redonné une résonance particulière au film, régulièrement rediffusé et commenté à l'aune de l'actualité afghane. Le roman de Khaled Hosseini continue par ailleurs d'être étudié dans de nombreux programmes scolaires à travers le monde, entretenant l'intérêt pour son adaptation.
Les spectateurs ayant aimé ce récit pourront se tourner vers Osama de Siddiq Barmak, premier long métrage afghan post-talibans, ou vers Les Hirondelles de Kaboul, qui dépeint également le quotidien sous le joug taliban. La Route d'Istanbul et Un cœur invaincu abordent dans un autre registre les tensions entre Occident et monde afghan ou pakistanais.