Alexandre, la cinquantaine, chômeur déclassé, doit prouver à sa femme partie en mission qu'il est capable de s'occuper de leurs deux jeunes enfants et de retrouver un emploi stable. Il est embauché à l'essai chez The Box, une start-up branchée qui prône le bonheur au travail mais applique une règle stricte : aucun enfant ne doit interférer avec la vie professionnelle de ses salariés. Contraint de cacher l'existence de ses enfants à sa redoutable supérieure Séverine, Alexandre multiplie les stratagèmes, aidé par Arcimboldo, un touche-à-tout ubérisé qui vit de petits boulots. Entre quiproquos et rencontres inattendues, cette comédie de mœurs observe avec tendresse les paradoxes du monde du travail contemporain.
Bruno Podalydès a conçu Les 2 Alfred comme une comédie de mœurs contemporaine, s'attaquant avec malice au jargon anglicisé et à la novlangue managériale des start-up. L'idée du film est née d'une envie de confronter deux mondes que tout oppose : celui d'un père un peu dépassé par la modernité et celui d'une entreprise obsédée par la performance et l'image du bonheur au travail. Le cinéaste, connu pour son goût des personnages loufoques et attachants, a coécrit le scénario avec son frère Denis Podalydès, qui interprète également le rôle principal. Le titre du film vient de deux peluches en forme de singes jumeaux, doudous indissociables des enfants d'Alexandre, qui deviennent le fil rouge burlesque du récit. Bruno Podalydès a voulu mêler la fantaisie visuelle qui caractérise son cinéma à une critique sociale plus mordante sur l'ubérisation et la précarisation du travail. Le film a été sélectionné au Festival du cinéma américain de Deauville en 2020 avant de connaître une sortie retardée en salles en raison du contexte sanitaire.
La critique française a globalement salué le trio d'acteurs, en particulier la complicité entre Sandrine Kiberlain et les frères Podalydès, ainsi que la fantaisie propre au cinéma de Bruno Podalydès. Plusieurs observateurs ont souligné la pertinence de la satire du monde de l'entreprise et de son vocabulaire anglicisé, jugée à la fois drôle et bien observée. Certains ont toutefois regretté un scénario parfois trop sage, qui n'exploite pas pleinement le potentiel satirique de son sujet. Le public a réservé un accueil modéré au film à sa sortie, freiné par un contexte de reprise post-confinement encore fragile pour les salles de cinéma. Les spectateurs ont néanmoins apprécié la tonalité douce-amère du récit et son message optimiste sur la reconstruction personnelle et familiale. Le bouche-à-oreille est resté limité, le film n'ayant pas rencontré le succès public de certaines comédies françaises de la même période. Les 2 Alfred n'a pas été distingué par de récompense majeure, mais la performance du trio d'acteurs a été régulièrement citée dans les bilans critiques de l'année comme l'un des points forts du film.
Bruno Podalydès s'est inspiré des mutations du monde du travail, de la multiplication des emplois précaires et du jargon des start-up pour construire son intrigue, cherchant à en tirer une comédie sociale plutôt qu'un simple pamphlet. Le cinéaste souhaitait aussi explorer, à travers le duo de doudous nommés Alfred, la fragilité et la tendresse propres à l'enfance, en contraste avec la dureté du monde adulte qu'il dépeint. Le tournage a nécessité de recréer l'univers très codifié d'une start-up, avec ses open spaces colorés et son langage managérial omniprésent, pour appuyer la dimension satirique du récit. Denis et Bruno Podalydès, habitués à travailler ensemble depuis de nombreux films, ont pu s'appuyer sur une complicité artistique rodée pour improviser certains dialogues sur le plateau. Les scènes impliquant les deux jeunes enfants d'Alexandre et leurs peluches ont demandé une attention particulière, l'équipe cherchant à préserver la spontanéité des jeunes acteurs tout en respectant la précision de mise en scène propre au style de Bruno Podalydès.
Le film aborde avec humour l'ubérisation du travail et la précarisation croissante de l'emploi, incarnées par le personnage d'Arcimboldo, entrepreneur de lui-même contraint de cumuler les petits boulots. Il questionne également la déshumanisation du monde de l'entreprise, à travers une satire du langage managérial et des injonctions paradoxales du bonheur au travail imposé. La paternité et la reconstruction personnelle occupent une place centrale, Alexandre devant réapprendre à s'occuper seul de ses enfants pour sauver son couple. Le film explore aussi la confrontation générationnelle entre un homme dépassé par la modernité numérique et un monde professionnel obsédé par la performance. Enfin, il célèbre la solidarité et l'entraide entre des personnages marginaux, unis par leur difficulté commune à trouver leur place dans une société en mutation rapide.
Le film se conclut sur une note résolument optimiste, Alexandre parvenant à concilier vie professionnelle et responsabilités familiales, tout en gagnant le respect de Séverine, sa supérieure d'abord intraitable. Cette issue heureuse illustre le message porté par Bruno Podalydès, celui d'une possible réconciliation entre exigences professionnelles et vie de famille, à condition de faire preuve d'authenticité. La transformation de Séverine, qui finit par assouplir sa position sur la présence des enfants, symbolise une critique douce mais ferme des dogmes rigides de l'entreprise moderne. La fin réunit également Alexandre et sa femme, validant la thèse du film selon laquelle la sincérité et la débrouillardise finissent par triompher des contraintes sociales les plus absurdes.
Le titre fait référence aux deux peluches en forme de singes jumeaux appartenant aux enfants d'Alexandre, toutes deux baptisées Alfred, qui accompagnent le personnage principal tout au long de ses péripéties. Ces doudous inséparables deviennent une métaphore de l'attachement, de l'enfance et de la difficulté à se séparer de ce qui nous est cher, qu'il s'agisse d'objets ou de repères familiaux. Le choix d'un titre aussi enfantin, presque absurde, pour une comédie qui traite du monde du travail crée un décalage volontaire, caractéristique de l'humour de Bruno Podalydès. Il annonce également la tonalité tendre et fantaisiste du film, qui aborde des sujets sérieux avec légèreté et un regard résolument bienveillant sur ses personnages.
Depuis la sortie du film, Bruno Podalydès a poursuivi son travail de réalisateur avec plusieurs projets personnels, tandis que Sandrine Kiberlain a continué une carrière remarquée, aussi bien devant que derrière la caméra.
Retour chez ma mère d'Eric Lavaine, Adieu les cons d'Albert Dupontel, Playmobil, histoire secrète et Liberté-Oléron de Bruno Podalydès.