Ben Shockley, inspecteur de police alcoolique de Phoenix connu pour mener ses missions jusqu'au bout malgré son manque flagrant d'ambition, se voit confier une tâche en apparence anodine par son supérieur : escorter depuis Las Vegas un témoin clé devant comparaître dans un procès important. Ce témoin, Augustina « Gus » Mally, se révèle être une prostituée aussi combative que méfiante, convaincue que la mafia et des policiers corrompus feront tout pour l'empêcher de témoigner. Ce que Shockley prend d'abord pour de la paranoïa se confirme rapidement : leur simple mission d'escorte se transforme en une traversée du pays semée d'embuscades, de fusillades et de trahisons.
L'Épreuve de force est le sixième long métrage réalisé par Clint Eastwood, qui l'a conçu consciemment comme un contrepoint à son personnage le plus emblématique, l'inspecteur Harry Callahan, en lui opposant cette fois un policier alcoolique, médiocre et perpétuellement dépassé par les événements. Le scénario, écrit par Michael Butler et Dennis Shryack, propose un buddy movie inversant les rapports de force traditionnels du genre policier, la prostituée escortée se révélant finalement plus fine, plus sensible et plus lucide que le policier chargé de la protéger. Sondra Locke, compagne d'Eastwood à l'époque, tournait ici son deuxième film avec lui après Josey Wales hors-la-loi, entamant une collaboration artistique et personnelle qui se prolongera sur plusieurs films au tournant des années 1980. Le tournage s'est déroulé principalement à Phoenix et à Las Vegas, la scène finale ayant mobilisé de véritables policiers d'active et de réserve de la police de Phoenix, avec plus de huit mille munitions utilisées pour les fusillades spectaculaires dans les rues de la ville.
L'Épreuve de force a reçu des critiques partagées lors de sa sortie, certains observateurs saluant l'inversion habile des codes du film policier et la performance de Sondra Locke, dont le personnage transcende selon eux les attentes initiales du récit, d'autres jugeant le scénario excessif et les rebondissements peu crédibles. Plusieurs critiques ont souligné la mise en scène efficace de Clint Eastwood, filmant à la serpe dans la tradition de son mentor Don Siegel, ainsi que le climax spectaculaire de la fusillade du bus, devenu une scène culte de la filmographie du réalisateur. D'autres ont regretté un ton parfois trop outrancier, à la limite du théâtre de l'absurde, pour un film se voulant par ailleurs assez sérieux dans son propos. Le public a réservé un accueil très favorable au film, qui est devenu l'un des grands succès au box-office de l'année 1977, générant plus de vingt-six millions de dollars de recettes aux États-Unis. En France, le film a également rencontré un beau succès, attirant près de six cent mille spectateurs en salles. Les amateurs de films d'action des années 1970 ont particulièrement apprécié le mélange d'humour noir et de spectaculaire propre au film. L'Épreuve de force n'a pas été distingué par une récompense majeure lors de sa sortie, restant avant tout un succès commercial populaire plutôt qu'une œuvre saluée par les jurys de festivals ou les cérémonies de récompenses.
Clint Eastwood a délibérément construit L'Épreuve de force comme un anti-Inspecteur Harry, endossant le costume d'un policier raté, alcoolique et dépassé par les événements, à rebours de l'image de flic implacable et efficace qui avait fait sa notoriété dans la franchise Dirty Harry quelques années plus tôt. La scène finale, où un bus criblé de balles traverse les rues de Phoenix cerné par des centaines de policiers armés, a mobilisé de véritables agents d'active et de réserve de la police locale, avec plus de huit mille munitions utilisées pour les besoins de cette fusillade spectaculaire, l'une des plus mémorables de la carrière de Clint Eastwood en tant que réalisateur. L'affiche originale du film a été réalisée par le peintre Frank Frazetta, spécialiste des illustrations de science-fiction et d'heroic fantasy, qui représente Eastwood tout en muscles protégeant sa partenaire dans une posture chevaleresque, devenue depuis un visuel emblématique associé au film.
L'Épreuve de force explore la corruption institutionnelle, à travers un système policier prêt à sacrifier un témoin gênant et deux de ses propres agents plutôt que de voir éclater un scandale compromettant. Le film interroge également l'inversion des rapports de pouvoir traditionnels entre un policier et une prostituée, cette dernière se révélant progressivement plus lucide, plus courageuse et plus stratège que celui censé la protéger. La rédemption personnelle d'un homme au bord de la déchéance, retrouvant un sens à son existence à travers une mission qui le dépasse, traverse également le récit. Le film aborde enfin, sur le mode du buddy movie, la naissance d'une confiance et d'un respect mutuel entre deux personnages que tout semblait opposer au départ.
Le film se conclut sur la traversée finale du bus blindé de fortune à travers les rues de Phoenix, cerné par des centaines de policiers armés déployés par le commissaire corrompu Blakelock pour éliminer définitivement Shockley et Gus Mally avant qu'ils ne puissent témoigner. Contre toute attente, le duo parvient à survivre à ce déluge de balles grâce à l'improvisation de blindages de fortune, atteignant finalement les marches de l'hôtel de ville où se déroule le procès. Cette arrivée publique, sous les yeux de nombreux témoins, empêche toute tentative supplémentaire d'élimination et permet à Gus Mally de livrer son témoignage, faisant ainsi éclater au grand jour la corruption qui gangrenait la police de Phoenix. Le dénouement souligne la victoire de la persévérance et de l'intégrité individuelle face à un système institutionnel corrompu jusqu'à son sommet.
Le titre original, The Gauntlet, fait référence à un ancien châtiment pratiqué dans les collèges anglais où un nouvel élève devait traverser une haie formée par ses camarades qui le frappaient à coups de bâton sur son passage. Cette référence trouve un écho direct dans la scène finale du film, où le bus de Shockley et Mally doit littéralement traverser les rues de Phoenix sous le feu croisé de centaines de policiers postés de chaque côté de la route. Le titre français, L'Épreuve de force, traduit plus directement cette idée de confrontation physique et d'épreuve à surmonter coûte que coûte.
Un projet de remake de L'Épreuve de force, porté par Tom Cruise et le réalisateur Christopher McQuarrie, a été régulièrement évoqué dans la presse spécialisée ces dernières années, sans qu'une date de production officielle n'ait encore été confirmée. Le film original demeure aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs films d'action de la carrière de Clint Eastwood en tant que réalisateur.
L'Inspecteur Harry, premier volet de la franchise policière qui a fait la notoriété de Clint Eastwood, permet de mesurer le contrepoint volontairement construit par le réalisateur avec le personnage plus vulnérable de Ben Shockley. La Horde sauvage de Sam Peckinpah, dont la scène finale rappelle par certains aspects celle de L'Épreuve de force, partage avec le film d'Eastwood ce goût pour les fusillades spectaculaires et chorégraphiées. Un flic de Jean-Pierre Melville, autre exploration du personnage de policier désabusé confronté à la corruption institutionnelle, offre un éclairage complémentaire sur ces thématiques dans le cinéma policier de la même époque.