Dimanche, 12 juillet 2026
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L’ennemi public n°1

L’ennemi public n°1

1954 France, Italie
Synopsis

Joe Calvet, Américain moyen affligé d'une myopie redoutable, commet l'erreur fatale d'endosser par mégarde, à la sortie d'un cinéma, le pardessus d'un dangereux tueur surnommé Slim. Arrêté peu après en pleine confusion, il est aussitôt pris pour le criminel le plus recherché du pays et jeté en prison. Lola, une femme rattachée à la pègre locale, décide alors de faire croire à ses complices que ce benêt myope n'est autre que leur mystérieux chef, jamais vu jusqu'ici. Entraîné malgré lui dans les rouages du grand banditisme, Joe va devoir déployer des trésors d'ingéniosité pour se sortir de ce quiproquo aussi rocambolesque que dangereux.

Genèse du film

L'Ennemi public n°1 s'inscrit dans la longue collaboration entre le réalisateur Henri Verneuil et Fernandel, qui avaient déjà tourné ensemble plusieurs comédies populaires au début des années 1950. Le scénario original est signé Max Favalelli, tandis que les dialogues savoureux, immédiatement reconnaissables à leur verve, ont été confiés à Michel Audiard, qui collabore ici pour la toute première fois avec Henri Verneuil, amorçant ainsi une association qui se prolongera sur près d'une dizaine de films au fil des décennies suivantes. Le film s'inspire librement des codes du cinéma de gangsters hollywoodien, alors très populaire, pour en proposer une relecture satirique et comique, en plein contexte de la guerre froide et de la chasse aux sorcières américaine du début des années 1950. Une partie du tournage a été réalisée en extérieurs à New York, une entreprise ambitieuse pour une comédie française de cette époque, permettant d'offrir aux spectateurs un dépaysement inhabituel tout en tournant en dérision, avec tendresse, certains travers de la société américaine observés depuis la France.

Critiques et réception

Les critiques de l'époque ont salué L'Ennemi public n°1 comme une comédie efficace et divertissante, portée par la verve des dialogues de Michel Audiard et par la présence toujours populaire de Fernandel, dont le jeu tout en naïveté attendrissante convenait parfaitement à ce personnage de myope embarqué malgré lui dans une histoire de gangsters. Plusieurs observateurs ont souligné le caractère prémonitoire et satirique du regard porté sur la société américaine, entre culte de l'argent, de la publicité et des médias, jugé étonnamment clairvoyant pour une simple comédie populaire de l'époque. D'autres ont noté que le film s'inscrivait dans une veine assez classique du cinéma de genre policier détourné sur le mode comique, sans forcément renouveler profondément la formule. Le public français a réservé un accueil très favorable au film, confirmant une nouvelle fois la popularité massive de Fernandel auprès des spectateurs de l'après-guerre. La présence de Zsa Zsa Gabor dans le rôle de Lola a également contribué à l'attrait international du film, la comédienne hongroise jouissant déjà d'une certaine notoriété auprès du public européen. Le film a confirmé la place d'Henri Verneuil comme l'un des réalisateurs les plus prisés du cinéma populaire français de cette période. L'Ennemi public n°1 n'a pas été distingué par une récompense notable lors de sa sortie, restant avant tout un succès commercial populaire plutôt qu'une œuvre saluée par les jurys de festivals.

Anecdotes de tournage

L'Ennemi public n°1 marque la toute première collaboration entre le réalisateur Henri Verneuil et le dialoguiste Michel Audiard, un tandem qui se retrouvera par la suite sur huit autres films au fil des décennies suivantes, dont La Française et l'amour, Un singe en hiver ou encore Mélodie en sous-sol, faisant de cette rencontre initiale le point de départ d'une des plus fameuses associations du cinéma populaire français. Une partie du tournage s'est déroulée en extérieurs à New York, un choix de production ambitieux pour une comédie française du début des années 1950, permettant de tourner de véritables panoramas de la ville dans un souci de dépaysement et d'authenticité inhabituel pour ce type de production de l'époque. Fernandel retrouvait ici Henri Verneuil pour la troisième fois de leur collaboration, après Le Boulanger de Valorgue et Le Fruit défendu, tous deux sortis en 1952, confirmant l'alchimie déjà établie entre l'acteur et le réalisateur au fil de leurs films communs.

Thèmes abordés

L'Ennemi public n°1 explore avec un humour bon enfant le thème du quiproquo et de l'identité usurpée, un homme parfaitement innocent se retrouvant malgré lui investi d'une réputation criminelle qui ne lui correspond en rien. Le film propose également une satire tendre de la société américaine de l'époque, tournant en dérision le culte de l'argent, de la publicité et des médias à travers le regard naïf de son personnage principal. La paranoïa ambiante de la chasse aux sorcières et du maccarthysme, alors à son apogée aux États-Unis, transparaît en filigrane à travers l'intrigue policière du film. La solidarité inattendue et la capacité de rédemption de personnages a priori marginaux traversent enfin le récit, notamment à travers l'évolution du personnage de Lola.

Signification du titre

Le titre L'Ennemi public n°1 reprend l'expression consacrée par la presse et les autorités américaines pour désigner le criminel le plus recherché du pays, ici attribuée par erreur au personnage totalement innocent de Joe Calvet en raison d'un simple malentendu vestimentaire. Ce titre, qui joue sur le décalage entre la gravité de l'expression et l'innocuité réelle du personnage principal, annonce d'emblée la dimension comique et satirique du film.

Actualités

L'Ennemi public n°1 demeure aujourd'hui principalement connu comme le point de départ de la longue collaboration entre Henri Verneuil et Michel Audiard, association qui allait durablement marquer le cinéma populaire français des décennies suivantes. Le film a fait l'objet d'une édition en DVD chez Gaumont Découverte en 2020, permettant sa redécouverte par un public plus large.

Films Similaires

Le Mouton à cinq pattes, autre comédie réunissant Fernandel et Henri Verneuil quelques années plus tard, permet de mesurer la continuité de leur collaboration fructueuse au fil des années 1950. La Cité sans voiles, film noir américain sur le thème du gangstérisme urbain, offre un contrepoint plus sérieux au traitement comique adopté par Verneuil pour son propre film de gangsters. Un singe en hiver, autre grande réussite de la collaboration entre Verneuil et Audiard bien que dans un registre plus dramatique, illustre l'évolution ultérieure de ce duo créatif emblématique du cinéma français.