Dimanche, 12 juillet 2026
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L’emmerdeur

L’emmerdeur

1973 France, Italie
Synopsis

Ralf Milan, tueur à gages aguerri, s'installe dans une chambre d'hôtel de Montpellier d'où il doit abattre un témoin gênant depuis la fenêtre donnant sur le palais de justice. Son plan méthodique est bouleversé par François Pignon, son voisin de chambre, représentant en chemises abandonné par sa femme et bien décidé à mettre fin à ses jours. Pour éviter que l'intervention de la police ne compromette son contrat, Milan se voit contraint de veiller sur ce suicidaire aussi maladroit qu'increvable. Ce duo improbable donne naissance à une cascade de situations aussi cocasses que désastreuses.

Genèse du film

Le film adapte la pièce de théâtre Le Contrat, écrite par Francis Veber en 1970 et jouée avec succès à Paris avant d'être portée à l'écran par le réalisateur Édouard Molinaro. Veber y développe pour la première fois le personnage de François Pignon, figure du looser attachant et increvable qui deviendra par la suite l'un des personnages les plus récurrents de toute sa filmographie. L'idée originale du scénario repose sur un dispositif quasi théâtral, celui de deux chambres d'hôtel contiguës, qui permet de faire cohabiter un tueur professionnel et un suicidaire malgré eux. Bourvil devait initialement incarner Pignon, mais sa mort prématurée en 1970 conduit les producteurs à se tourner vers Jacques Brel, alors davantage connu comme chanteur que comme acteur de cinéma. Le film marque ainsi la première apparition à l'écran du personnage de Pignon, qui sera ensuite repris par de nombreux autres comédiens dans les films suivants écrits par Veber.

Critiques et réception

Le film rencontre un très large succès critique et public dès sa sortie, salué pour l'efficacité redoutable de son écriture et pour l'alchimie inattendue entre Lino Ventura et Jacques Brel. Les observateurs de l'époque soulignent en particulier la performance de Brel, dont c'est là l'une des dernières apparitions à l'écran avant sa mort en 1978, jugée à la fois comique et profondément touchante. Le public plébiscite massivement le film, qui totalise plus de trois millions d'entrées en France et devient l'un des grands classiques de la comédie française des années 1970. Sa diffusion télévisée ultérieure confirme cet engouement populaire, avec plusieurs records d'audience lors de ses rediffusions sur les chaînes nationales dans les décennies suivantes.

Anecdotes de tournage

Francis Veber avait initialement pensé le rôle de Pignon pour Bourvil, avec qui il avait déjà collaboré, mais la disparition de l'acteur en 1970 contraint la production à se tourner vers Jacques Brel, alors en pleine reconversion cinématographique après avoir mis un terme à sa carrière de chanteur. Le tournage se déroule en grande partie à Montpellier, notamment dans un immeuble transformé en décor d'hôtel donnant sur le véritable palais de justice de la ville. Le réalisateur Édouard Molinaro s'accorde lui-même une brève apparition à l'écran, dans le rôle du barman du café où débute le film, clin d'œil discret à sa double casquette de metteur en scène et de comédien occasionnel. Ce film constitue par ailleurs l'avant-dernier tourné par Jacques Brel avant sa mort, ce qui confère rétrospectivement à sa performance une dimension particulièrement émouvante pour les spectateurs.

Thèmes abordés

Le film explore avec humour la rencontre improbable entre deux solitudes masculines que tout semble opposer, le tueur froid et méthodique et le suicidaire pathétique et loquace. Il questionne également, sous couvert de comédie, la fragilité du couple et les ravages du chagrin d'amour, thème central du désespoir de Pignon abandonné par sa femme. La critique sociale de la représentation commerciale, incarnée par le personnage de Pignon vendeur de chemises, affleure aussi en filigrane du récit. Enfin, le film s'amuse du contraste entre l'efficacité glaciale du monde du crime organisé et la maladresse chronique du citoyen ordinaire, source inépuisable de gags.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Empêtré malgré lui dans les déboires sentimentaux de son voisin, Ralf Milan voit sa mission d'assassinat totalement compromise par les multiples catastrophes provoquées par Pignon, qui finit par attirer l'attention de la police sur leur étage d'hôtel. Le film se conclut sur l'échec du contrat de Milan, contraint d'abandonner sa cible sous la pression des événements, tandis que Pignon, sans même s'en rendre compte, a par ses maladresses sauvé la vie du témoin visé. Cette fin en forme de pied de nez souligne l'absurdité comique du sort, qui transforme le pire boulet imaginable en improbable sauveur. Le duo se sépare finalement sur un ton bon enfant, laissant deviner une forme d'attachement paradoxal né de cette nuit chaotique.

Signification du titre

Le titre L'Emmerdeur désigne directement le personnage de François Pignon, dont l'entêtement malgré lui à s'immiscer dans la vie du tueur à gages devient la source de tous les rebondissements du film. Ce terme familier, à la fois affectueux et exaspéré, résume parfaitement le rapport ambivalent qu'entretient Milan avec son encombrant voisin, tour à tour agacé et malgré lui touché par sa détresse. Le titre est devenu depuis une expression courante du langage populaire français pour désigner toute personne importune mais insistante.

Actualités

Francis Veber a lui-même réalisé en 2008 un remake du film, avec Patrick Timsit et Richard Berry dans les rôles principaux, un projet moins bien accueilli que l'original mais qui témoigne de l'attachement de l'auteur à cette histoire.

Films Similaires

Les amateurs de ce film apprécieront également Les Compères et Les Fugitifs, deux autres comédies écrites par Francis Veber mettant en scène un duo improbable, ainsi que Le Dîner de cons, qui reprend le même art du quiproquo hilarant.