À Katmandou, le photoreporter japonais Fukamachi, spécialiste des clichés de haute montagne, se fait accoster un soir dans un bar par un inconnu cherchant à lui vendre un vieil appareil photo qui aurait appartenu à George Mallory, alpiniste britannique disparu en 1924 lors d'une tentative d'ascension de l'Everest. Alors qu'il vient de congédier l'homme, Fukamachi le retrouve peu après malmené dans une ruelle par un individu qui s'empare de l'appareil photo convoité. C'est à cette occasion que Fukamachi croit reconnaître Habu Jôji, un ancien espoir de l'alpinisme japonais que l'on pensait disparu depuis des années. Cette rencontre va entraîner le journaliste dans le monde obsessionnel des alpinistes dévorés par la passion de la conquête, l'attirant peu à peu lui aussi vers les sommets les plus dangereux du globe.
Le Sommet des dieux est l'adaptation du manga éponyme en cinq tomes de Jirō Taniguchi, lui-même inspiré du roman de Baku Yumemakura. Le réalisateur Patrick Imbert, qui avait auparavant supervisé l'animation de plusieurs longs-métrages avant de réaliser Le Grand Méchant Renard et autres contes avec Benjamin Renner, signe ici son premier long-métrage en solo. Pour adapter cinq volumes de manga en un seul long-métrage, Imbert explique être revenu à une question simple: quelle était l'intention originelle de Yumemakura? Il a alors identifié le fil conducteur central de l'œuvre, celui du lien qui unit les deux personnages principaux, Habu et Fukamachi, comme l'axe évident autour duquel construire l'adaptation. Le film s'inscrit également dans le sillage d'une histoire vraie fascinante: celle de George Mallory et Andrew Irvine, deux alpinistes britanniques disparus en juin 1924 lors de leur tentative d'ascension de l'Everest, dont le corps de Mallory n'a été retrouvé qu'en 1999, sans que son appareil photo Kodak Vest Pocket ne soit jamais localisé. Le mystère de savoir si ces deux hommes ont pu atteindre le sommet avant leur mort, près de trente ans avant l'ascension officielle d'Edmund Hillary, constitue le point de départ narratif du récit imaginé par Yumemakura.
La critique française a salué avec enthousiasme la fidélité respectueuse de Patrick Imbert à l'œuvre de Jirō Taniguchi, retrouvant dans le film le souffle épique, la précision graphique et la manière presque cosmique dont la nature est représentée dans le manga original. Plusieurs observateurs ont particulièrement apprécié la fluidité remarquable de l'animation et la qualité du travail sonore, contribuant grandement à l'immersion du spectateur dans les paysages montagneux du film. Certains critiques ont toutefois noté que cette fidélité à l'œuvre originale limitait parfois l'appropriation personnelle du matériau par le réalisateur. Le public s'est montré très enthousiaste, saluant la beauté visuelle saisissante du film et sa capacité à retranscrire la dimension métaphysique de la passion de l'alpinisme et du dépassement de soi. Le Sommet des dieux a remporté le César du meilleur film d'animation lors de la cérémonie des César 2022, confirmant la reconnaissance de la profession envers ce premier long-métrage solo de Patrick Imbert. Le film a également été présenté en sélection officielle, dans la section Cinéma de la Plage, au Festival de Cannes 2021.
Patrick Imbert s'est inspiré de l'histoire vraie de George Mallory et Andrew Irvine, deux alpinistes britanniques disparus en 1924 lors d'une tentative d'ascension de l'Everest, dont le mystère de la réussite ou de l'échec de leur expédition constitue le point de départ narratif du film. Pour adapter les cinq tomes du manga original de Jirō Taniguchi en un seul long-métrage, Patrick Imbert a dû opérer d'importants choix de resserrement narratif, se concentrant sur le lien central unissant les deux personnages principaux du récit. L'assistanat animation, la mise en couleur et le compositing du film ont été réalisés par le studio français Les Astronautes, installé à La Cartoucherie, dans la Drôme, une collaboration technique importante pour cette production franco-luxembourgeoise.
Le Sommet des dieux explore le besoin humain irrépressible et obsessionnel de dépassement de soi, incarné par des alpinistes prêts à risquer leur vie pour atteindre des sommets toujours plus inaccessibles. Le film interroge également la solitude et l'incompréhension sociale qui entourent souvent les personnalités les plus entières et les plus passionnées, à l'image du personnage de Habu, admiré pour ses exploits mais peu aimé pour son caractère intransigeant. La quête de vérité à travers l'enquête journalistique traverse tout le récit, Fukamachi cherchant obstinément à percer le mystère entourant la disparition de Mallory et le destin de Habu. Le long-métrage aborde enfin la culpabilité et le poids du regard des autres, notamment à travers l'accident ayant coûté la vie au jeune compagnon de cordée de Habu.
Le film se conclut sur la résolution progressive du mystère entourant l'appareil photo de Mallory, tout en laissant planer une part d'ambiguïté sur la question de savoir si l'alpiniste britannique a véritablement atteint le sommet de l'Everest avant sa mort en 1924. Habu, dont le destin s'entremêle étroitement à cette quête tout au long du récit, trouve dans cette ultime ascension une forme d'accomplissement personnel qui transcende la simple question de la performance sportive. Fukamachi, quant à lui, achève son enquête journalistique en ayant lui-même été transformé par sa proximité avec le monde de l'alpinisme extrême, affrontant à son tour ses propres limites et ses propres démons intérieurs. Le dénouement célèbre ainsi moins la résolution factuelle du mystère historique que la dimension existentielle et quasi spirituelle de la quête humaine vers les sommets.
Le titre Le Sommet des dieux évoque la dimension quasi sacrée et inaccessible que représentent les plus hauts sommets himalayens pour les alpinistes qui y consacrent leur existence entière, allant jusqu'à y risquer leur vie. Ce titre suggère que ces montagnes, en particulier l'Everest, constituent une sorte de territoire divin réservé aux êtres capables du plus grand dépassement de soi, une frontière entre le monde des hommes et celui d'une transcendance presque mystique. Il souligne également la dimension métaphysique du récit, qui interroge le besoin humain de repousser sans cesse les limites du possible pour atteindre des lieux que l'on pourrait presque qualifier de célestes.
Le Sommet des dieux continue d'être régulièrement cité comme une référence de l'animation française contemporaine, confirmant l'ambition croissante du secteur à s'attaquer à des œuvres graphiques et narratives exigeantes destinées à un public adulte.
Les amateurs de ce type de récit d'aventure et d'alpinisme pourront se tourner vers J'ai perdu mon corps pour retrouver l'esthétique éthérée propre à l'animation française contemporaine, ou vers Everest pour son évocation similaire des dangers extrêmes de l'ascension himalayenne.