Djibi est le père le plus dévoué du monde — du moins c'est ce qu'il croit. Chaque soir, il invente pour sa fille Sofia une histoire épique dans laquelle il est le prince protecteur qui la sauve des monstres. Mais Sofia grandit, et quand Djibi rencontre Chloé, la nouvelle petite amie que sa fille lui présente, il comprend que sa place dans le monde imaginaire de Sofia est menacée. Coincé entre la réalité d'une fille qui s'émancipe et le monde merveilleux qu'il s'est construit avec elle, Djibi va devoir apprendre l'une des leçons les plus difficiles de la paternité : laisser partir.
Le Prince oublié est réalisé par Michel Hazanavicius, oscarisé pour The Artist (2011), qui retrouve ici son actrice Bérénice Bejo dans leur premier film ensemble depuis ce succès mondial. Le film naît d'une réflexion personnelle du réalisateur sur la paternité et la façon dont une fille grandit et s'éloigne de son père. Le scénario joue sur la frontière entre le monde réel et le monde imaginaire des contes : chaque nuit, Djibi raconte à Sofia une histoire héroïque dont il est le héros — et ces séquences fantastiques sont littéralement jouées sur l'écran. Cette structure narrative originale — alternant entre la comédie réaliste contemporaine et le film d'aventure fantastique — donne au film son charme particulier et sa dimension poétique.
Résumé des critiques professionnelles : Le Prince oublié a reçu un accueil critique mitigé, certains trouvant que le film ne tient pas toutes ses promesses formelles et que les séquences fantastiques peinent à se fondre naturellement avec la trame réaliste. La relation entre Omar Sy et la jeune actrice incarnant Sofia a néanmoins été saluée pour sa chaleur et son authenticité.
Réception du public : La sortie du film a été perturbée par la pandémie de Covid-19 et les fermetures de salles en France début 2020. Malgré ce contexte difficile, le film a trouvé son public via les plateformes de streaming, notamment auprès des familles qui se reconnaissaient dans la dynamique père-fille décrite.
Inspirations du réalisateur : Michel Hazanavicius s'est inspiré des contes qu'il inventait pour ses propres enfants, et de la question universelle que tout parent se pose : à quel moment faut-il accepter que l'enfant n'ait plus besoin du même type de protection ?
Difficultés de production : Le film a dû gérer la mise en scène de deux univers très différents — le Paris contemporain et les décors de conte médiéval fantastique — avec les contraintes budgétaires d'une production française, ce qui a représenté un défi technique considérable.
Le Prince oublié est avant tout un film sur la paternité et le lâcher-prise. La difficulté pour un père d'accepter que sa fille grandit et n'a plus besoin de la même protection est au cœur du récit. Le film explore aussi le pouvoir des histoires et de l'imaginaire comme espace de relation privilégié entre un père et son enfant. La jalousie paternelle — non sexuelle, mais affective — face à l'arrivée de personnages qui «volent» la place du père dans l'affection de la fille est traitée avec humour. Enfin, le film questionne l'idée d'héroïsme quotidien : être un bon père est peut-être le rôle le plus difficile qui soit.
La fin du film voit Djibi accepter que Sofia soit une jeune femme capable de tracer sa propre voie, sans avoir besoin de lui comme prince protecteur. Cette résolution est mélancolique mais libératrice : le «prince oublié» est finalement celui qui disparaît des histoires parce que Sofia n'en a plus besoin — mais elle ne l'oublie pas pour autant. C'est la définition du succès d'un père.
Le Prince oublié désigne Djibi lui-même — ce prince héroïque des contes nocturnes qui se retrouve progressivement mis de côté par une fille qui grandit. Le titre porte une double nostalgie : celle du père qui voit son rôle changer, et celle de l'enfance elle-même, de cette période bénie où les pères sont des géants invincibles. «Oublié» ne signifie pas abandonné — mais remplacé dans les priorités par la vie qui avance.
Le Prince oublié reste un film attachant dans la filmographie de Michel Hazanavicius, même s'il n'a pas retrouvé le rayonnement international de The Artist. Omar Sy, depuis couronné par le succès mondial de la série Lupin, continue d'être l'un des acteurs français les plus populaires à l'international. Disponible en streaming.
Le Prince oublié rappelle des films sur la paternité comme Intouchables (2011) pour la relation affective entre Omar Sy et ses personnages. Côté fantastique mêlé au réel, Guillermo Del Toro avec Le Labyrinthe de Pan (2006) ou L'Étrange Magic (2015) jouent sur des registres proches. Freaky Friday ou Les Vacances de Monsieur Hulot explorent aussi la relation parent-enfant avec poésie. En France, Daddy ou Maman (2015) ou Mon oncle de Tati traitent de la même façon tendre les adultes qui peinent à grandir.