Dimanche, 12 juillet 2026
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Le Huitième jour

Le Huitième jour

1996 Belgique, France, Royaume-Uni
Synopsis

Harry, cadre commercial surmené et divorcé qui traverse une crise existentielle profonde, croise le chemin de Georges, un homme atteint de trisomie 21 qui s'est enfui d'un foyer spécialisé pour retrouver sa mère. Leur rencontre improbable sur le bord d'une route va donner naissance à une amitié transformatrice, dans laquelle c'est finalement Georges — avec sa capacité inépuisable au bonheur et à l'émerveillement — qui va apprendre à Harry l'essentiel sur ce que signifie vivre vraiment. Un film d'une beauté et d'une générosité rares, couronné à Cannes.

Genèse du film

Le Huitième jour est né de la longue fréquentation par Jaco van Dormael des personnes atteintes de trisomie 21, qu'il avait rencontrées lors de son travail précédent avec des associations et qui l'avaient profondément bouleversé par leur rapport direct et sans filtre à l'existence, au bonheur et aux émotions. Van Dormael voulait construire un film qui ne parle pas de handicap mais qui utilise la perspective d'une personne trisomique pour révéler à travers son regard ce que les "normaux" ont perdu dans leur course vers la performance et l'efficacité. Le personnage de Georges était inspiré directement par Pascal Duquenne, acteur trisomique que van Dormael avait découvert et avec lequel il avait décidé de co-construire le personnage à partir de sa propre personnalité, refusant de faire jouer par un acteur valide un personnage handicapé. La relation entre Harry et Georges s'inscrit dans la longue tradition cinématographique des duos improbables, mais van Dormael y insufflait une dimension philosophique et poétique qui transcendait les conventions du genre pour atteindre quelque chose de plus universel et de plus troublant sur la nature du bonheur.

Critiques et réception

Résumé des critiques professionnelles : Le Huitième jour a été très bien accueilli par la critique internationale, qui a salué la beauté et la générosité du film de Jaco van Dormael, ainsi que les performances exceptionnelles de Daniel Auteuil et Pascal Duquenne. Les journalistes ont particulièrement apprécié la façon dont le film évitait tous les pièges du mélo sur le handicap pour proposer quelque chose de plus ambigu, de plus drôle et de plus profond.

Réception du public : Le film a connu un grand succès populaire en France, en Belgique et dans de nombreux pays européens, touchant un public large qui s'est laissé emporter par la tendresse et l'humour du récit. Il est rapidement devenu l'un des films belges les plus aimés à l'international.

Récompenses obtenues : Le Huitième jour a remporté le Prix d'interprétation masculine ex-aequo au Festival de Cannes 1996, partagé entre Daniel Auteuil et Pascal Duquenne — une décision qui soulignait l'équilibre parfait de leurs performances réciproques. Le film a également reçu de nombreuses nominations et distinctions dans les cérémonies françaises et européennes de l'année.

Anecdotes de tournage

Inspirations du réalisateur : Jaco van Dormael a puisé dans ses observations personnelles auprès de personnes trisomiques pour construire le personnage de Georges avec authenticité et respect, refusant toute condescendance ou toute idéalisation au profit d'une représentation qui cherchait avant tout la vérité humaine de cet homme singulier.

Difficultés de production : Travailler avec Pascal Duquenne, acteur non professionnel atteint de trisomie 21, a représenté un défi de direction d'acteurs particulier, van Dormael ayant dû adapter constamment sa méthode de travail pour permettre à Duquenne d'exprimer naturellement ce qu'il ressentait plutôt que d'interpréter un personnage au sens conventionnel du terme.

Anecdote sur une scène particulière : La séquence dans laquelle Harry, épuisé et désespéré, écoute Georges lui décrire avec une simplicité absolue sa vision du monde et du bonheur a été tournée dans une atmosphère d'émotion intense sur le plateau, Auteuil déclarant après coup que certaines des réactions de son personnage étaient véritablement les siennes face aux mots et à la présence de Duquenne.

Thèmes abordés

Le Huitième jour explore la question du bonheur et de ce que la "normalité" nous fait perdre en nous contraignant à la performance et à l'efficacité, en proposant que le regard de Georges sur le monde — immédiat, spontané, totalement présent à l'instant — soit en réalité une forme de sagesse que les "normaux" ont perdue. Le film aborde également la paternité, la séparation et la solitude masculine à travers le personnage de Harry, dont la rencontre avec Georges est aussi une façon de retrouver sa propre capacité à aimer et à être touché. L'amitié comme transformation réciproque, dans laquelle chacun apporte à l'autre ce qu'il ne possède pas, est le cœur humaniste et poétique du récit.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

La fin du film est l'une des plus déchirantes du cinéma français des années 90 : Georges, qui n'a jamais pu trouver sa place dans un monde qui ne l'a jamais vraiment accepté, fait le choix de partir selon ses propres termes, dans un acte à la fois tragique et lumineux qui dit tout de la solitude des personnes différentes dans notre société. Harry, transformé par cette amitié, retrouve sa capacité à vivre et à aimer, emportant en lui le souvenir et la leçon de Georges. La référence au titre — le huitième jour, celui qui suit la semaine de la création divine — suggère que Georges incarne une forme d'humanité encore à venir, que nous n'avons pas encore appris à reconnaître.

Signification du titre

Le "huitième jour" de la Genèse biblique est celui qui n'existe pas, le jour qui aurait suivi la semaine de la création si Dieu avait continué. Dans l'imaginaire de Jaco van Dormael, c'est le jour où Dieu aurait créé les personnes trisomiques — des êtres d'un autre monde, comme en dehors du temps ordinaire, capables d'un bonheur et d'une présence à l'existence que les êtres "normaux" de la semaine originale ont perdus. Ce titre poétique et philosophique résume la vision du film sur la différence comme une forme d'humanité supplémentaire.

Actualités

Le Huitième jour reste l'un des films belges les plus célébrés de son époque et l'un des regards les plus beaux et les plus respectueux posés sur la trisomie au cinéma. Pascal Duquenne est devenu une figure emblématique de la représentation des personnes handicapées dans les arts, et son parcours depuis ce film constitue un exemple de ce que le cinéma peut accomplir en termes de visibilité et de reconnaissance.

Films Similaires

  • Toto le héros (Jaco van Dormael, 1991)
  • Intouchables (Olivier Nakache & Éric Toledano, 2011)
  • I Am Sam (Jessie Nelson, 2001)
  • Gilbert Grape (Lasse Hallström, 1993)