En pleine vague de froid polaire à Paris, le préfet de police lance un «plan grand froid» et demande aux Parisiens de bonne volonté d'ouvrir leurs portes aux sans-abri. Paul et Marie, couple bourgeois parisien parfaitement installé dans son confort, se retrouvent malgré eux avec un sans-abri dans leur appartement. Leurs voisins en hébergent également, et la cohabitation forcée avec des étrangers venus de milieux radicalement différents va tout bousculer — dans les appartements mais aussi dans les têtes, les couples et les valeurs de chacun.
Le Grand Partage est le troisième film de la réalisatrice Alexandra Leclère, connue pour ses portraits acides de la bourgeoisie parisienne dans Les Sœurs fâchées (2004) et Coupable (2009). Le film est né d'une réflexion sur l'hypocrisie de la générosité urbaine : dans les grandes villes, on vote pour des politiques solidaires tout en fermant soigneusement sa porte aux personnes défavorisées. Leclère a voulu mettre en scène ce paradoxe fondamental à travers le dispositif d'un «plan grand froid» — une mesure réelle mise en place par les préfectures pendant les vagues de froid — en imaginant ce qui se passerait réellement si les beaux quartiers parisiens devaient héberger des sans-abri. Le film a réuni un casting de comédiens chevronnés habitués du cinéma français populaire.
Résumé des critiques professionnelles : La presse a salué la justesse du regard satirique d'Alexandra Leclère sur la bourgeoisie parisienne, notant que le film reprend les thèmes de ses précédentes œuvres avec une efficacité certaine. Karin Viard et Josiane Balasko ont été particulièrement saluées pour leurs performances, et le film a été apprécié pour son écriture des personnages secondaires.
Réception du public : Le film a bien fonctionné en salles, confirmant que le public français appréciait les comédies sociales satiriques de Leclère. La note de 3,5 sur AlloCiné témoigne d'un accueil chaleureux du grand public, séduit par les situations cocasses et les personnages bien typés.
Inspirations du réalisateur : Alexandra Leclère s'est inspirée du dispositif réel du «plan grand froid» tout en imaginant la réaction probable de Parisiens aisés confrontés pour la première fois à une solidarité obligatoire. Ce film complète sa trilogie sur la bourgeoisie parisienne en y ajoutant une dimension sociale plus explicite.
Le Grand Partage est une satire de l'hypocrisie de la générosité bourgeoise — la distance entre les discours solidaires et les actes concrets. Le film explore la cohabitation forcée comme révélateur de préjugés et de peurs inavouées. La mixité sociale est abordée sans naïveté : la rencontre avec l'autre ne produit pas automatiquement de la compréhension, mais elle oblige à un face-à-face avec soi-même. Leclère examine aussi les couples bourgeois et leur fragilité sous la pression d'une situation inattendue.
La fin du film ne verse pas dans un optimisme naïf mais laisse entrouverte la possibilité d'une transformation. Certains personnages ont légèrement évolué, d'autres sont restés murés dans leurs certitudes. Leclère préfère la nuance à la leçon morale — la cohabitation a changé quelque chose, mais ce changement est discret et fragile, comme il l'est toujours dans la vraie vie.
Le Grand Partage est une expression à double sens. Au sens littéral, c'est le partage physique de son logement avec un inconnu. Mais c'est aussi, au sens figuré, le «grand écart» social entre des mondes qui coexistent dans la même ville sans jamais se rencontrer — jusqu'à ce qu'une vague de froid les force à se regarder en face.
Le Grand Partage confirme Alexandra Leclère comme l'une des voix les plus constantes de la comédie sociale française, aux côtés de cinéastes comme Laurent Tirard ou Olivier Nakache. Karin Viard, présente dans quasiment chacun de ses films, reste sa collaboratrice fidèle. Le film est disponible en VOD.
Le Grand Partage s'inscrit dans la continuité des films d'Alexandra Leclère comme Les Sœurs fâchées (2004). Il rappelle aussi Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? (2014) pour la satire sociale de la bourgeoisie française. Bienvenue chez les Ch'tis (2008) ou Le Bonheur des uns... jouent sur des chocs culturels similaires. Dans la maison (2012) de François Ozon explore aussi l'intrusion dans un espace bourgeois, dans un registre plus troublant.