Molly Bloom, ancienne skieuse de haut niveau, a organisé pendant une décennie les parties de poker les plus lucratives et les plus secrètes de Los Angeles et New York, réunissant hommes d'affaires, stars d'Hollywood et mafieux autour de tables aux enjeux vertigineux. Arrêtée par le FBI, elle doit répondre de ses actes face à la justice américaine. Porté par une Jessica Chastain éblouissante et une écriture ultra-ciselée signée Aaron Sorkin, ce premier film en tant que réalisateur confirme le génie du scénariste de *The Social Network*.
Molly's Game (Le Grand Jeu en France) est adapté des mémoires de Molly Bloom, publiés en 2014 sous le même titre, dans lesquels elle raconte en détail la décennie au cours de laquelle elle a organisé des parties de poker clandestines pour les plus riches et les plus puissants du monde. Aaron Sorkin, scénariste légendaire (The West Wing, A Few Good Men, The Social Network, Steve Jobs), a découvert le livre et a immédiatement été fasciné par le personnage de Molly — une femme brillante, autonome et moralement ambiguë qui s'est construite un empire dans un univers exclusivement masculin. Pour Sorkin, Molly's Game représentait l'occasion de passer pour la première fois à la réalisation, après des décennies à écrire pour d'autres. Il a adapté lui-même les mémoires, y ajoutant une dimension dramatique autour de la relation entre Molly et son avocat Charlie Jaffey, qui n'occupait pas la même place dans le livre. Jessica Chastain, qui a co-produit le film, a été associée au projet très tôt. Sorkin a également travaillé avec Molly Bloom elle-même pour s'assurer de la fidélité émotionnelle de l'adaptation, tout en prenant les libertés nécessaires à la dramaturgie.
Résumé des critiques professionnelles : Molly's Game a été unanimement salué par la critique internationale. Les journalistes ont loué la maîtrise de Sorkin dans son passage à la réalisation, et surtout la qualité de son écriture — les dialogues du film sont d'une densité et d'une vitesse rares, caractéristiques de son style reconnaissable entre tous. Jessica Chastain a été saluée pour l'une des meilleures performances de sa carrière, donnant à Molly Bloom une intelligence, une fierté et une vulnérabilité simultanées qui rendent le personnage inoubliable. Le film a été comparé aux meilleurs films de David Fincher et de Sidney Lumet pour son élégance formelle au service d'un récit haletant.
Réception du public : Le film a connu un succès commercial solide, dépassant les attentes compte tenu de son sujet relativement niche — le poker clandestin et la criminalité en col blanc — et de sa durée de plus de deux heures. Le public a été conquis par la performance de Chastain et par le récit qui progresse à une vitesse vertigineuse sans jamais devenir incompréhensible. Le bouche-à-oreille a été excellent.
Récompenses obtenues : Jessica Chastain a été nommée aux Oscars, aux Golden Globes et aux SAG Awards pour son rôle de Molly Bloom. Aaron Sorkin a été nommé aux WGA Awards pour son scénario adapté. Le film a remporté plusieurs prix dans des festivals et associations de critiques, notamment pour le scénario et les performances.
Inspirations du réalisateur : Aaron Sorkin a confié avoir été inspiré non pas par des films de poker ou de crime, mais par des comédies dramatiques rapides des années 40 et 50 — les films de Howard Hawks notamment — qui construisaient leur tension sur la densité des dialogues et la vitesse du débit plutôt que sur l'action physique. Il voulait un film qui sonne comme une conversation de génie, où chaque phrase compte et porte le récit vers l'avant.
Difficultés de production : La principale difficulté du film résidait dans la façon de rendre visuelle une histoire qui se déroule essentiellement autour de tables de poker et dans des bureaux d'avocats — des espaces peu cinégéniques a priori. Sorkin a travaillé avec son directeur de la photographie Charlotte Bruus Christensen pour trouver un style visuel élégant et dynamique qui serve le récit sans le concurrencer.
Anecdote sur une scène particulière : La longue scène entre Molly et son père, joué par Kevin Costner, ajoutée par Sorkin et absente du livre original, est souvent citée comme le moment le plus émouvant du film. Sorkin a voulu explorer la relation entre Molly et son père psychologue — qui incarne à la fois la source de ses blessures et la clé de sa compréhension d'elle-même — dans une confrontation nocturne dans un parc enneigé qui est l'une des grandes scènes du cinéma américain de ces dernières années.
Casting initialement prévu : Plusieurs actrices auraient été approchées avant que Jessica Chastain ne soit confirmée dans le rôle-titre. Chastain, qui co-produisait le film, s'était engagée très tôt et n'a jamais vraiment été menacée de perdre le rôle. Elle s'est préparée intensivement en rencontrant Molly Bloom elle-même et en apprenant les bases du poker pour rendre crédible la maîtrise de son personnage.
Le Grand Jeu explore avant tout le thème de l'ambition féminine dans un monde masculin, et les formes d'hostilité — souterraines ou explicites — auxquelles les femmes qui réussissent à s'y imposer font face. Molly Bloom n'est pas simplement une criminelle : c'est une femme brillante qui a trouvé sa voie dans un espace où les femmes n'étaient pas supposées exister autrement qu'en décoration. Le film aborde aussi la question de la moralité dans les zones grises — Molly a organisé des jeux illégaux mais a refusé de coopérer avec la mafia, ce qui lui a coûté une partie de sa fortune mais préservé une forme d'intégrité personnelle. La relation père-fille, et l'influence des blessures d'enfance sur les choix de vie adulte, est un autre thème central. Le pouvoir, sous toutes ses formes — argent, connaissance, séduction — est l'obsession du film.
La fin du film montre Molly acceptant un deal judiciaire qui lui évite la prison mais ne la blanchit pas totalement. Elle choisit de ne pas coopérer avec le gouvernement pour désigner ses clients criminels — une décision qui lui coûte cher financièrement mais qu'elle justifie par son refus de trahir quiconque, même des gens qui ne le méritaient pas. La scène finale avec son père dans le parc enneigé apporte une résolution émotionnelle plus profonde que judiciaire : Molly comprend enfin l'origine de son besoin d'excellence et de contrôle, et son père reconnaît le rôle qu'il a joué dans la construction de cette pression. C'est une fin à la fois réaliste et cathartique, qui laisse Molly debout, apaisée et libre de recommencer autrement.
Molly's Game (Le Grand Jeu en français) joue sur le double sens de "game" : la partie de poker d'une part, mais aussi le jeu plus large auquel Molly participe — le jeu du pouvoir, de l'argent et de la survie dans un monde impitoyable. Le titre original, en associant le nom de Molly au mot "game", suggère que ce jeu lui appartient — elle en est la créatrice, l'organisatrice, la maîtresse. La traduction française Le Grand Jeu préserve la dimension de mise en scène et d'enjeu élevé, mais perd la dimension personnelle du titre original. Les deux titres fonctionnent néanmoins comme des annonces parfaites d'un film sur le pouvoir, le risque et la maîtrise.
Jessica Chastain, portée par le succès d'estime de Molly's Game, a remporté l'Oscar de la meilleure actrice en 2022 pour Les Yeux de Tammy Faye de Michael Showalter, confirmant son statut de grande actrice américaine de sa génération. Aaron Sorkin a réalisé son second long métrage avec The Trial of the Chicago 7 (2020), autre film qui mise sur la densité des dialogues et les enjeux politiques, couronné de plusieurs nominations aux Oscars. Molly Bloom, dont l'histoire a inspiré le film, a depuis publié d'autres ouvrages et continue de donner des conférences sur son parcours atypique.
Molly's Game dialogue naturellement avec les autres films écrits par Aaron Sorkin : The Social Network (2010) de David Fincher partage la même structure narrative en flash-back et la même fascination pour les génies asociaux qui construisent des empires. Steve Jobs (2015) de Danny Boyle reprend le même style de dialogue ultra-dense. Pour les films sur le poker et la criminalité en col blanc : Rounders (1998) de John Dahl est la référence du film de poker au cinéma. The Big Short (2015) d'Adam McKay explore avec le même dynamisme la complexité financière au service d'un récit haletant. Catch Me If You Can (2002) de Spielberg partage la même fascination pour un personnage brillant qui court en dehors des règles.