Lundi, 13 juillet 2026
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Le Genou D'ahed

Le Genou D'ahed

2021 France, Israël, Allemagne
Synopsis

Y., cinéaste israélien en plein casting pour un film consacré à la militante palestinienne Ahed Tamimi, se rend dans un village reculé aux portes du désert pour présenter l'un de ses précédents films. Il y rencontre Yahalom, jeune fonctionnaire du ministère de la Culture, qui lui demande de signer un formulaire précisant à l'avance les sujets qu'il compte aborder lors du débat public. Y. se jette alors dans deux combats désespérés : celui contre la censure et la mort de la liberté dans son pays, et celui contre la maladie de sa mère mourante. Le film bascule entre confrontation politique et déambulation intime dans le désert.

Genèse du film

Le Genou d'Ahed s'inspire directement d'un épisode vécu par Nadav Lapid lui-même en juin 2018, lorsqu'il fut invité par la directrice adjointe des bibliothèques d'Israël à présenter son film L'Institutrice à la bibliothèque de Sapir, un village minuscule et reculé de la région de l'Arava. Sa venue était conditionnée à la signature d'un document l'engageant à respecter certains sujets, une exigence qu'il a vécue comme une forme de censure institutionnelle. Marqué par cette expérience et inquiet de l'amenuisement de la liberté d'expression en Israël, notamment via la loi dite de la "loyauté de la culture" qui interdit le financement d'œuvres jugées infidèles à l'État, Lapid a ressenti le besoin d'écrire ce film en imaginant un personnage qui, contrairement à lui, réagirait avec une violence verbale totale face à cette censure. Le récit intègre également l'histoire de la militante palestinienne Ahed Tamimi, condamnée à huit mois de prison pour avoir giflé un soldat israélien, et la déclaration d'un député d'extrême droite affirmant qu'il aurait fallu lui tirer dessus "ne fût-ce que dans le genou".

Critiques et réception

Le Genou d'Ahed est sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2021 où il remporte le Prix du jury, ex æquo avec Memoria d'Apichatpong Weerasethakul, confirmant la reconnaissance internationale de Nadav Lapid après l'Ours d'or obtenu pour Synonymes en 2019.

La critique se montre très partagée : certains y voient un objet de cinéma radical, intelligent et bouleversant, saluant notamment l'interprétation de Nur Fibak et la beauté des scènes désertiques évoquant Antonioni ou Wenders, tandis que d'autres jugent le film pénible dans sa première partie et reprochent à Lapid un manque de nuance dans sa charge contre son pays natal.

Le public réserve également un accueil clivé au film, certains spectateurs saluant un geste de cinéma audacieux et politique, d'autres se déclarant rebutés par sa radicalité formelle et son ton volontiers provocateur.

Anecdotes de tournage

Le rôle de Y., alter ego du réalisateur, est confié à Avshalom Pollak, davantage connu en Israël comme chorégraphe et metteur en scène de théâtre que comme acteur de cinéma, dont l'interprétation intense a été particulièrement remarquée par la critique.

Thèmes abordés

Le Genou d'Ahed est avant tout un film sur la censure et le rétrécissement de la liberté d'expression artistique en Israël, incarné par ce formulaire administratif que le personnage principal refuse de signer. Le film file une métaphore entre le corps malade de la mère de Y. et celui d'un pays que le cinéaste juge lui-même moribond, rongé par le patriotisme, le racisme et le conservatisme qu'il dénonce. Il interroge également la violence de l'État envers les figures de résistance palestinienne, à travers l'évocation d'Ahed Tamimi et du geste politique qu'elle représente. Enfin, le film met en scène la fuite comme geste de survie et de révolte, celle d'un artiste qui refuse de se plier à un cadre imposé, quitte à se transformer lui-même en figure de perturbation face à son public.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Dans son dernier acte, le film bascule dans un registre presque allégorique : après avoir signé malgré lui une forme de pacte faustien avec l'administration, Y. se transforme en figure de "tourmenteur" qui s'en prend frontalement au public venu assister à la projection-débat, avant que la caméra ne retrouve, à travers les nuages du désert, la vision voilée et incertaine d'un pays que le cinéaste perçoit comme mourant. Cette fin ouverte et symbolique prolonge la métaphore filée tout au long du film entre la mère malade de Y. et l'état de la nation israélienne telle qu'il la perçoit.

Signification du titre

Le titre fait référence à Ahed Tamimi, jeune militante palestinienne emprisonnée pour avoir giflé un soldat israélien, et à la déclaration d'un député d'extrême droite affirmant qu'il aurait fallu lui tirer dans le genou. C'est aussi le titre du film que le personnage de Y. tente lui-même de réaliser dans la fiction, sans que le spectateur n'en voie jamais l'aboutissement, le genou d'Ahed devenant le symbole d'une violence d'État qui reste hors champ.

Films Similaires

Le Genou d'Ahed prolonge l'œuvre précédente de Nadav Lapid, en particulier Synonymes (Ours d'or 2019), L'Institutrice et Le Policier, avec lesquels il partage un goût pour la radicalité formelle et la critique frontale de la société israélienne. Sur le plan visuel, plusieurs critiques rapprochent ses scènes désertiques de Profession : reporter de Michelangelo Antonioni et de Paris, Texas de Wim Wenders.