Frank Chambers, vagabond sans attaches, s'arrête dans un relais routier californien tenu par Nick Papadakis et sa jeune épouse, la sensuelle Cora. Entre Frank et Cora naît immédiatement une attirance foudroyante et violente, qui va les pousser à envisager d'éliminer le mari pour vivre librement leur passion. Mais le crime parfait n'existe pas, et les amants vont s'enfoncer dans un engrenage de mensonges et de paranoïa dont ils ne pourront pas s'extraire. *Le Facteur sonne toujours deux fois* est un film noir classique, brûlant de désir et d'ambiguïté morale.
Le Facteur sonne toujours deux fois (The Postman Always Rings Twice) est adapté du roman éponyme de James M. Cain, publié en 1934, considéré comme l'un des textes fondateurs du roman noir américain. Le roman avait déjà été adapté plusieurs fois au cinéma — notamment par Tay Garnett en 1946 avec Lana Turner et John Garfield, dans une version considérée comme un classique du film noir. L'adaptation de Bob Rafelson en 1981 a choisi de se rapprocher davantage du roman original, dans sa brutalité sexuelle et sa noirceur morale, profitant de la liberté que le cinéma américain post-Code Hays offrait désormais. Rafelson, connu pour ses collaborations avec Jack Nicholson (Five Easy Pieces), souhaitait explorer la passion destructrice avec une franchise que les contraintes de la censure des années 1940 avaient rendue impossible. Le scénario a été écrit par David Mamet, dramaturge et scénariste au style incisif et précis, qui a su capturer la langue sèche et directe de Cain. Jack Nicholson, au sommet de sa popularité après Shining et Chinatown, était le choix évident pour incarner Frank, personnage de séducteur impulsif et sans morale. Jessica Lange, révélée par King Kong (1976), a imposé une Cora à la fois vulnérable et calculatrice, d'une sensualité incandescente. Le film a été tourné en Californie, dans les décors arides et torrides qui correspondent à l'atmosphère du roman.
Résumé des critiques professionnelles : Le film a reçu des critiques partagées à sa sortie, certains saluant sa fidélité au roman et la puissance de ses scènes de passion, d'autres lui reprochant d'être trop lent ou trop complaisant. La performance du duo Nicholson-Lange a été unanimement reconnue comme exceptionnelle, chacun portant à l'écran une intensité physique et émotionnelle rare. La qualité du scénario de David Mamet et la mise en scène soignée de Rafelson ont été appréciées par les critiques les plus exigeants.
Réception du public : Le film a connu un succès commercial solide, profitant de la notoriété de Jack Nicholson et de la controverse entourant ses scènes de sexualité explicite. Il a réalisé des recettes respectables aux États-Unis et à l'international, confirmant l'appétit du public des années 1980 pour les thrillers érotiques assumés. Il a depuis acquis le statut de film culte, régulièrement cité comme l'une des meilleures adaptations du roman de Cain.
Récompenses obtenues : Jessica Lange a remporté le prix de la meilleure actrice au National Society of Film Critics pour sa performance dans ce film, une distinction qui a contribué à confirmer son statut de grande actrice. Le film a été globalement peu récompensé dans les cérémonies officielles, mais a été régulièrement cité dans les rétrospectives consacrées au film noir américain.
Inspirations du réalisateur : Bob Rafelson souhaitait réhabiliter le roman de Cain dans toute sa noirceur originale, que la version de 1946 avait dû édulcorer pour satisfaire aux exigences du Code Hays. Il était fasciné par la façon dont la passion sexuelle peut aveugler des individus ordinaires au point de les transformer en criminels, et voulait montrer cette transformation sans la juger et sans la censurer.
Difficultés de production : La chaleur torride des décors californiens dans lesquels se déroule l'action a été à la fois un atout esthétique et une contrainte physique pour l'équipe. Les scènes d'intimité entre Nicholson et Lange, délibérément crues et physiques, ont nécessité un travail de confiance mutuelle entre les acteurs et une présence réduite sur le plateau. David Mamet a réécrit plusieurs fois certains dialogues pour trouver le bon équilibre entre l'économie de mots caractéristique de Cain et les nécessités de la narration filmique.
Anecdote sur une scène particulière : La scène d'amour sur le plan de travail de la cuisine, devenue l'une des plus célèbres du cinéma érotique américain des années 1980, a été filmée sur plusieurs jours. Jack Nicholson et Jessica Lange ont déclaré que la liberté laissée par Rafelson dans la direction des scènes d'intimité leur avait permis de trouver une authenticité brute que les mises en scène plus chorégraphiées n'auraient pas produite.
Le Facteur sonne toujours deux fois est une tragédie de la passion dévorante, explorant comment le désir sexuel peut court-circuiter la raison et précipiter des individus ordinaires vers le crime. La culpabilité et la paranoïa qui suivent le meurtre sont traitées avec une précision psychologique qui doit autant à Dostoïevski qu'à Cain : les amants ne peuvent pas échapper à ce qu'ils ont fait, même quand la justice les absout momentanément. La fatalité est omniprésente dans le film — le sentiment que les personnages sont piégés dès leur première rencontre, que la catastrophe finale est inscrite dans leur désir lui-même. La classe sociale et la frustration économique motivent autant Cora que la passion : elle veut s'échapper d'une vie médiocre, et Frank est l'instrument de cette fuite. La duperie mutuelle entre les amants — chacun utilisant l'autre tout en se croyant sincère — est un thème constant du film noir que ce film illustre avec une crudité particulière.
Après le meurtre de Nick, acquittés par la justice grâce à un concours de circonstances, Frank et Cora croient avoir gagné. Mais leur relation, rongée par le soupçon mutuel et la culpabilité, se dégrade irrémédiablement. Lorsqu'ils semblent enfin se réconcilier et envisager un avenir commun, Cora meurt dans un accident de voiture dont Frank est le conducteur. Cette mort accidentelle — que la justice interprétera comme un meurtre prémédité — envoie Frank à la mort. La fin est une ironie noire et inexorable : la justice, aveugle lors du vrai crime, frappe aveuglément pour un crime qui n'en est pas un. Le titre Le facteur sonne toujours deux fois prend ici tout son sens : le destin frappe deux fois, toujours.
Le titre The Postman Always Rings Twice est l'une des énigmes les plus célèbres de la littérature noire américaine — Cain lui-même n'en a jamais donné d'explication définitive. L'interprétation la plus répandue est que le facteur (le destin, la fatalité) sonne toujours une deuxième fois si vous n'avez pas ouvert à la première : autrement dit, ce que l'on fuit finit toujours par nous rattraper. Dans le roman et le film, les personnages pensent avoir échappé aux conséquences de leur crime (la première sonnette), mais le destin revient frapper une seconde fois de manière inattendue. Ce titre est une promesse de fatalité inéluctable, parfaitement conforme à l'esthétique du film noir.
Le film de Bob Rafelson reste l'une des références du thriller érotique américain des années 1980, régulièrement cité aux côtés de Body Heat (1981) et de Basic Instinct (1992). Le roman de James M. Cain continue d'être lu et étudié comme un texte fondateur du roman noir. Jack Nicholson et Jessica Lange, deux des plus grands acteurs de leur génération, ont tous deux connu des carrières exceptionnelles après ce film. Une nouvelle adaptation du roman est régulièrement évoquée sans jamais se concrétiser.