Pierre Brochant et ses amis organisent régulièrement un dîner cruel où chacun doit inviter, à son insu, l'imbécile le plus consternant possible pour se moquer de lui toute la soirée. Cette fois, Pierre a dégoté François Pignon, un comptable des impôts passionné de maquettes en allumettes et fier de son étrange passe-temps. Mais un tour de rein soudain empêche Pierre de se rendre au dîner, le laissant seul avec Pignon, qui va progressivement transformer sa soirée en véritable calvaire. Malgré ses efforts pour s'en débarrasser, Pierre se retrouve piégé dans une spirale de catastrophes provoquées, bien involontairement, par son invité.
Le film est adapté de la pièce de théâtre du même nom écrite par Francis Veber, créée sur scène quelques années auparavant avec un immense succès populaire. Veber, déjà scénariste et réalisateur reconnu pour ses comédies construites autour du personnage récurrent de François Pignon, choisit de porter lui-même son texte à l'écran afin d'en préserver l'efficacité comique originelle. L'idée du dîner cruel, où des amis se moquent d'un invité choisi pour sa bêtise supposée, s'inspire d'une pratique réellement observée par l'auteur dans certains cercles mondains parisiens. Veber construit son récit sur un principe théâtral classique, l'unité de lieu et de temps, afin de concentrer toute la tension comique dans un seul appartement au fil d'une seule soirée. Jacques Villeret, déjà interprète du rôle sur scène, reprend naturellement le personnage de François Pignon pour l'adaptation cinématographique, tandis que Thierry Lhermitte incarne Pierre Brochant. Le tournage privilégie la fidélité au texte théâtral, en misant sur la précision des dialogues et le rythme des situations plutôt que sur des effets purement cinématographiques.
Le film reçoit un accueil critique très favorable, salué pour la précision comique de son écriture et pour la performance de Jacques Villeret, jugée absolument remarquable dans le rôle de François Pignon. Plusieurs critiques soulignent la réussite du passage du théâtre au cinéma, le film conservant toute l'efficacité du texte original tout en gagnant en rythme grâce au montage. Le duo formé par Thierry Lhermitte et Jacques Villeret est également largement apprécié pour sa complicité comique. Le public réserve un accueil triomphal au film, qui devient l'un des plus grands succès du cinéma français des années 1990, avec plusieurs millions d'entrées en salles. De nombreuses répliques du film sont rapidement entrées dans le langage courant et continuent d'être largement citées aujourd'hui. Le film reste considéré comme un classique incontournable de la comédie française. Jacques Villeret obtient le César du meilleur acteur pour sa performance, tandis que le film reçoit également plusieurs autres nominations lors de la cérémonie, confirmant la reconnaissance critique unanime accordée à cette adaptation.
Jacques Villeret, qui interprétait déjà le rôle de François Pignon sur scène avant l'adaptation cinématographique, a pu affiner encore davantage son interprétation du personnage grâce à cette expérience théâtrale préalable, ce qui explique en partie la précision remarquable de sa performance à l'écran. Francis Veber a choisi de conserver une grande fidélité au texte théâtral original, misant sur l'unité de lieu et de temps pour préserver toute la tension comique de la pièce. Le tournage, concentré presque exclusivement dans le décor de l'appartement de Pierre Brochant, a nécessité une grande précision dans la mise en scène afin d'éviter toute impression de redondance visuelle malgré l'unité de lieu.
Le film questionne la cruauté sociale et la méchanceté gratuite exercée envers des individus jugés inférieurs par leur entourage, tout en révélant progressivement une forme de sagesse et d'humanité insoupçonnée chez la victime supposée de cette moquerie. Il explore également les faux-semblants et l'hypocrisie des relations mondaines, la soirée initialement prévue pour humilier Pignon se transformant en révélateur des propres failles et mensonges de Pierre Brochant. La solitude et le besoin de reconnaissance, malgré des apparences de réussite sociale, traversent également le récit de façon plus discrète.
Au terme d'une soirée chaotique où François Pignon a, malgré lui, révélé et amplifié tous les mensonges et les infidélités de Pierre Brochant, celui-ci se retrouve totalement seul, abandonné par sa femme et humilié devant ses proches. Pignon, loin d'être responsable de cette débâcle par méchanceté, a simplement agi avec une sincérité maladroite qui a fini par mettre à jour les véritables travers de son hôte. Le film se conclut sur une relation ambiguë entre les deux hommes, où Pignon, resté fidèle et bienveillant malgré les humiliations subies, apparaît finalement comme le personnage le plus digne de la soirée, renversant totalement le rapport de force initial entre bourreau supposé et victime.
Le titre Le dîner de cons désigne directement le concept cruel du dîner organisé par Pierre Brochant et ses amis, où chacun invite à son insu la personne jugée la plus stupide pour s'en moquer, un titre qui prend une résonance ironique une fois révélée la véritable dignité du personnage de François Pignon.
Le dîner de cons demeure aujourd'hui l'une des comédies françaises les plus régulièrement citées et rediffusées, ses répliques continuant d'alimenter le langage courant plusieurs décennies après sa sortie. Jacques Villeret, décédé en 2005, reste étroitement associé dans la mémoire collective à ce rôle devenu emblématique de sa carrière.
Les amateurs du film apprécieront La Cage aux folles, autre grand succès de Francis Veber porté par un principe comique similaire, Le Placard pour retrouver l'humour caractéristique du même scénariste-réalisateur, ou encore Le Prénom pour son huis clos comique et cruel entre amis.