Dans un futur indéterminé, une mystérieuse lune rouge est exploitée à outrance pour son énergie, jusqu'au jour où sa trajectoire dévie brutalement vers la Terre. Paul W.R., seul astronaute capable de la détruire grâce à des particularités génétiques uniques, refuse d'accomplir sa mission et disparaît sans explication. Traqué sans relâche par les autorités, il croise la route d'Elma, une adolescente au tempérament explosif, qui décide de l'accompagner dans sa fuite à travers un monde exsangue. Ensemble, ils partent à la recherche d'une forêt mystérieuse dessinée dans les souvenirs d'enfance de Paul, seul indice d'une vérité qu'il a longtemps refoulée.
Le Dernier Voyage prend racine dans le court métrage Le Dernier Voyage de l'énigmatique Paul W.R., réalisé par Romain Quirot en 2015 et couronné de nombreux prix dans les festivals, jusqu'à une présélection aux Oscars. Passionné de cinéma depuis l'enfance, Quirot avait pourtant cédé aux conseils de ses parents en s'inscrivant en faculté de droit, avant d'abandonner cette voie un an avant de devenir avocat pour se consacrer entièrement au septième art. Il finance ses premiers courts métrages grâce à des concours comme les Nikon et Audi Talents Awards, se forgeant peu à peu un univers visuel singulier. C'est Blade Runner de Ridley Scott qui constitue, selon ses propres mots, une véritable révélation cinéphile, lui ouvrant les yeux sur la possibilité de mondes complexes et non manichéens. Après plusieurs années à peaufiner son scénario, Quirot décide d'adapter son court métrage en long format, avec l'ambition de proposer un cinéma de genre français rare et ambitieux. Le film est pensé comme une fable écologique et une quête initiatique, davantage qu'un simple spectacle d'action.
Résumé des critiques professionnelles : La presse salue unanimement l'ambition visuelle du film, saluant une photographie soignée et des plans spatiaux marquants pour un premier long métrage français de genre. Certains critiques regrettent cependant une narration parfois confuse, alourdie par un usage excessif de flashbacks. Le classicisme du script, comparé aux grandes fables de science-fiction américaines comme Mad Max, est globalement bien accueilli. Beaucoup soulignent le courage de proposer un tel projet dans un paysage français peu habitué à ce genre de production. Réception du public : Le public accueille favorablement l'audace visuelle et l'identité forte de l'univers créé par Quirot, en particulier ses partis pris chromatiques chauds et ses paysages désertiques. Certains spectateurs saluent la volonté du réalisateur d'embarquer une distribution jeune et prometteuse aux côtés de Jean Reno. Le film divise toutefois sur son rythme et sa dimension plus contemplative que le marketing ne le laissait penser. Récompenses obtenues : Le film a été nommé au prix du meilleur film au festival international du film de Catalogne, où il a également reçu le prix Méliès du meilleur film.
Inspirations du réalisateur : Romain Quirot cite explicitement Blade Runner comme influence majeure, tant pour la construction de son univers que pour son ambition de mêler action et réflexion existentielle. Il revendique également une approche de fable d'anticipation et de road-trip initiatique plutôt qu'un film d'action pur, contrairement à ce que suggérait la bande-annonce. La dimension écologique, incarnée par la lune rouge surexploitée, traduit ses préoccupations personnelles sur l'épuisement des ressources. Difficultés de production : Le tournage s'est déroulé entre Paris et le Maroc, notamment à Ouarzazate et Casablanca, où l'équipe a cherché des décors art déco déjà existants plutôt que de tout reconstruire en studio. Une partie de la base spatiale du film a ainsi été tournée dans un centre sportif des années soixante. Le film, comme beaucoup de productions de genre françaises, a dû composer avec un budget limité, obligeant l'équipe à des choix créatifs pour compenser l'absence de moyens hollywoodiens. Anecdote sur une scène particulière : Quirot a délibérément joué sur le décalage entre images et musique, allant jusqu'à poser une chanson d'Eddy Mitchell sur une scène de combat, un choix qui déroute autant qu'il marque les esprits. Casting initialement prévu : Le film s'appuie sur une distribution mêlant jeunes acteurs de la nouvelle vague française, encore peu connus du grand public, et une valeur sûre du cinéma hexagonal en la personne de Jean Reno.
Le Dernier Voyage développe une fable écologique autour de la surexploitation des ressources naturelles, symbolisée par cette lune rouge dont l'humanité a fait un simple gisement d'énergie. Le film interroge également la responsabilité individuelle face à des enjeux collectifs, à travers le refus de Paul d'accomplir une mission qui pourrait sauver l'humanité au prix d'un sacrifice qu'il juge injuste. La quête des origines, incarnée par la recherche d'une forêt d'enfance, traverse le récit comme une tentative de reconnexion à un monde perdu. La relation entre Paul et Elma explore la transmission entre générations, la jeune fille portant l'espoir d'un avenir encore possible. Le film questionne enfin la place de l'individu face aux logiques technocratiques et autoritaires qui gouvernent ce futur désenchanté.
Alors que la lune rouge menace de percuter la Terre, Paul finit par affronter les secrets de son passé et le rôle que sa propre famille a joué dans l'exploitation de l'astre. Sa fuite avec Elma s'achève par une confrontation avec les autorités qui le traquaient depuis le début, révélant que ses réticences initiales à accomplir sa mission trouvaient leur origine dans une vérité personnelle et familiale douloureuse. Le dénouement laisse entrevoir une forme de rédemption, Paul choisissant finalement d'agir non par obéissance mais par conviction propre, aux côtés d'Elma qui incarne l'avenir à préserver.
Le titre renvoie littéralement au dernier trajet spatial que doit entreprendre Paul W.R. pour détruire la lune rouge, mission qu'il refuse dans un premier temps avant d'y être ramené par les événements. Il évoque aussi, de façon plus symbolique, un voyage intérieur vers l'acceptation de son passé et de son destin.
Mad Max de George Miller, Blade Runner de Ridley Scott et Chroniques de Riddick de David Twohy partagent avec ce film une esthétique de science-fiction post-apocalyptique mâtinée de road-movie.