Joe Hallenbeck, ancien agent des services secrets devenu détective privé alcoolique et cynique, est mandaté pour protéger une chanteuse de club de strip-tease. Quand la femme est assassinée, il se retrouve associé malgré lui à Jimmy Dix, son petit ami et ancien footballeur américain dont la carrière a été brisée par un scandale. Ensemble, ils vont remonter la piste d'un complot politique impliquant des politiciens corrompus et des milieux criminels. Tony Scott livre un buddy movie explosif et jubilatoire porté par l'alchimie parfaite de Bruce Willis et Damon Wayans, avec un scénario de Shane Black au meilleur de sa forme.
Le Dernier Samaritain — The Last Boy Scout — est né du scénario de Shane Black, le génie de la comédie d'action à qui l'on devait L'Arme Fatale, vendu à Hollywood pour la somme record d'un million sept cent cinquante mille dollars — un record absolu pour un scénario original à l'époque. Black avait voulu créer un buddy movie qui pousse encore plus loin les limites du genre, avec un humour plus noir, des personnages plus abîmés et une violence plus brutale que tout ce qui avait été fait avant. Tony Scott, réalisateur réputé pour son style visuel très marqué dans Top Gun et Beverly Hills Cop II, était le choix idéal pour transformer ce scénario musclé en une machine à divertir parfaitement huilée. Le casting de Bruce Willis, au sommet de sa popularité après Die Hard, et Damon Wayans, dont la carrière comique explosait, créait une dynamique de duo parfaitement calibrée — le dur désabusé et le comique agile. Shane Black avait également inséré dans le scénario son amour du football américain et des polars noirs des années 1930, donnant au film une texture culturelle américaine très particulière qui le distinguait des blockbusters habituels.
Résumé des critiques professionnelles : Le Dernier Samaritain a reçu des critiques partagées à sa sortie, les journalistes reconnaissant l'efficacité de la machine à divertir tout en critiquant la violence excessive et le cynisme du ton. La mise en scène de Tony Scott a été jugée efficace et nerveuse, son style flash distinctif au service d'une action bien chorégraphiée. La performance de Bruce Willis dans un mode plus désabusé que son Jonn McClane habituel et la vivacité de Damon Wayans ont été largement appréciées.
Réception du public : Le film a connu un succès commercial solide, le public d'action adorant la combinaison Bruce Willis-Shane Black-Tony Scott qui garantissait un niveau minimal de qualité dans le genre. Les amateurs de buddy movies en particulier ont chaleureusement accueilli un film qui leur offrait toute la générosité du genre avec un cynisme supplémentaire bienvenu. Le film est rapidement devenu un classique du genre.
Récompenses obtenues : Le Dernier Samaritain n'a pas été distingué dans les grandes cérémonies officielles. Il est cependant régulièrement cité dans les classements des meilleurs films d'action des années 1990.
Inspirations du réalisateur : Tony Scott s'est inspiré des polars américains des années 1940 et 1950 — notamment de Philip Marlowe et de la tradition hardboiled — pour le personnage de Joe Hallenbeck, détective alcoolique et cynique dont l'humour noir est une armure contre la douleur. Il voulait que le film rende hommage à ces classiques tout en les actualisant dans le Los Angeles contemporain.
Difficultés de production : Le scénario de Shane Black était connu pour sa violence particulièrement crue et ses dialogues extrêmement irrévérencieux, ce qui avait créé certaines tensions avec les studios qui souhaitaient des modifications. La gestion de l'équilibre entre l'humour noir et la violence réelle représentait le principal défi du tournage.
Anecdote sur une scène particulière : L'ouverture du film, dans laquelle un footballeur américain sort une arme et abat les joueurs adverses avant de se tirer une balle dans la tête, était si violente et si dérangeante qu'elle avait failli être coupée par les studios. Shane Black avait dû se battre pour la conserver, convaincant les producteurs qu'elle donnait le ton exact du film et signalait dès les premières minutes que l'on n'était pas dans un buddy movie conventionnel.
Le Dernier Samaritain est une satire de la corruption américaine dans toutes ses institutions — politique, sport, médias — où chaque cercle social que les protagonistes pénètrent révèle une nouvelle couche de pourriture. Le cynisme comme armure protectrice est la condition psychologique fondamentale de Joe Hallenbeck, homme brisé qui cache sa douleur derrière des sarcasmes permanents. L'amitié improbable entre deux hommes que leurs différences rendent complémentaires est le moteur émotionnel du film, chacun apportant à l'autre ce qui lui manque. La résilience des individus désavantagés face à des systèmes corrompus est le thème politique sous-jacent. Enfin, le film célèbre avec une générosité assumée le plaisir brut du film d'action bien fait, sans chercher à l'intellectualiser.
La résolution voit Joe et Jimmy déjouer le complot politique au sein même d'un match de football américain, avec une série de gags d'action et de répliques qui constituent l'apothéose de l'humour Shane Black. La corruption est exposée publiquement et les criminels éliminés avec la brutalité et le panache caractéristiques du genre. La dernière scène entre Joe et sa femme réconciliée, dans laquelle il retrouve une dignité et une raison de vivre, apporte la note émotionnelle finale qui prouve que sous le cynisme de surface battait un cœur sincère.
The Last Boy Scout — Le Dernier Samaritain en français — désigne Joe Hallenbeck comme le dernier représentant d'une forme d'honneur et d'intégrité qui semble n'avoir plus sa place dans un monde entièrement corrompu. "Boy Scout" en anglais désigne à la fois un scout au sens littéral et, par extension, quelqu'un d'honnête et de bien élevé — ce que Joe Hallenbeck est manifestement en train de cesser d'être. L'ironie du titre est que ce "dernier samaritain" est aussi le personnage le plus cynique et le plus désabusé du film.
Le Dernier Samaritain est aujourd'hui considéré comme un classique du buddy movie et l'un des meilleurs films d'action des années 1990, régulièrement cité par les cinéastes comme référence du genre. Shane Black, qui a écrit le scénario, a depuis confirmé son statut de maître du buddy movie avec ses propres réalisations. Un projet de suite ou de reboot a été évoqué à plusieurs reprises sans jamais aboutir. Le film continue de gagner en estime avec les années, retrouvant de nouveaux fans grâce aux plateformes de streaming.
L'Arme Fatale de Richard Donner (1987), également écrit par Shane Black, est la référence directe du buddy movie qui a inspiré ce film. Kiss Kiss Bang Bang de Shane Black (2005) est une autre déclinaison du même univers comique noir. Die Hard de John McTiernan (1988) partage le même Bruce Willis en mode désabusé-sarcastic. Rush Hour de Brett Ratner (1998) perpétue la tradition du buddy movie que ce film a contribué à définir. Enfin, Bad Boys de Michael Bay (1995) partage la même énergie de duo d'action irrévérencieux dans un cadre de corruption institutionnelle.