Georges, quarante-quatre ans, quitte du jour au lendemain sa vie pavillonnaire pour s'isoler dans un village de montagne. Il vient de dépenser toutes ses économies dans l'achat d'un blouson en daim à franges, unique objet de désir qui va peu à peu envahir toutes ses pensées. Se présentant comme cinéaste en repérage, il se lie avec Denise, une serveuse qui rêve de devenir monteuse, et entraîne cette dernière dans un projet de film aussi obsessionnel que dangereux. Peu à peu, la fascination de Georges pour son blouson vire à la folie meurtrière, brouillant la frontière entre fiction et réalité.
Le Daim n'est tiré d'aucun livre ni d'aucune histoire vraie : il s'agit d'un scénario entièrement original écrit par Quentin Dupieux, également connu comme musicien sous le nom de Mr. Oizo. L'idée originelle repose sur une prémisse volontairement absurde et minimaliste, celle d'un homme et de son blouson en daim qui, ensemble, ont un projet, formule que le réalisateur a lui-même résumée ainsi dans sa note d'intention. Ce postulat n'est pas sans rappeler celui de son tout premier film, Rubber, centré sur un pneu tueur, confirmant le goût de Dupieux pour la fétichisation d'objets du quotidien transformés en véritables personnages. Le réalisateur explique avoir voulu retirer toute explication psychologique au comportement de Georges afin que son obsession devienne un miroir tendu au spectateur plutôt qu'une pathologie identifiable. Il a ainsi supprimé, au montage et à l'écriture, des passages qui donnaient des clés de compréhension supplémentaires sur le personnage, jugeant qu'elles diluaient la force de l'obsession pure. Après Au Poste !, hommage aux comédies policières françaises des années 1970, Dupieux a voulu se rapprocher davantage du thriller et de la figure du tueur en série, tout en conservant son humour très premier degré. Le tournage s'est déroulé dans la vallée d'Aspe, dans les Pyrénées, un cadre montagnard hors saison qui renforce le sentiment d'isolement du personnage principal.
Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2019, Le Daim a été accueilli très favorablement par la critique française, beaucoup y voyant l'œuvre la plus aboutie de Quentin Dupieux. Télérama a souligné la richesse des niveaux de lecture offerts par le cinéma conceptuel du réalisateur, tout en notant qu'il fallait accepter une certaine tolérance à l'humour absurde pour apprécier pleinement le film. Première a jugé le film amusant sans pour autant faire franchement progresser la carrière de son auteur, tandis que Libération a salué la rencontre entre Jean Dujardin et Adèle Haenel comme la synthèse de ce qui se fait de mieux dans le cinéma français récent. La performance de Jean Dujardin, disparaissant totalement derrière son personnage obsessionnel, a été unanimement saluée comme une prise de risque payante pour l'acteur. Le public s'est montré largement conquis par cette proposition singulière, le film cumulant de nombreux avis très positifs sur les plateformes spécialisées, où son ton grinçant et son actrice principale ont particulièrement été appréciés. Le Daim a confirmé la place de Quentin Dupieux comme cinéaste culte auprès d'un public cinéphile fidèle, au-delà du cercle plus restreint de ses précédents films.
Quentin Dupieux a délibérément retiré du scénario plusieurs scènes explicatives sur le passé de Georges, estimant que cela aurait donné au spectateur des clés inutiles et affaibli la puissance de son obsession pure. Le tournage s'est déroulé dans la vallée d'Aspe, dans les Pyrénées, dont le climat hors saison a renforcé l'atmosphère étrange et désolée recherchée par le réalisateur. Jean Dujardin s'est rendu sur place dès le premier jour de tournage pour incarner ce rôle à contre-emploi, très éloigné de ses personnages plus lumineux habituels. Le scénario original de Quentin Dupieux se déroulait initialement dans le désert avant d'être transposé dans un village de montagne, un changement de décor qui a modifié la tonalité visuelle du film.
Le Daim explore l'obsession et la façon dont un objet du quotidien peut progressivement dévorer l'identité de celui qui le possède. Le film interroge aussi la solitude masculine et la reconstruction fantasmée de soi à travers un nouveau style, un nouveau récit, voire un nouveau métier inventé de toutes pièces. La mise en abyme du cinéma occupe une place centrale, Georges filmant des images qu'il tente ensuite de doter d'un sens par le montage, à l'image du travail même du cinéaste. La bascule progressive de la fiction vers la violence réelle, sans rupture nette entre les deux, constitue un autre axe fort du récit. Enfin, le film questionne la fabrication du mensonge et de l'image de soi, Georges se réinventant sans cesse aux yeux des autres.
Sans détailler l'ensemble du dénouement, le film pousse jusqu'au bout la logique d'obsession de Georges, dont le blouson en daim devient littéralement le seul horizon de sens restant. Denise, d'abord simple spectatrice complice de son projet de film, se retrouve progressivement happée par la spirale meurtrière qu'elle a elle-même contribué à monter au fil du montage. La fin confirme la dimension méta-cinématographique du récit, Georges devenant l'incarnation extrême d'un cinéaste prêt à tout sacrifier, y compris des vies humaines, pour donner corps à son œuvre.
Le titre Le Daim désigne littéralement le cuir du blouson qui obsède le personnage principal, matière noble et texturée qui devient, au fil du récit, un véritable personnage à part entière du film. Ce choix de titre minimaliste, centré sur un simple objet, reflète la démarche de Quentin Dupieux consistant à faire d'un élément banal du quotidien le moteur de toute une intrigue.
Rubber et Au Poste !, également réalisés par Quentin Dupieux, partagent avec Le Daim ce goût pour l'absurde et la fétichisation d'objets ordinaires, tout comme Buffet froid de Bertrand Blier, souvent cité comme référence de cette veine du cinéma français de l'étrange.