Corey, un ancien truand tout juste libéré de prison, et Vogel, un fugitif évadé d'un fourgon de police, se retrouvent par hasard sur la même route et décident malgré leur méfiance mutuelle de s'associer. Rejoints par Jansen, ancien tireur d'élite devenu alcoolique, ils montent ensemble un casse de joaillerie audacieux en plein cœur de Paris. Un commissaire tenace les traque sans relâche tandis que d'anciens complices tentent de les trahir. Le film est considéré comme l'un des chefs-d'œuvre absolus du film policier français et du cinéma de genre mondial.
Jean-Pierre Melville a construit le scénario autour d'une phrase du bouddhisme zen évoquant le cercle rouge du destin, selon laquelle les individus condamnés à se rencontrer le feront inévitablement. L'idée originale explorait ce fatalisme serein appliqué au monde du crime, où chaque personnage semble accomplir sa destinée avec une résignation lucide. Melville souhaitait construire un récit d'une épure extrême, réduisant les dialogues au minimum pour laisser les actions et les silences parler. Il avait une admiration profonde pour le film de genre américain, notamment le film noir des années 1940 et 1950, dont il a assimilé les codes pour les réinventer à la française. Alain Delon, déjà collaborateur régulier de Melville, s'est immédiatement identifié au personnage de Corey. Bourvil, habituellement cantonné à des rôles comiques, accepte ce rôle dramatique de commissaire comme une occasion de s'imposer dans un registre différent.
La critique française et internationale a unanimement salué ce chef-d'œuvre du film policier, admirant l'économie de moyens mise au service d'une tension dramatique exceptionnelle. Plusieurs observateurs ont souligné la maîtrise formelle absolue de Melville, chaque plan étant d'une précision et d'une beauté sèche caractéristiques. La célébrissime séquence du casse, muette et d'une précision chorégraphique sans faute, a été jugée comme l'une des plus parfaites de l'histoire du genre. D'autres critiques ont salué la performance de Bourvil, inattendue et bouleversante dans ce rôle de policier fatigué. Le public a massivement adopté le film, qui a connu un succès commercial considérable en France. La combinaison Delon-Bourvil a représenté un atout commercial majeur auprès du grand public. De nombreux spectateurs ont été profondément marqués par la tonalité fataliste et mélancolique du récit. Le film reste l'un des policiers français les plus aimés de toutes les générations. Le film n'a pas remporté de prix institutionnel lors des cérémonies françaises de l'époque. Il a néanmoins été largement reconnu par la critique internationale et régulièrement sélectionné dans les palmarès des meilleurs films de l'histoire du cinéma policier. Sa reconnaissance s'est considérablement renforcée au fil des décennies. Il figure aujourd'hui dans la quasi-totalité des classements des plus grands films policiers de tous les temps.
Jean-Pierre Melville s'est directement inspiré du film américain Rififi de Jules Dassin pour la séquence de casse en silence totale, qu'il a portée à un niveau de perfection formelle supplémentaire. La séquence du casse chez le joaillier a nécessité une préparation minutieuse de plusieurs semaines, Melville ayant tout chorégraphié avec une précision d'horloger. Bourvil, gravement malade pendant le tournage d'un cancer dont il est mort peu après, a fourni une performance d'une sobriété poignante qui prend une dimension supplémentaire à la lumière de cette réalité. Alain Delon a déclaré que ce film avec Melville représentait pour lui l'une de ses expériences de tournage les plus exigeantes et les plus enrichissantes. La scène finale, d'une violence sèche et implacable, a été tournée en quelques heures malgré son impact émotionnel extraordinaire sur le public. Gian Maria Volonté, acteur italien alors très en vue, a accepté le rôle de Vogel pour travailler avec Melville.
Le film aborde le fatalisme masculin et la solidarité des hommes de l'ombre, la loyauté comme valeur absolue dans un monde de trahisons et l'inéluctabilité d'un destin qui unit ceux que le cercle rouge a condamnés à se rejoindre.
Les trois hommes sont abattus lors d'un ultime piège tendu par le commissaire, leur destin s'accomplissant exactement comme la logique du récit l'avait annoncé dès le début, le cercle rouge se refermant sur eux avec une implacabilité sereine.
Le titre fait référence à une phrase apocryphe bouddhiste évoquée en introduction du film : tous les hommes appelés à se rencontrer, fussent-ils ennemis, le feront un jour à l'intérieur du cercle rouge du destin.
Le film reste régulièrement classé parmi les plus grands chefs-d'œuvre du film policier de l'histoire du cinéma.
Le Samouraï, Bob le flambeur, Rififi.